#Spécial Auto-MRH - Flottes automobiles : la course au juste prix

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Entre les entreprises en quête d’économies et les assureurs qui voient le poids des sinistres corporels exploser, les négociations sur le niveau des primes d’assurance des flottes automobiles sont de plus en plus tendues.

Depuis dix ans, la baisse des fréquences de sinistres est une réalité pour les véhicules légers. Gilles Grebert, responsable du département flottes de l’assureur Covéa Fleet, le reconnaît aisément : « Les chefs d’entreprise ont compris que l’assurance de leur flotte est un centre de coût non négligeable et que celui-ci ne peut être maîtrisé, voire réduit, qu’à l’aune de leur profil de risque et des efforts qui ne dépendent que d’eux. » Les courtiers remarquent que le marché est aujourd’hui suffisamment alerté sur le fait que chacun doit payer son risque singulier et non faire supporter à la collectivité un risque dégradé.

7,2 %

La part du parc de véhicules français assurés par un contrat flottes.
Source : FFSA, 2013

1,9 Md€

Le chiffre d’affaires de l’assurance flottes automobiles.
Source : FFSA, 2013

62 %

La part de la location longue durée (LLD) dans les immatriculations d’entreprise.
Source : SNLVLD, 2015

43 mois

La durée moyenne des contrats pour les véhicules de flotte d’entreprise.
Source : SNLVLD, 2015

Le volume avant l’équilibre

Les entreprises s’engagent donc en nombre dans des démarches de prévention. En contrepartie, leurs dirigeants attendent un juste retour des choses avec la baisse de leurs primes. Mais c’est là que les affaires se compliquent. D’abord, parce que ce risque de fréquence est de plus en plus absorbé par l’entreprise. « L’autoassurance évolue en ce moment, car les entreprises réfléchissent différemment en période de crise », observe ainsi Christian Danel, directeur automobile pour Gras Savoye.

Ensuite, parce qu’au-delà de la fréquence, il y a les sinistres. « Or, l’inflation de la charge des corporels inquiète le marché », insiste Gilles Grebert. L’indemnisation record de 12,5 M€ accordée par le tribunal de Marseille, fin avril, à une victime devenue tétraplégique à 14 mois dans un accident de voiture est dans toutes les têtes. à cela s’ajoute le passif des prix cassés dans les années 2000. « Pendant plusieurs années les assureurs se sont laissés guider par le volume des primes brassé sur les flottes auto et ont trop souvent oublié l’équilibre technique », explique Gilles Grebert.

Discuter chaque dossier

Les courtiers, conscients de ne pas avoir réagi lorsque les primes étaient trop basses, bataillent désormais lors de chaque renouvellement. « Tout en tenant compte des obligations des assureurs en matière de provisionnement de sinistres, nous nous devons d’être vigilants. Nous observons que les provisionnements des assureurs s’effectuent fréquemment sur le haut de la fourchette. Notre objectif est d’évaluer chaque dossier, de discuter pour ajuster chaque sinistre en fonction de la réalité », avance Dominique Sabalot, directrice technique automobile chez le courtier Aon. Pour maîtriser les coûts – et pour s’imposer face aux loueurs qui cherchent à grignoter des parts de marché –, les courtiers affirment donc leur valeur ajoutée. « Même si les entreprises n’assurent pas forcément tous les risques, nous leur proposons des solutions pour nous confier tous les postes de réparation, avoir une vue d’ensemble de la sinistralité, donc isoler les coûts », souligne Stéphane Bumbalo, directeur de Verlingue Automobile. Les courtiers rappellent également l’importance de maîtriser un réseau de prestataires en réparation automobile pour garder le contrôle sur les prix et « contrecarrer les éventuelles demandes abusives de frais de restitution en fin de location longue durée », développe Christian Danel pour Gras Savoye.

Un appétit modéré

En cette période de forte tension sur les primes d’assurance, le marché se tourne donc en majorité vers les petites et moyennes flottes en véhicules légers, aux primes plus élevées, à la réputation plus stable – contrairement aux grandes flottes, qui relancent la compétition tous les deux à trois ans – et à la sinistralité plus facile à gérer. Mais tout est affaire de cycle, car le tarif des grosses flottes a baissé à mesure qu’elles trouvaient des propositions sur le moins-disant, ces dernières se raréfiant.

« A chacun son transport, à chacun son tarif », Gilles Grebert responsable du département flottes de Covéa Fleet

« Notre portefeuille est segmenté en transport pour propre compte, transport public de marchandises, transport public de voyageurs et location courte durée (LCD). Sur notre cœur de cible, le transport pour propre compte, nous sommes disposés à réaliser des efforts tarifaires au profit des risques présentant les meilleures fréquences. Sur les autres, nous nous en tenons à une stricte application des tarifs. Notre objectif est d’équilibrer spécifiquement chacun de ces segments et d’éviter que l’un d’entre eux ne finance les autres. »

« Nous restons vigilants sur les sinistres corporels », Jean-Pierre Juillard responsable du département flottes automobiles de Marsh

« Dans les années 2000, des primes extrêmement basses ont été proposées aux clients : ces tarifs couvraient à peine la sinistralité. Nous constatons aujourd’hui l’augmentation des primes d’assurance, liée à l’inflation des coûts sur les sinistres corporels. Nous suivons attentivement la sinistralité de nos clients et restons particulièrement vigilants sur les sinistres corporels supérieurs à 30 000 €. Nous faisons un point régulier avec les assureurs sur chaque dossier. »

Bataille commerciale entre loueurs et courtiers

La concurrence fait rage avec les loueurs en LLD, et chaque courtier s’interroge sur la juste mesure à adopter pour apporter un maximum de services aux entreprises sans s’écarter de son cœur de métier. Ainsi, en janvier 2013, Aon France a cédé son département fleet management (gestion de parcs). « Nous nous concentrons juste sur notre activité d’assurance, mais aussi davantage sur notre activité d’accident management, qui consiste à intervenir sur la gestion globale des sinistres en pilotant des réseaux agréés de prestataires performants », commentait alors le PDG, Robert Leblanc. Les courtiers rappellent leur différence face aux loueurs : aux premiers la négociation des meilleurs tarifs pour l’achat d’un véhicule puis son entretien, au courtier, qui place les risques au meilleur prix, la maîtrise du coût des réparations, donc des sinistres.

 



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article extrait de l’argus de l’assurance

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