Syndicats du courtage : le choc des ambitions

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Le nouveau projet de rassemblement de la profession, présenté le 5 juin dernier par la Chambre syndicale des courtiers d’assurances (CSCA), fut aussitôt concurrencé par le lancement de Planète Courtier, une structure alternative portée par Syndicat 10, l’union des courtiers grossistes.


Veronika Galkina - Fotolia

Le projet d’union de la profession, voulu par la CSCA depuis quatre ans, a finalement été validé le 5 juin, à quelques heures du congrès annuel de la chambre syndicale. Il s’agit d’une seconde mouture, après l’échec du premier projet en décembre dernier. Cependant, la chambre syndicale n’eut que peu de temps pour se réjouir : quelques heures plus tard, Syndicat 10, union des courtiers grossistes dissidente de la CSCA, a lancé son propre projet : Planète Courtier. Avec l’ambition affichée de devenir à court terme le syndicat représentatif de la profession.

De l’électricité dans l’air

Le ton est volontairement offensif. « Nous sommes sortis in extremis de la CSCA avant d’attraper la maladie de l’immobilisme », lance Laurent Ouazana, directeur général de Syndicat 10, en première ligne pour le lancement de Planète Courtier. La chambre syndicale, qui se positionne en organe historique, légitime et rassembleur, fuyant toute notion de duel avec le nouveau venu, est reléguée au rang de vieille dame poussiéreuse. « C’est un luxe extraordinaire d’avoir une page blanche, de ne pas être pollué par les batailles d’egos », poursuit le chef de file de Planète Courtier, avec franc-parler. Une attaque qui passe mal, venant de l’ancien vice-président de la CSCA. D’autant que la nouvelle union a été juridiquement créée en décembre 2014, alors que Syndicat 10 était toujours membre de la structure fédérale. « Nous avons déposé le véhicule juridique d’une nouvelle union dès que nous avons compris que le projet de la CSCA était sans avenir », justifie Laurent Ouazana. Or, cette date de naissance revêt un poids considérable : elle permet à Planète Courtier de passer entre les mailles des nouveaux critères de représentativité patronale qui entreront en vigueur en 2017 et qui ne prendront en compte que les instances ayant au moins deux ans d’ancienneté. En 2017, le sort des deux unions reposera donc entre les mains du ministère du Travail qui pourra juger de leur degré de légitimité. En attendant, le secteur du courtage est plus que jamais divisé.

Un challenger motivé

Du côté du nouveau venu, Syndicat 10 a déjà fait la preuve de sa force de frappe avec deux études de terrain prouvant la légitimité des grossistes auprès des courtiers de proximité. « Il va falloir qu’on remplisse très vite les collèges et qu’on soit représentatif », a déclaré Laurent Ouazana lors de la plénière de lancement, devant une centaine d’intermédiaires en assu­rances. L’objectif : attein­dre 1 000 adhésions la première année, 2 000 la deuxième sachant que les courtiers qui adhéreront avant le 30 septembre bénéficieront de 15 % de réduction pour une adhésion de 18 mois au lieu de 12. On ne pourra pas retirer aux courtiers grossistes leur sens des affaires. Mais c’est justement cette posture qui a hanté les allées du congrès de la CSCA. « Le combat syndical ne doit pas servir de prétexte à un opportunisme commercial », prévient Damien Vieillard-Baron, président du Sycarif, syndicat des courtiers en assurance et réassurance d’île-de-France. La CSCA, tout en réfutant toute notion de course aux adhérents, a également annoncé son intention de lancer une grande campagne de communication pour attirer de nouveaux membres. Et pour convaincre les courtiers encore réfractaires au syndicalisme, les deux unions misent sur une meilleure lisibilité de leur structure.

Un impératif de clarté

Du côté de Syndicat 10, on parie sur un fonctionnement par collèges : celui des entreprises du courtage traditionnel de moins de 20 salariés, qui sera à son tour divi­sé par régions pour mailler le territoire ; celui des courtiers grossistes, qui peut déjà compter sur les 21 membres de Syndicat 10 ; ou encore celui des comparateurs d’assurance. Enfin, pour simplifier le fonctionnement de l’union et pour attirer les courtiers de proximité, chaque adhérent aura le même poids, peu importe le montant de sa cotisation.

Du côté de la CSCA, on mise sur les chambres régionales dans lesquelles fusionneront le SFAC, syndicat français des assureurs conseils, et les unions régionales. La région île-de-France devrait montrer l’exemple. Les autres spécialités du courtage seront rattachées directement à la structure centrale. « Le nouveau projet a l’avantage de pouvoir accueillir les différentes familles du courtage. Les grossistes, les courtiers-CGP mais aussi les instances qui se forme­raient dans le futur, sont invi­tées à nous rejoindre tout en conservant leur indépendance et spécificités » explique Hervé Houdard, président de la CSCA. Anacofi Assurances, le nouveau syndicat des courtiers de l’univers de la gestion de patrimoine, a déjà signalé son intérêt lors du congrès de la CSCA, par la voix de son président David Charlet. Face à Planète Courtier, la CSCA joue donc délibérément la carte de l’ouverture. « Une planète est toujours en orbite autour d’une étoile et je suis convaincu que la CSCA sera cette étoile », formule ainsi Damien Vieillard-Baron.

 

3 IDEES FORTES

Projet de la CSCA
  • Disparition des syndicats régionaux et du syndicat français des assureurs conseil (SFAC), cofondateur de la CSCA, au profit de chambres régionales, comme CSCA Nord.
  • Intégration des syndicats spécialisés aux côtés de l’Union des courtiers de l’assurance maritime et transport.
  • Création de cinq vice-présidences organisées par thématiques.

Projet de Planète Courtier

  • Un adhérent, une voix, quelle que soit la taille de la structure.
  • Cinq collèges par typologie d’entreprise pour le lancement et l’intégration de nouveaux collèges en fonction des demandes.
  • Un maillage régional pour le collège des courtiers de proximité dédié au lobbying auprès des élus.

Nous espérons être à court terme le syndicat représentatif de la profession.

Laurent Ouazana, directeur général de Syndicat 10

Il n’y a pas de course aux adhérents, nous avons toute légitimité pour une représentativité optimale.

Hervé Houdard, président de la CSCA


Hervé Houdard

Hervé Houdard

Directeur général de Siaci Saint Honoré

Hervé Houdard est né le 29 juillet 1957. Autodidacte 1973-82 : Hervé Houdard débute sa carrière au sein du groupe Rhin & Moselle, spécialisé en assurances. 1982-94 : Responsable de la [...]

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Laurent Ouazana

Laurent Ouazana

Président de Ciprés

Laurent Ouazana est né en janvier 1965. 1986 : diplôme de l'École nationale d'assurances (Enass). 1987-98 : direction courtage de La Bâloise-La Suisse assurances. 1998-2000 : poste de [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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