Katrina : les premiers comptes du secteur
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Toujours provisoire, le dernier bilan officiel des victimes du cyclone Katrina chiffre le nombre de décès à plus de huit cents pour le sud des États-Unis (Alabama, Floride, Louisiane et Mississippi). Plus de deux millions et demi de personnes sont déjà inscrites pour bénéficier de l'aide fédérale. L'ardoise pourrait atteindre 200 Md$, tandis que le président des États-Unis a promis un effort de reconstruction sans précédent.
Le Vieux Continent contribuera
Les assureurs, en particulier européens et bermudiens, devraient prendre une part importante dans cet effort. Chaque année, les États-Unis représentent près des trois quarts des sinistres pris en charge par les réassureurs du Vieux Continent, tandis qu'ils n'en retirent que la moitié de leurs primes. Avec Katrina, ce déficit de la balance des paiements d'assurances va encore se confirmer. Pour preuve, après Swiss Re, c'est au tour du Lloyd's, le marché britannique de l'assurance, de revoir sérieusement à la hausse la charge du sinistre Katrina dans ses comptes. L'institution londonienne prévoit une perte de 2,5 Md$, tout en soulignant que sa position financière « est solide ».
Selon Ace, « le montant des pertes ne sera connu avec certitude que dans quelque temps, du fait de la taille et de la complexité du cyclone et des inondations. Le total des pertes couvertes par l'assurance reste difficile à établir, même s'il est clair qu'elles seront immenses et qu'elles affecteront toutes les branches du secteur ». Plusieurs agences de modélisation s'accordent à évaluer le coût de la seule tempête entre 20 et 30 Md$, auxquels il faut ajouter l'inondation de la Nouvelle-Orléans, entre 15 et 25 Md$.
Quelle que soit l'importance du sinistre, la profession devra étaler son paiement sur plusieurs années. Oil, la mutuelle des pétroliers, touchée de plein fouet par la mise hors service de plusieurs plates-formes, parle de cinq ans. Pour amortir le choc de Katrina, ses membres auront un pay-back (frais de reconstitution de garantie) à verser et ils ne pourront s'extraire du système de la mutuelle que moyennant le versement d'une pénalité d'un montant au moins équivalent à celui du pay-back. D'autres problèmes devraient également ralentir la sortie d'argent frais des réassureurs et des assureurs. La définition des événements couverts n'est pas toujours très claire dans de nombreuses polices. Contrairement à la tempête, l'inondation est souvent exclue du cadre de la garantie dans les États touchés. Mais le commissaire aux Assurances du Mississippi a déjà prévenu que le doute sur l'origine des dégâts, l'eau ou le vent, doit bénéficier à l'assuré. La répartition de la facture entre le secteur public, à travers le programme fédéral d'assurance des inondations, et les assureurs privés tourne déjà au bras de fer.
Flou et opportunisme
Par ailleurs, le coût des pertes d'exploitation restera incertain encore plusieurs mois, voire plusieurs années, car tout dépendra de la vitesse de reconstruction. Selon le courtier Benfield, Katrina pourrait être le sinistre le plus cher de l'histoire de la couverture des pertes d'exploitation. En attendant, l'inquiétude est toujours grande pour certains acteurs, comme le Bermudien Alea, qui a subi une révision sévère de sa note de solidité financière. Les rumeurs sur la santé de l'assureur américain Fairfax vont également bon train. Il devrait débourser près de 200 M$, affectant ainsi sa capacité financière. Dans la catégorie des compagnies qui devront payer plus de 200 M$, on trouve Axa Re, ZFS et FM, cette dernière pour plus de 300 M$. La filiale américaine de l'assureur suisse, Farmers Exchanges, prévoit qu'une facture de cet ordre ne devrait pas affecter significativement sa rentabilité. Avec ses 14,2 Md$ de primes encaissées sur le sol américain, Farmers envisage même de se porter acquéreur de compagnies mal en point. Faisant montre du même opportunisme, plusieurs syndicats du Lloyd's s'intéressent aux assureurs locaux (lire l'encadré ci-dessus). Selon l'agence de notation Standard & Poor's, certaines compagnies (comme Allstate et State Farm) étaient peu, voire pas du tout réassurées. D'autres, qui devront payer des pay-backs à leurs réassureurs, pourraient voir doubler la facture.
Tandis que le plein effet de Katrina sur les prix de la réassurance est attendu pour l'année prochaine, son impact est déjà perceptible dans les négociations entre cédantes et réassureurs. « Cet événement a créé un climat pesant pour les souscripteurs, qui auront du mal à se prononcer rapidement et, surtout, à lâcher du lest sur leurs conditions », s'attend un grand assureur de la place parisienne.
Une contraction des capacités
Hans Peter Gerhardt, DG d'Axa Re, prévient déjà : « Ce sinistre majeur aura sans nul doute pour conséquence une contraction des capacités de réassurance, accompagnée de hausses tarifaires au plan mondial. » Les cédantes semblent se faire à l'idée que la baisse des prix des couvertures cat' n'est plus d'actualité. Elles envisagent au mieux une stagnation pour les renouvellements du 1er janvier, mais restent confiantes pour les autres lignes de garanties. Daniel Havis, président du Gema, a fait part de ses « inquiétudes » sur le prix de la couverture cat' des réassureurs, tout en relativisant : « Il faudra vraiment de très fortes augmentations pour en voir la répercussion dans les tarifs des particuliers en France. »







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