Harvey, Irma : un « stress test » pour les réassureurs (RVS 2017)

Par - Publié le

,

,

,

,

,

Les ouragans Harvey et Irma occupent toutes les conversations aux rencontres mondiales de Monte-Carlo. Ces cat' nat' devraient secouer le marché de la réassurance selon Denis Kessler, le PDG de Scor, mais pas renverser la table. 

L'ouragan Harvey,, qui a causé des dégâts au Texas (ici en photo) est un événement complexe qui n'avait pas été modélisé par les réassureurs.
L'ouragan Harvey,, qui a causé des dégâts au Texas (ici en photo) est un événement complexe qui n'avait pas été modélisé par les réassureurs.
Jill Carlson

Wait and see. A Monte-Carlo, où se déroulent les 61ème Rendez-Vous de Septembre, toutes les conversations sont animées par une actualité brûlante : les ouragans Harvey et Irma qui promettent des dégâts considérables aux Etats-Unis. Après une période de sinistralité extrêmement basse, qui a encouragé la baisse des tarifs sur le marché de la réassurance dommages, ces deux cat’ nat’ pourraient en effet « secouer le marché », selon Denis Kessler, PDG de Scor. « C’est un stress test » pour le marché de la réassurance, acquiesce Torsten Jeworrek, CEO réassurance du numéro 2 mondial Munich Re.

Difficile toutefois de connaître l’étendue des pertes assurées. Alors que l’ouragan Irma est toujours en cours, l’industrie peine encore à faire les comptes après le passage de Harvey au Texas. De l’avis de Torsten Jeworrek - partagé par ses concurrents - « Harvey est un événement complexe et incertain » et « il est plus difficile aujourd’hui de connaître la répartition des sinistres ». La facture pourrait atteindre « 20 à 30 Mds$ » (NDLR : de 16,6 à 25 milliards d'euros), avec « des pertes assurées comparables à celles de l’ouragan Sandy », estime-t-il.

Quant à Irma, le pire semble être évité car la trajectoire de l’ouragan a finalement épargné la zone de Miami. D’après les premières estimations réalisées le 9 septembre par AIR Worldwide, avant que sa trajectoire soit connue, Irma pourrait causer entre 20 Mds$ et 65 Mds $ de pertes aux Etats-Unis et dans les Caraïbes (NDLR : de 16,6 à 54 Md€).

DES CAT' NAT' "ABSORBABLES PAR LES RÉASSUREURS"

Ces événements se produisent dans un marché fragmenté, où les acteurs les moins solides et les moins diversifiés sont moins en mesure d'absorber les chocs. « Certains vont boire la tasse, d’autres vont passer à travers les gouttes », commente un réassureur. Scor, qui a réduit par deux son exposition en Floride au printemps dernier, s’estime ainsi mieux positionné que ses concurrents. De même, Hannover Re se dit peu exposé au sinistre Irma. En revanche, des acteurs comme Everest Re, Renaissance Re ou encore le Lloyd’s sont plus exposés au marché cat’ en Floride.

Si certains réassureurs se plaisent déjà à rêver d’une correction des prix sur le marché cat’, ces deux événements aussi impressionnants soient-ils « ne devraient pas renverser la table », relève Alkis Tsimaratos, responsable EMEA de Willis Re. Les dégâts causés par les inondations sont, en effet, sous-assurés aux Etats-Unis, où la couverture de ce risque est optionnelle, ce qui devrait réduire les pertes assurées. « Harvey est un sinistre complexe mais en termes de pertes assurées, il reste modeste et absorbable par l’industrie de la réassurance. Irma est plus sévère mais c’est un événement modélisable, prévu par la réassurance et absorbable par les fonds propres des réassureurs », explique Alkis Tsimaratos.

Pas de correction des prix en vue

Si aucune catastrophe majeure ne se produit d’ici les renouvellements de janvier, « cela ne devrait pas retourner le marché », estime-t-il. "Certaines sociétés seront affectées par ces sinistres et réagiront en conséquence sur les prix, mais tout dépendra du montant des pertes assurées et pour l'heure c'est encore impossible à dire », selon le CEO de Swiss Re Christian Mumenthaler. Le numéro 1 mondial prédit cette année une « stabilisation des prix ». « Les réassureurs souhaiteraient capitaliser sur cet événement pour faire remonter les prix, en arguant qu’il s’agit d’un marché mondial, mais les cédantes en Europe ne sont pas prêtes à accepter des tarifs plus élevés pour des sinistres réalisés aux Etats-Unis », explique une source de marché. D’autant que les ROE (rentabilité des fonds propres) des réassureurs sont toujours « satisfaisants », s’affichant à 8 ou 9%.

« On va rester dans un marché d’acheteurs », prédit Alkis Tsimaratos. Les ouragans Harvey et Irma pourraient, en tout cas, relancer la demande. Munich Re et Scor ont d’ores et déjà fait état de « demande supplémentaire » de la part des cédantes, qui en l'absence de sinistres majeurs, retenaient davantage de risques.

"Protection gap"

Ces événements illustrent aussi la nécessité pour les assureurs et les réassureurs de se montrer plus créatifs afin de combler le « protection gap » (la différence entre pertes économiques et pertes assurées). Si celui-ci est énorme dans des pays à fort potentiel de croissance comme l’Inde et la Chine, il est aussi important dans les marchés matures. Aux Etats-Unis, où le risque d’inondation est sous-assuré, mais aussi en Europe : en Italie, par exemple, « malgré un dialogue avec les assureurs locaux, le risque de séisme reste sous-assuré», explique Jean-Jacques Henchoz, responsable réassurance EMEA de Swiss Re. Les grands réassureurs présents à Monte-Carlo semblent tous être venus avec le même message : la sous-assurance, dans le monde, reste un défi … et un potentiel à exploiter pour créer de la nouvelle matière assurable.

 



Effectuer une autre recherche

Rechercher