Vers une "sélection naturelle" sur le marché de la réassurance (RVS 2017)

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La 61ème édition des Rendez-Vous de Septembre se tient à Monte-Carlo. Alors que la profitabilité des réassureurs est sous pression, les acteurs de taille moyenne se trouvent chahutés, contraints de se diversifier ou de fusionner. 

Pour Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C, le contexte de marché plus difficile va engendrer une
Pour Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C, le contexte de marché plus difficile va engendrer une "sélection naturelle graduelle" des réassureurs mondiaux.

Lorsque l’environnement est hostile, les espèces qui survivent sont celles qui s’adaptent le mieux. Et si la théorie de Darwin s’appliquait également au marché de la réassurance ? « On va assister à une sélection naturelle graduelle » sur le marché de la réassurance, a ainsi assuré ce dimanche Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C, en ouverture des 61ème Rendez-Vous de Septembre de Monte-Carlo.

Plus concurrentiel, le marché de la réassurance subit depuis quelques années le double impact des taux bas qui érodent les rendements financiers, et des tarifs baissiers en dommages qui pèsent sur la rentabilité technique. Dans ce contexte, « les réassureurs plus diversifiés en matière de lignes de business et de géographie sont en meilleure position pour naviguer sur le cycle baissier que les réassureurs moyens, concentrés sur les risques d’assurance de biens », constate Lotfi Elbarhdadi, analyste chez Standard and Poor’s.

En faisant augmenter la sinistralité, l'ouragan Harvey qui a dévasté le Texas, et Irma qui traverse en ce moment la Floride, devraient contribuer à "stabiliser les prix", estime lundi Swiss Re. Mais, selon Alkis Tsimaratos responsable EMEA de Willis Re, "cela ne va pas renverser la table. La plupart des dégâts générés par Harvey ne sont pas assurés. Quant au cyclone Irma, il s'agit d'un événement prévu par la réassurance, modélisable et absorbable". En l'absence de nouvelle catastrophe majeure d'ici les renouvellements de janvier, le cycle bas devrait donc se poursuivre.

Guerre d’usure

Dans ce cycle bas, les acteurs de plus petite taille, spécialisés sur les risques catastrophes, sont fragilisés par l’émergence de la réassurance alternative (les cat' bonds), capable d’offrir des prix très attractifs. D'autant que les cédantes, constatant l'absence de sinistres majeurs et le maintien des ROE des réassureurs à un niveau satisfaisant de 8 ou 9%, maintiennent la pression sur les prix. « C’est un peu la guerre d’usure aujourd’hui. Dans ce marché plus fragile et plus fragmenté, il y aura des gagnants et des perdants. Les réassureurs de taille moyenne sont dans une position difficile car ils ont les mêmes coûts que les grands mais ne bénéficient pas des mêmes économies d’échelle», relève un acteur du secteur. 

Pour les bermudiens, qui ont progressivement dégringolé dans le top 15 des réassureurs mondiaux au cours des dernières années, il est donc urgent de se diversifier, sous peine de se voir rayer de la carte. « Willis Re a été sollicité par les réassureurs bermudiens pour les accompagner dans une démarche de diversification. Ils s’ouvrent à la souscription de branches longues. Cela s’est récemment traduit par une entrée plus significative de ces acteurs en Europe, par exemple sur le marché automobile»,», témoigne Thierry Myara, directeur général de Willis Re à Paris.

Opérations de M&A défensives

Les réassureurs de taille moyenne optent ainsi pour la croissance externe et le rapprochement avec d’autres acteurs. « Au cours des deux dernières années, presque toutes les opérations de M&A sur le marché étaient de nature défensive », commente Victor Peignet. La vente du bermudien Catlin à l’américain XL Group en 2015 a ainsi permis de constituer un groupe diversifié, qui se hisse aujourd’hui au 15ème rang de la réassurance mondiale. Le japonais Sompo s’est offert le bermudien Endurance en mars dernier pour 6,3 Mds $. En juillet, c’était au tour du canadien Fairfax de racheter le bermudien Allied World pour 4,9 Mds $. La concentration est-elle inéluctable ? « L’enjeu pour le tier 2 est de grossir et de rejoindre le tier 1 », analyse un connaisseur du marché.

Dans ce marché à la physionomie changeante, les grands réassureurs font valoir leur expertise. Avec l’entrée en vigueur de Solvabilité 2 qui pousse à une gestion plus fine des risques, « les cédantes achètent plus intelligemment », relève un réassureur. Finies les « couvertures sleep easy », achetées par habitude. Les demandes deviennent plus sophistiquées, nécessitant du cas par cas. « Avant, la réassurance était perçue comme une branche autonome permettant de protéger le bilan. Aujourd’hui, sous Solvabilité 2, la réassurance est un des leviers dont dispose la direction générale et elle est intégrée dans sa stratégie »», explique Walter Eraud, directeur général de Swiss Re France.

Client centric

Les grands réassureurs réinventent donc la relation avec les cédantes, misant sur une approche « client centric ». « Aujourd’hui, une part grandissante des réassureurs raisonne en termes de clients, et non plus de tranches ou de programmes de réassurance. Ils regardent leur relation élargie sur l’ensemble des affaires conclues ensemble», souligne Thomas Kroely, membre du comité de direction de Willis Ré Paris. « La plupart des réassureurs disposent désormais d’un account executive dédié à Axa qui traite l’ensemble de nos programmes et anticipe nos besoins », témoigne Guy Van Hecke, responsable de la réassurance d’Axa Global P&C. Le début d’un nouveau modèle ? 

 



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