Ressources humaines : la Maif ose le changement

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À l’issue de deux ans d’une démarche de concertation originale avec les salariés, la direction de la Maif dévoile ses propositions quant à la future organisation du travail au sein de la mutuelle. Notamment l’autonomie des collaborateurs...

À la suite du projet Oser, chaque salarié pourrait organiser ses horaires de travail.
À la suite du projet Oser, chaque salarié pourrait organiser ses horaires de travail.
Vincent MONCORGE

Une fois encore, la Maif fait preuve d’innovation en matière de ressources humai­nes. Certifiée «Top emplo­yers» 2017 pour ses pratiques RH, la mutuelle d’assurances présente, depuis quelques semaines, à l’ensemble de ses salariés les axes majeurs de son projet Oser (pour Organisation souple, épanouissante et responsabilité). Un projet qui vise à mettre en place une nouvelle organisation du travail. Et dont l’originalité réside dans l’implication des collaborateurs. «Aujourd’hui, je ne connais pas de coconstruction aussi ouver­te, transparente et massive qui se soit faite avec la contribution des salariés et la présence des organisations syndicales», témoi­gne Olivier Ruthardt, directeur des richesses humaines du groupe Maif.

Un triptyque gagnant

Petit retour en arrière : début 2015, afin de répondre au tripty­que stratégique de l’entreprise – satisfaction des sociétaires, perfor­mance de la mutuelle et épanouissement des salariés – la Maif décide de mettre en place de nouvelles modalités de travail. «Nous sommes alors partis d’une feuille blanche. Mais au lieu de bâtir ce projet uniquement avec des experts et/ou des juristes comme cela se fait habituellement, nous avons plutôt choisi d’associer directement le terrain», précise Béatrice Guéguiniat, pilo­te du projet Oser. De cette démarche collaborative sortira, en juin 2016, 578 fiches idées réali­sées par des groupes de travail de la Maif. Sur la base desquelles sera rédigée, quelques mois plus tard, la proposition de l’entreprise présen­tée actuellement à l’ensem­ble des collaborateurs.

Syndicats : « Tout reste encore à écrire »

Pour les organisations syndicales de la Maif, Oser ne débutera vraiment que le 4 avril prochain. « À ce stade, les négociations n’ont pas commencé. Bien que l’entreprise ait mis beaucoup d’idées sur la table, tout reste encore à écrire », explique Frédéric Duflos, secrétaire de la section CFDT de la Maif. Pour la première organisation syndicale représentative de la mutuelle d’assurances, deux propositions risquent notamment de poser problème : « Nous ne souhaitons pas généraliser le travail du samedi sur toutes les entités, ni étendre les plages horaires de manière irresponsable », précise le syndicaliste CFDT.

Autre point d’achoppement : « L’annualisation du temps de travail nous interroge », signale Frédéric Raison, de l’Unsa. De fait, à l’aube de l’ouverture de la première commission paritaire sur cette nouvelle orchestration du travail, les organisations syndicales affutent leurs revendications : « Nous ne serons pas fermés aux propositions qui seront faites. Tout dépendra de leurs utilités et des contreparties obtenues », indique Frédéric Duflos, qui entend bien négocier la réduction de la durée hebdomadaire du travail.

 

Principal axe développé dans ce projet qui s’inscrit dans le plan stratégique de la Maif, L’audace de la confiance : la liberté laissée, désormais, à chaque collaborateur de s’organiser pour ses horai­res de travail en fonction des besoins de l’entreprise. «À terme, on peut même imaginer ”une bourse d’échanges”. C’est-à-dire que les salariés qui sont plutôt du matin pourraient s’arranger directement avec des collègues qui préfèrent travailler le soir», indi­que Olivier Ruthardt.

Autre sujet fort abordé : l’opportunité de travailler dorénavant à domicile ou à distance. «C’est une bonne illustration de l’autonomie voulue par les salariés», explique Béatrice Guéguiniat. Afin d’améliorer la qualité de vie au travail, la mutuelle propose en outre d’intégrer, dans les accords d’entreprise, le droit à la déconne­xion. Mais les principes clés du projet Oser ne s’arrêtent pas là.

Parmi les sujets plus sensibles, l’entreprise aurait l’intention «de mobiliser les salariés de manière importante, notamment en heures supplémentaires» lors de situations de crise, explique un document intitulé « Oser, la propo­sition de l’entreprise en dix principes clés », dont L’Argus de l’assurance s’est procuré une copie. De même, les plages de travail pourraient désor­mais être adaptées aux atten­tes des sociétai­res. «Notre volonté est d’aller vers une adaptation du juste nécessaire au bon endroit, avec des métiers qui sont différents», explique la pilote du projet Oser.

Un projet coconstruit depuis deux ans avec les salariés

  • Février à juin 2015 Phase de diagnostic, marquée par le recueil des attentes des sociétaires.
  • Janvier 2016 Signature d’un accord de méthode.
  • Février à juin Phase de coconstruction, symbolisée par la constitution de groupes de travail (réunissant 731 participants) et la réalisation de 578 fiches idées.
  • Septembre et octobre Phase de consolidation avec la synthèse des fiches idées, transformées en 360 modalités.
  • Novembre Convergence entre les modalités retenues (issues des aspirations des salariés) et les besoins métier (issus du diagnostic réalisé par un groupe de travail rassemblant notamment des représentants du siège).
  • Janvier à février 2017 Présentation de la proposition de l’entreprise aux participants des groupes de travail et aux managers.
  • 4 avril Début des négociations avec les organisations syndicales représentatives.

Plus de disponibilité pour le client

Avec un changement majeur : les horaires d’ouverture au public de certains sites intègreraient dorénavant le samedi, un jour non travaillé jusqu’à présent à la Maif (hormis pour certaines entités qui bénéficient d’un statut particulier). Reste que ces propositions sont encore loin d’être validées. Car après deux ans de travaux préparatoires, ce n’est que le 4 avril prochain que s’ouvri­ront les négociations avec les organisations syndicales repré­sentatives. Dès lors, à l’issue de trois à quatre commissions paritaires organisées chaque mois jusqu’à la fin de l’année, la direction de la Maif espère pouvoir aboutir à la signature d’un nouvel accord portant sur l’organisation du temps de travail (OTT) pour envisager une mise en application dès le 1er janvier 2018.


Olivier Ruthardt

Olivier Ruthardt

Directeur des ressources humaines du groupe MAIF

Olivier Ruthardt est né en 1968. Troisième cycle en sciences juridiques de l'université Paris-X-Nanterre. Master 2 de Gestion, Management et Organisation des Ressources Humaines de l'université [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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