Edito : «Aie confiance...»

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En présentant, fin septembre, son projet d’Union des marchés de capitaux (UMC), Jonathan Hill, le commissaire européen en charge de la stabilité financière et des services financiers, se l’est un peu joué Kaa, le python hypnotiseur du Livre de la jungle. Son objectif ? Reprogrammer l’inconscient collectif européen, encore marqué des stigmates de la crise des subprimes, pour le convaincre des bienfaits de la titrisation. Loin d’être un gros mot, elle serait aujourd’hui l’un des rouages essentiels du plan de relance de la croissance et de l’emploi de l’exécutif européen.  « Aie confiance », disait le serpent…

Bruxelles défend une titrisation « simple, transparente et standardisée », loin des titrisations « complexes, opaques, risquées » à l’américaine…

Le rapport entre l’agenda de Bruxelles et cette technique financière décriée consistant, pour un prêteur (en général une banque), à transformer un portefeuille de créances (1) en titres financiers, de façon à pouvoir les céder à des investisseurs ? Il est très simple : la titrisation fait le joint entre les banques (contraintes d’alléger leur bilan et donc de réduire leur offre de crédit, du fait de réglementations plus restrictives), les entreprises (soucieuses de diversifier leur financement, encore bancaire à 80 % en Europe), les assureurs et fonds de pension (désespérément en quête d’opportunités d’investissements générant du rendement). Alors, pourquoi se priver d’un « canal de financement durable », susceptible « d’améliorer l’efficacité du système financier », et surtout d’apporter « 100 à 150 Md€ de financement de l’économie » supplémentaire, rien que si la titrisation retrouvait en Europe ses niveaux d’avant crise (2) ?

Oui, pourquoi s’en priver, d’autant que l’Europe a trouvé la clé pour transformer le germe hautement pathogène de jadis (on se souvient des milliers d’hypnotisés du rêve américain, incapables de rembourser leur crédit hypothécaire) en virus modifié, capable de remettre sur pied notre bonne vieille Europe malade ? Car ce que la Commission vend aujourd’hui, c’est une titrisation plus blanche que blanche, labellisée « STS » (pour « simple, transparente et standardisée »). Aux antipodes des titrisations « complexes, opaques, risquées » à l’américaine…

Évidemment, la confiance n’exclut pas le contrôle. La Commission n’en fait d’ailleurs pas mystère : « La norme STS ne signifie pas que la titrisation soit exempte de risques, mais que le produit respecte un certain nombre de critères et qu’un investisseur prudent et diligent sera en mesure d’analyser le risque encouru. » Le virus modifié ne sera ­d’ailleurs efficace que si les donneurs (les banques) et les receveurs (les assureurs) engagent conjointement leur responsabilité, sous le haut patronage du médecin en chef, l’Esma (3). Tous seront incités à jouer le jeu, qui à coups de bâton (sanction financière en cas de tromperie sur le caractère « STS » de la titrisation), qui à coups de carotte (exigences de fonds propres sensiblement réduites sous Solva­bilité 2).

Sous réserve d’accepter le postulat de départ – le transfert d’une partie des risques du secteur financier portés par les banques vers les assureurs –, il n’y a donc plus qu’à… Alors, convaincus ?

 

1. Prêts immobiliers, leasing automobile, prêts à la consommation, cartes de crédit...
2. 594 Md€ en 2007 et plus de 800 Md€ en 2008, contre 216 Md€ en 2014.
3. Esma : autorité européenne des marchés financiers.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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