Santé : inquiétudes croissantes sur l’accès aux soins et la dépendance (baromètre Deloitte)

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La sixième édition du baromètre Deloitte sur la santé des Français, réalisée par OpinionWay, souligne les principales satisfactions et inquiétudes qui attendent les candidats à l’élection présidentielle, à quelques semaines du premier tour.

Jean-François Poletti, associé Deloitte Conseil en charge des activités assurances de personnes, voit dans le baromètre santé 2017 la preuve que le rôle des complémentaires santé est appelé à se diversifier, notamment sur les services.
Jean-François Poletti, associé Deloitte Conseil en charge des activités assurances de personnes, voit dans le baromètre santé 2017 la preuve que le rôle des complémentaires santé est appelé à se diversifier, notamment sur les services.

Si les questions de santé et de protection sociale ont rarement été aussi présentes dans l’histoire récente des campagnes présidentielles, elles restent toutefois sources d’inquiétudes et de questionnements pour les Français – et sources d’imprécisions du côté des candidats.

La sixième édition du baromètre Deloitte sur la santé des Français, réalisée par OpinionWay*, rappelle l’attachement global de la population au système de santé – et ce, même si la méthodologie de l’étude laisse apparaître des pourcentages de personnes «plutôt satisfaites» des composantes du système de santé nettement supérieurs à ceux des personnes «très satisfaites». Deux items voient toutefois les taux d’insatisfaction croître : l’accès aux soins géographique (63%, -7 points par rapport à 2016) et financier (61%, -5 points). Deux enjeux dont se sont emparés la majorité des candidats à l’élection présidentielle.

Renoncement aux soins croissant

Cette tendance s’explique par une persistance de certaines formes de renoncement aux soins : le coût trop élevé (48%, +5 points par rapport à 2016), les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous (45%, +3 points) et la distance géographique (25%, +5 points) sont principalement cités. Si le renoncement aux soins d’ordre financier est naturellement élevé pour les foyers modestes (69% pour ceux dont les revenus mensuels n’excèdent pas 1000€), il n’est pas non plus négligeable pour les foyers aisés (29% pour ceux aux revenus mensuels supérieurs à 3500€).

Cette prise de conscience, souligne Jean-François Poletti (associé conseil assurance chez Deloitte), «est aussi un effet induit de l’entrée en vigueur des contrats de complémentaire santé dits responsables, avec des remboursements plafonnés». 61% de l’échantillon considère ainsi que cette réforme a accru leur reste à charge, ce qui a conduit une part non négligeable de ces personnes à souscrire à une surcomplémentaire santé individuelle.

Un prometteur marché de la surcomplémentaire

La réforme de la généralisation de la complémentaire santé a laissé apparaître le potentiel du marché de la couverture supplémentaire santé, dite surcomplémentaire. Deloitte voit dans son baromètre une confirmation de cette tendance avec une souscription en progression (22%, +6 points par rapport à 2016, taux grimpant à 41% chez les 18-24 ans). Majoritairement souscrites pour augmenter le niveau des remboursements, elles sont également utilisées pour bénéficier de nouveaux services (prévention, coaching...), à hauteur de 43% des souscripteurs de surcomplémentaires (taux montant à 70% chez les 18-24 ans !). Le budget moyen par mois consacré à la surcomplémentaire est également en progression : de 22€ en 2015 et 41€ en 2016, il s'élève désormais à 49€. «Et si la réinvention nécessaire du rôle des complémentaires santé s'illustrait déjà, aujourd'hui, par les surcomplémentaires ?», souligne Jean-François Poletti.

 

LA LIBERTÉ D'INSTALLATION DES MÉDECINS PEU DÉFENDUE

Le renoncement géographique aux soins, qu’il soit dû à la présence de déserts médicaux et/ou d’un manque de professionnels de santé spécialistes (ophtalmologues, radiologues…), est également une préoccupation majeure. Deloitte et OpinionWay, qui ont listé quatorze orientations principales sur les questions de santé, voient apparaître en seconde position la lutte contre les déserts médicaux. 

Plus étonnant : la formulation de cet enjeu, qui ne laisse pas de place au doute, valide en effet l’une des orientations de Benoît Hamon (PS) à savoir, la fin de la liberté d’installation des médecins en contraignant leur implantation géographique (88% en faveur de cette mesure). Ce point est à relier avec deux autres : l’aggravation du renoncement aux soins d’ordre géographique… et le soutien majoritaire (71%) des Français au relèvement du numerus clausus quant au nombre de nouveaux médecins sur le territoire. Une dernière mesure soutenue par plusieurs candidats (Nicolas Dupont-Aignan, François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron…).

Cette édition du baromètre santé de Deloitte s’accompagne toutefois d’une petite surprise finale puisque, sur ces quatorze orientations principales dans le cadre de l’élection présidentielle (voir encadré), la première n’a pas trait à l’accès aux soins… mais à la dépendance, un sujet qui prend de plus en plus de poids dans la campagne. 89% des personnes interrogées considèrent ainsi que l’amélioration de l’accompagnement des personnes dépendantes est «important» ou «primordial», un point de plus que pour la lutte contre les déserts médicaux. «Face à ces enjeux, les Français sont conscients de la nécessité de réformer le système de santé», estime Michel Sebbane (associé conseil secteur public santé et social chez Deloitte).

* Méthodologie : échantillon de 2013 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, interviewé du 10 au 16 février 2017.

Des orientations présidentielles globalement soutenues... à quelques exceptions près

La majorité des quatorze orientations santé listées par Deloitte, émanant d'un ou plusieurs candidats à l'élection présidentielle, sont soutenues par les Français. Si la dépendance et la lutte contre les déserts médicaux trônent en tête (89% et 88%), l'équilibre des comptes de la Sécurité sociale complète le podium (81%). Ce listicle n'est toutefois pas exempt de paradoxes, puisque la proposition d' "assurance maladie universelle" de Jean-Luc Mélenchon obtient 65% d'assentiment... tandis que celle, controversée, de François Fillon de focus des remboursements (pathologies "lourdes" pour l'AMO, soins "légers" pour les AMC) obtient un 50/50. En réalité, seules deux des quatorze mesures récoltent une majorité d'opinions défavorables : la suppression de l'Aide Médicale d'Etat (AME), demandée par Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, et la suppression du tiers-payant généralisé (demandée notamment par François Fillon).

 

 



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