Grande distribution : de nouveaux risques liés à l'international
Mots clés : - risk management
Jean-Jacques Pataud, directeur des assurances du groupe Casino
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L'internationalisation croissante des enseignes de la grande distribution les expose de plus en plus aux événements naturels. Par ailleurs, la crise économique remet au goût du jour un risque oublié depuis 2008 : la hausse des réclamations de la clientèle.
Le moins que l'on puisse dire pour la grande distribution, c'est que l'exposition des groupes francophones aux risques de ca-tastrophes naturelles progresse de plus en plus. Résultat, lors des renouvellements de ce début janvier, les regards des assureurs se sont donc tournés tout naturellement de ce côté.
Même si « le marché reste très ouvert, selon Guy Calice, responsable sectoriel grande distribution et agroalimentaire chez Marsh, certaines compagnies d'assurances se montrent plus strictes et attentives au niveau de certaines couvertures. Résultat de leur internationalisation, les grands distributeurs découvrent de nouveaux risques, en particulier ceux liés aux événements naturels ». Les assureurs ciblant la qualité de leurs résultats techniques pour 2012 se font donc de plus en plus vigilants sur la qualité du risque présentée par ces grands groupes. De ce fait, les sons de cloche divergent selon les entreprises interrogées.
Le groupe Delhaize, par exemple, qui emploie plus de 140 000 personnes dans le monde, principalement en Europe de l'Est, a connu des renouvellements plutôt tranquilles cette année. « À garanties égales, nous avons réussi à trouver les mêmes, voire de meilleurs tarifs que l'an dernier », témoigne Norbert Dietkiewicz, risk-manager du groupe de distribution belge.
Gérer des problèmes juridiques et politiques
A contrario, du côté du groupe Casino, on s'attend à des négociations un peu plus musclées d'ici à juillet 2012. « La filiale thaïlandaise du groupe, très importante localement et à fort potentiel de développement, a subi l'impact des inondations du second semestre 2011. De ce fait, nous nous attendons à un renouvellement plus discuté que d'habitude de notre programme dommages au 1er juillet », explique Jean-Jacques Pataud, directeur des assurances du groupe basé à Saint-Étienne (Loire).
Outre les dommages aux biens, d'autres risques existent à l'international, comme ceux liés à la chaîne d'approvisionnement, à la logistique ou encore aux risques politiques, lesquels peuvent provoquer, selon Guy Calice, « des pertes d'actifs et d'exploitation pour les distributeurs ». Selon lui, « ils souhaitent également être accompagnés sur le plan juridique pour leurs activités à l'international à cause des différences de législation ». C'est notamment le cas d'un groupe comme Adeo (propriétaire de l'enseigne Leroy Merlin, entre autres), implanté dans 14 pays, dont la Russie et le Brésil.
Par ailleurs, outre ces nouveaux risques liés au développement de l'activité des enseignes dans le monde, d'autres apparaissent de plus en plus, et se sont confirmés en 2011. « La grande distribution est passée du risque lourd incen-die à des risques liés aux événements naturels, mais également à la réputation et au développement de leur activité e-commerce », observe François Leduc, le directeur général adjoint du courtier nordiste Verspieren. « Un nouveau risque devient de plus en plus présent dans nos affaires : les données informatiques clients. Les événements récents illustrent bien cette problématique. Il s'agit d'un enjeu majeur pour nous et pour le marché où se pose la question de la capacité », confie Loïc Leymarie, risk-manager du groupe Adeo.
Des périodes de tension pour les clients
Un autre fait marquant de l'année 2011 a trait à l'impact de la crise économique, qui se fait déjà sentir dans les enseignes de la grande distribution. Cette crise a notamment pour effet de réduire la tolérance aux risques des grands distributeurs, qui sont des acteurs confrontés à une sinistralité de fréquence et d'intensité. « C'est pour cette raison que nous misons beaucoup sur la prévention et sur la cartographie des risques », explique Norbert Dietkiewicz.
Outre l'incidence et la répercussion que de lourds sinistres peuvent causer sur leur compte de résultats, les grands distributeurs se montrent également de plus en plus vigilants en ce qui concerne un autre phénomène directement dû à la crise : les hausses du nombre de réclamations de la part des clients. « Le métier de l'assurance devient plus complexe. Les périodes de crises sont des périodes de crispation au niveau des clients. Déjà, pendant l'année 2008, nous avions ressenti une recrudescence des demandes d'indemnisation et des réclamations. Nous redoutons qu'une tendance similaire s'établisse sur 2012 », considère Loïc Leymarie. Crise ressentie de plus en plus forte-ment dans les allées des magasins, expositions aux catastrophes naturelles et à de nouveaux risques liés à la supply chain, à la réputation ou encore aux rapports sociaux... Une chose est sûre, les renouvellements à venir pour la grande distribution devraient être plus musclés.
2 QUESTIONS À
Jean-Jacques Pataud, directeur des assurances du groupe Casino
« Le risque de réputation est une réalité dans notre gestion »
Comment votre gestion du risque a-t-elle évolué ? Notre équipe dédiée à l'assurance est volontairement très resserrée. De ce fait, nous misons beaucoup sur nos courtiers et les sollicitons sur de très nombreux sujets bien au delà de leur core business traditionnel. Ainsi, nous les associons tant à l'analyse et à la cartographie des risques qu'à la veille juridique, à la gestion du portefeuille et de sinistralité, etc. Avec l'internationalisation du groupe, qui est amenée à s'intensifier dans les années à venir (Amérique du Sud et Asie du Sud-Est), les risques de dommages aux biens, spéciaux ainsi que ceux liés aux événements naturels sont évidemment un sujet de réflexion permanente. Quels nouveaux risques voyez-vous émerger ? Historiquement, Casino a été l'un des premiers groupes, si ce n'est le premier, à créer et à miser sur les marques propres (Marque Casino) indépendamment des marques nationales. Par voie de conséquence, le risque de réputation est une réalité très présente dans notre gestion au quotidien. Du fait de la crise économique que nous traversons depuis 2008, nous avons aussi observé une recrudescence des réclamations de la part des tiers.










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