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Une concentration des mutuelles inéluctable... ou presque

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Le nombre de mutuelles en France a été divisé par deux en seulement dix ans. Un mouvement qui, contexte réglementaire oblige, n’est pas prêt de ralentir, même si certaines pourraient en réchapper.

Les mutuelles étaient plus de 1 200 en 2005, encore plus de 900 en 2008 et ne devraient plus être que 500 en 2015 : celles-ci se concentrent à une vitesse effrénée depuis plus d’une dizaine d’années, rythme bien plus élevé que pour les assureurs et autres institutions de prévoyance.

De la transposition aux mutuelles des directives européennes relatives aux assurances (2002) au relèvement du seuil du fonds minimum de garantie obligatoire pour tout organisme exerçant une activité d’assurance (2008), en passant par les plus récents Solvabilité 2 et ANI, les raisons se succèdent et s’accu­mulent. Et ce n’est pas fini ! « La dynamique de concentration du monde mutualiste va continuer », prédit Lotfi Elbarhdadi, directeur financial services chez Standard & Poor’s, auteur d’une étude prospective sur le marché des organismes complémentaires santé divulguée début 2016. Lotfi Elbarhda­di identifie deux principales causes de ce mouvement de longue traîne : « L’augmentation des besoins de reporting (notam­ment consécutifs à Solvabilité 2) et les conditions de marché, qui poussent à renforcer la compétitivité des acteurs ».

Nombre de mutuelles de livre II , contrôlées par l’ACPR

  • 2006 1 158
  • 2007 1 070
  • 2008 973
  • 2009 844
  • 2010 719
  • 2011 672
  • 2012 630
  • 2013 599
  • 2014 560

Économies d’échelle… et après ?

La question des économies d’échelle revient également souvent dans les discussions entourant ces rapprochements. « L’enjeu des économies d’échelle se révèle très important, mais ne pourra être évalué, en pratique, qu’au bout de plusieurs années » prévient toutefois Marc-Philippe Juilliard, directeur en charge de l’assurance pour Standard & Poor’s. Au-delà des raisons objectives, cet expert relè­ve que ce mouvement de concentration s’auto-entretient : « Il existe un phénomène de marginalisation des institutions moins significatives, dès que leur compétitivité n’est pas optimale ».

Certaines mutuelles de taille inter­médiaire résistent toutefois, pour l’heure, à cette dynamique – et Lotfi Elbarhdadi de considérer que cette situation peut enco­re perdurer. Tout est, pour lui, question de positionnement concurrentiel : « La structure est-elle viable, la clientèle captive ? L’offre est-elle concurrentielle face aux plus gros ? » En notant que ces irréductibles sont elles-mêmes le fruit de fusions successi­ves, comme Prévifrance ou M comme Mutuelle.

Bref la concentration n’est pas totalement inexorable et par ailleurs les rapprochements déjà annoncés, voire finalisés, doivent encore faire leurs preuves. « Il ne faut pas omettre que de nombreuses opérations de fusions/acquisitions ne fonctionnent pas sur le long terme: ces rapprochements mutualistes ne seront pas forcément tous couronnés de succès », prévient Marc-Philippe Juilliard.

Et selon le représentant de Standard & Poor’s, les obstacles qui peuvent faire capoter les projets sont essentiellement d’ordre opérationnel : de la stratégie globale à la culture d’entreprise, des ressources humaines aux systèmes d’information… Autant de points de surveillance qui seront particulièrement scrutés en 2016, année prenant la forme d’un tournant pour les acteurs mutualistes du monde de la santé.

Top 30 de la mutualité, une majorité de leaders en cours de rapprochement

Le recensement est éloquent ! Parmi les 30 premières mutuelles françaises, combien d’entre elles demeurent en dehors de tout processus de rapprochement ? Selon notre analyse réalisée à partir du Top 30 de la Mutualité 2015, elles sont seulement quatre dans ce cas de figure, si l’on exclut Intériale qui est en cours de discussion sur un partenariat structurant. Et encore, parmi ce quarteron d’indépendantes, figure la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH) fraîchement divorcée du groupe Pasteur Mutualité. De fait, à terme se dessinent essentiellement deux grands pôles mutualistes code de la mutualité, le projet « HarmoGEN » comme le surnomment certains et l’union des leaders de l’interpro, Adréa, Apreva, Eovi-Mcd et Solimut. Pour ceux qui ne se retrouvent pas dans cette alternative, le choix s’oriente vers les pôles mutualistes des groupes paritaires ou des mutuelles d’assurance.

Il existe un phénomène de marginalisation des institutions moins significatives, dès que leur compétitivité n’est pas optimale.

Marc-Philippe Juilliard, directeur en charge de l’assurance pour Standard & Poor’s

Les vingt plus grosses mutuelles représentent pour l’heure 50 % du marché qui, comparativement aux institutions de prévoyance, reste très fragmenté. L’ANI rebat également les cartes et les barrières historiques avec les autres familles, ce qui amène les mutuelles à se rapprocher entre elles ou vouloir bénéficier des connaissances de groupes plus larges.

Lotfi Elbarhdadi, directeur financial services chez Standard & Poor’s

Le détail des principaux projets de rapprochement et unions mutualistes

  • Harmonie Mutuelle/MGEN/MGEFI/MNT Harmonie Mutuelle et la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN), les deux leaders du monde de la mutualité (Top 30, 2015), se sont entendus sur la création d’une union mutualiste de groupe (UMG), formellement créée dans les premiers mois de 2016. MGET a fusionné avec MGEN au 1er janvier 2016 alors que la Mgefi et la MNT ont décidé de rejoindre le projet « HarmoGEN » comme le surnomment certains.
  • Malakoff Médéric/La Mutuelle générale La Mutuelle générale et le groupe de protection sociale Malakoff Médéric se sont finalement donnés jusqu’à fin juin pour finaliser leur union. Acté en janvier 2015, ce rapprochement doit prendre la forme d’une société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam).
  • Adréa/Apréva/Eovi MCD/Solimut Les mutuelles Adréa, Apréva et Eovi MCD ont constitué une union mutualiste de groupe (UMG) en 2015, que rejoindra Solimut en 2016.
  • Unéo/MGP/Covéa La mutuelle des militaires Unéo a engagé des négociations exclusives avec le groupe Covéa pour la création d’une UGM (union de groupe mutualiste) qui regrouperait Unéo, la GMF et la Mutuelle générale de la police (MGP).
  • Intériale/?? La mutuelle positionnée sur le ministère de l’Intérieur et les collectivités locales a engagé un processus afin de nouer une alliance/partenariat avec un ou plusieurs acteurs de poids du monde de l’assurance.
  • Mutuelle familiale La Mutuelle familiale fait partie de l’UGM Umanens qui regroupe également Identités Mutuelles, le groupe Entis Mutuelles et, depuis 2015, Mutualia.
    Hors top 30 de la Mutualité 2015
  • UMC/Klesia La mutuelle UMC (28e au top 30 de la Mutualité 2014) a officialisé son rapprochement avec le groupe de protection sociale Klesia en février 2016, dans le but de constituer un pôle mutualiste dont elle serait la tête de pont.


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article extrait de l’argus de l’assurance

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