L'édito : (presque) tout d'une grande

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Géraldine Vial, rédactrice en chef de l'Argus de l'assurance.
Géraldine Vial, rédactrice en chef de l'Argus de l'assurance.
Laetitia Duarte

Une chose vous a forcément sauté aux yeux dans l’édition 2016 de notre classement des bancassureurs (1) : la très forte croissance de La Banque postale (LBP) en assurance non-vie (+28%). Jugez plutôt : ce bancassureur est systématiquement le plus dynamique, que ce soit en auto (+24%), en habitation (+31%) ou en santé (+36%). Bien sûr, avec 333 M€ de chiffre d’affaires (soit 11% de ce que pèse le n°1), LBP fait encore figure de poussin en bancassurance non-vie et santé, un marché dominé par les deux ténors historiques, Crédit agricole Assurances et le Groupe des assurances du Crédit mutuel. Mais elle commen­ce à avoir presque tout d’une grande, cette jeune compagnie, qui a fait du troc «usine contre réseau» sa marque de fabrique (2).

Du coup, le décalage avec ce qui se passe sur le front de la bancassurance de personnes n’en est que plus flagrant. LBP figure en effet à la 13e place du classement de L’Argus, ses performances en prévoyance (5e) et en emprunteur (8e) ne suffisant pas à compen­ser son «absen­ce» sur le segment de l’assurance vie. Et pour cause, c’est son partenaire historique, CNP Assurances, qui consolide les contrats d’assurance vie vendus par l’intermédiaire du réseau de La Poste (3)… Et il y en a quand même pour 9 Md€, à peine moins que ce que produit BNP Paribas Cardif en assurance vie.

Pourquoi ce coup de projecteur ? Parce qu’ainsi mis en perspective, ces chiffres donnent un certain relief à la rumeur selon laquelle le patron du Groupe La Poste, Philippe Wahl, aurait bien envie d’intégrer CNP Assurances pour en faire sa super usine de production au service de sa filiale bancaire. Inutile de dire qu’avec un tel schéma, La Banque postale aurait effectivement tout d’une grande, y compris en assurance, activité qui contribue pour 10 % de son résultat d’exploitation. Et puis quand on sait que les deux protagonistes ont un puissant action­naire commun, la Caisse des dépôts (l’institution détient 40,9% de CNP Assurances et 26% de La Poste), et que LBP détient déjà 18% de CNP Assurances, on comprend pourquoi ce mécano industrialo-financier peut en faire rêver certains.  

Mais on comprend aussi que dans l’affaire, c’est la Caisse des dépôts qui, pour l’instant, joue les arbi­tres. De tous ses actifs, CNP Assurances est celui qui contribue le plus à ses résultats (420 M€ en 2015, sur un total de 1 371 M€), devant La Poste (162 M€). Or, si l’on en croit les propos tenus par son directeur général Pierre-René Lemas (4), le sujet d’une intégration de CNP à La Poste «n’est pas à l’ordre du jour», et il ne se «pose pas cette question». Pour autant, Pierre-René Lemas glisse, l’air de rien, que «le porte­feuille d’actifs de la CDC doit tourner plus vite». Et il confirme avoir «demandé à Frédéric Lavenir [le DG de CNP] de mener une réflexion sur l’avenir de CNP». Réputé pour ses faibles coûts de gestion, redynamisé par son nouveau modèle multipartenarial, multicanal, et de plus en plus digital, CNP Assurances a toujours fait des envieux. Mais jusqu’à présent, aucun de ses quatre grands actionnaires (La Caisse des dépôts, le groupe BPCE, LBP et l’État) n’a eu exactement les mêmes envies au même moment… ?

1. L’Argus du 8 avril 2016. Classement réalisé du point de vue de l’organisme assureur, et non du réseau bancaire.

2. Coentreprises avec la Mutuelle générale et Malakoff Médéric en santé, et Groupama en IARD.

3. Leurs accords de distribution viennent d’être renouvelés pour dix ans.

4. Les Échos du 7 avril 2016. 



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article extrait de l’argus de l’assurance

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