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Pratiques de marché : Leçons d'Asie

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Les sinistres de 2011 dans la région ont révélé des pratiques de souscription et de gestion de sinistres qui laissent à désirer. Aujourd'hui, certains réassureurs ont quitté des pays de la zone ; les autres revoient leurs modèles et appellent à une meilleure discipline de marché.

Depuis plusieurs années, les réassureurs ont tenté de surfer sur l'essor économique de nombreux pays de la zone Asie-Pacifique, en tentant d'y développer leur volume de primes locales. Mais le plus souvent à la faveur de pratiques de souscription qui se sont avérées problématiques suite aux sinistres de 2011.

Clauses et garanties des assureurs locaux méconnues de leur réassureur (en particulier le développement de garanties cat' nat' incluses dans d'autres garanties), entraînant des sous-tarification notoires ; difficultés à interpréter combien d'événements annuels sont susceptibles de faire jouer une même couverture (en cas, par exemple, d'un tremblement de terre qui entraîne un tsunami et/ou plusieurs phases d'inondations), montant des valeurs assurées souvent sous-estimées faute de réévaluations régulières... Bref, beaucoup y ont laissé des plumes. D'ailleurs, le montant de la facture ne sera pas connu avant plusieurs années, tant l'estimation reste délicate à élaborer. « Avec les événements de 2011 en Asie, le marché a réalisé douloureusement que non seulement des entreprises asiatiques étaient couvertes, mais aussi ce qu'on appelle les " intérêts asiatiques ", c'est-à-dire les activités en Asie de groupes que nous couvrons au plan mondial. Or, ces " intérêts asiatiques " sont difficiles à évaluer en termes de valeurs assurées. L'Asie est l'usine du Monde. Les productions sont locales, puis, pour beaucoup, transférées », observe Emmanuel Fierens, responsable de l'entité business solutions de Scor Global P et C. Exemple : beaucoup d'entreprises internationales, pour partie directement réassurées via les facultatives, ont du mal à identifier tous les maillons de leur chaîne d'approvisionnement, entraînant des cumuls non prévus par les réassureurs.

 

Qualité des données

Par ailleurs, la qualité des données transmises par les assureurs locaux reste inégale et peut même être complètement faussée ! Même au Japon (d'où sont réassurés plusieurs pays alentours, telle la Thaïlande), marché de la coassurance par excellence, deux compagnies d'assurances à portefeuilles quasiment similaires peuvent fournir deux PML (probable maximum loss, soit le sinistre maximum possible) totalement différents ! Pourtant, il se dit que les assureurs japonais auraient fait des progrès ces dernières années.

Plus que jamais, les sinistres de 2011 ont montré la nécessité, pour les réassureurs qui n'en avaient pas encore, d'installer des collaborateurs sur place, pour travailler de manière étroite avec les cédantes et les grands risques (activités de réassurance facultatives). « La Thaïlande a constitué une grande surprise pour le marché. Les dommages qui y sont survenus étaient réassurés via le Japon ; personne n'avait réalisé qu'il y avait un tel cumul de valeurs dans cette zone, et il était impossible d'y envoyer quelqu'un... Nous en avons tiré les leçons. Désormais, nous regardons les accumulations pays par pays », explique Christian Mumenthaler, CEO réassurance de Swiss Re.

« Si le sinistre thaïlandais n'avait pas été modélisé dans cette ampleur, c'est notamment parce que beaucoup de zones industrielles se sont construites très rapidement dans des zones très exposées aux catastrophes. Un développement qui n'a pas nécessairement été suivi dans son ampleur et sa rapidité par les réassureurs occidentaux », ajoute François Vilnet, président de l'Apref, dont le comité des risques, présidé par Françoise Carli (vice-président assurance de Sanofi-Aventis), publiera une note de marché en septembre, afin que la question des couvertures, notamment les garanties carences de fournisseurs, soient davantage développées et mieux appréhendées par les acteurs. Point positif, si l'on peut dire : la diversité des enseignements tirés des sinistres asiatiques de 2011. En Thaïlande, les inondations ont été le sinistre cat' nat' le plus coûteux pour le marché de la réassurance du fait de la combinaison de trois composantes, que les réassureurs n'avaient pas forcément agrégé dans leurs simulations : l'impact cumulé sur les cédantes thaïlandaises, les intérêts japonais (traités japonais) et les traités régionaux de grandes sociétés internationales

 

Hausses de taux

En Nouvelle-Zélande, en revanche, c'est la nature du sinistre - et ses conséquences - qui en fait un épisode majeur. « En fait, ce sinistre s'est révélé exceptionnel, car le phénomène de liquéfaction des sols est méconnu, et son ampleur a entraîné une catastrophe économique sur place. Le pool local a eu beaucoup de mal à faire face au nombre d'indemnisations, et ce n'est pas fini. Ce pool n'est pas assez dimensionné pour faire face à un sinistre d'une telle ampleur. Les compagnies australiennes veulent d'ailleurs y être associées », note Yvan Besnard, directeur de la souscription Traité P et C monde entier chez Scor. Si les pratiques vont évoluer sur des années, ces sinistres ont surtout, dans l'immédiat, engendré des hausses de taux de la réassurance pour les pays concernés, et dans la région par effet de contagion.

 

JEAN-PHILIPPE CASANOVA, FONDATEUR DE FINALTAIR PARTNERS, SPÉCIALISÉ DANS LA GESTION DE MÉGA-SINISTRES EN ASIE

 

« Il faut radicalement changer les pratiques du marché »

« Dans les sinistres de 2011, chaque sujet est une forêt à défricher ! Dans le cas des inondations, l'évaluation des dommages directs est déjà complexe, mais il faut plusieurs années pour évaluer les pertes d'exploitation consécutives. Il y a de gros montants en jeu. Par ailleurs, la carence fournisseur est un sujet grave, notamment pour la Thaïlande, où les parcs industriels ont été durement touchés. Il faut radicalement changer les pratiques du marché, par exemple en actualisant chaque année les expositions avec les modèles cat', en tenant compte de l'augmentation des valeurs et des garanties non répercutées dans les primes de base, ou encore suivre de près les garanties accordées localement, le périmètre des couvertures, etc. »

 

 

En Nouvelle-Zélande, le sinistre s'est révélé exceptionnel, car le phénomène de liquéfaction des sols est méconnu.

 

Yvan Besnard, directeur de la souscription Traité P et C monde entier chez Scor

 


 

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