Dévastation

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Olivier Baccuzat
Rédacteur en chef
olivier.baccuzat@infopro-digital.com
Olivier Baccuzat Rédacteur en chef olivier.baccuzat@infopro-digital.com
Laetitia Duarte

Bâtiments éventrés, toitures et véhicules balayés tels des fétus de paille, torrents d’eau boueuse charriant dans les rues des débris en tout genre… Dans les heures qui ont suivi le passage du cyclone tropical Irma sur Saint-Barthélémy et Saint-Martin, entre les 5 et 6 septembre, ces deux joyaux des Antilles françaises, méconnaissables, offraient un spectacle de désolation faisant froid dans le dos.

Très vite, Daniel Gibbs, le président du conseil territo­rial de Saint-Martin, affir­mait que 95 % de la partie française de l’île avaient été détruits. Mais à l’heure où nous bouclions ce numéro de L’Argus de l’assurance, personne n’avait encore la moindre idée du véritable bilan humain et matériel de cet ouragan de catégorie 5 (la plus élevée selon l’échelle de Saffir-Simpson), l’un des « cinq plus puissants à avoir touché Terre », selon Météo France.

L’heure n’est pas aux chiffres. Place au deuil. Cependant, malgré l’horreur, malgré les morts, malgré les dégâts, Saint-Barthélémy et Saint-Martin vont devoir panser leurs plaies et se reconstruire, d’autant que ces deux îles vivent quasi exclusivement du tourisme haut de gamme. Paradoxalement, c’est peut-être dans les semaines qui viennent que le plus dur va commencer pour les habitants. Bien sûr, l’État a décrété l’état de catastrophe naturelle via un arrêté interministériel publié au Journal officiel. Les sinistrés des territoires énumérés dans cet arrêté, particuliers ou entreprises, devraient être indemnisés rapidement. Mais pour cela, encore faut-il qu’ils aient souscrit une assurance dommages…

C’est bien le problème. Comme l’expliquait à L’Argus Laurent Montador, directeur général adjoint de la Caisse centrale de réassurance, quelques heures avant l’arrivée d’Irma, « le taux de pénétration de l’assurance est de l’ordre de 50 % en Martinique et en Guadeloupe, alors qu’il est de 98 % en métropole ». Autant dire qu’une bonne partie des victimes d’Irma ne bénéficiera probablement pas de la garantie « catastrophes naturelles » telle que prévue par le Code des assurances.

Certes, il existe un fonds de secours de l’Outre-Mer et le président de la Républi­que, Emmanuel Macron, a rapidement annon­cé la mise en place d’un fonds d’urgence pour déployer un « plan national de reconstruction le plus rapidement possible »…

Mais combien de temps avant l’arrivée des fonds ? À combien s’élèvera l’enveloppe budgétaire débloquée par l’État et, surtout, sera-t-elle suffisante ? Rien n’est moins sûr. Or, réchauffement climatique oblige, « l’intensité des cyclones les plus développés pourrait augmenter de l’ordre de 2 à 11 %, estime Météo France, ce qui n’est pas spectaculaire, mais notable quand même ».

Bref, dans les années à venir, la survenance d’oura­gans aussi dévastateurs qu’Harvey et Irma est à craindre dans cette région du globe. Des populations ultra-exposées, un taux d’assurance extrê­mement faible ? Il est plus qu’urgent de s’attaquer à ce paradoxe.


Laurent  Montador

Laurent Montador

Directeur général adjoint de Caisse Centrale de Réassurance

Laurent Montador est né en mars 1967. 1989 : diplôme de l’université Paris Dauphine. 1992 : diplôme de l’Institut de statistique de l’université de Paris (ISUP). 1992-93 : en [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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