L'ère des caméléons

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Olivier Baccuzat<br>Rédacteur en chefolivier.baccuzat@infopro-digital.com
Olivier Baccuzat
Rédacteur en chefolivier.baccuzat@infopro-digital.com
Laetitia Duarte

C’est fou comme on fait les yeux doux aux travailleurs non salariés en ce moment. Les acteurs de l’assurance, d’abord, pour qui cette population constitue une cible de choix, de nombreuses offres existant sur le marché, tant en assurance de person­nes (santé, prévoyance, retraite) qu’en dommages (RC Pro, locaux et véhicule profes­sionnels…).

Les indépendants sont également l’objet de toutes les attentions de la part des candidats à l’Élysée. Sans doute parce qu’ils sont perçus, à l’instar des fonctionnaires ou des agriculteurs, comme des prescrip­teurs d’opinion susceptibles de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre au moment du premier tour. Mais les raisons de cet engouement ne sont pas qu’électoralistes. C’est que le marché de l’emploi ne sera plus jamais celui que l’on a connu ces dernières décennies. Même si on n’est pas d’accord avec les solutions qu’il préconise, c’est d’ailleurs le constat de Benoît Hamon, pour qui un retour au plein-emploi est une utopie. Un comble pour un candidat socialiste !

Dans une société où l’on parle volontiers d’«Überisation du marché du travail», il faut être aveugle pour ne pas voir que l’explosion des nouvelles technologies et du numérique, dans (presque) tous les secteurs d’activité, a fait bouger les lignes. Fini les parcours professionnels rectilignes. Voici venue l’ère des caméléons où, tout au long de sa carrière, un travailleur pourra jongler, voire cumuler différents statuts : CDI, CDD, intérim ou… indépendant. Le statut de l’autoentrepreneur y est évidemment pour beaucoup. Mais pas seulement. Un rapport publié en mars 2016 par France Stratégie (l’ex-commissariat général à la stratégie et à la prospective, organisme rattaché aux services du Premier ministre) ne disait pas autre chose. Ce document de 64 pages intitulé «L’avenir du travail : quelles redéfinitions de l’emploi, des statuts et des protections ?» rappelait que si «le CDI représente la norme juridique et 77 % de l’emploi total (et près de 87 % de l’emploi salarié)», de plus en plus d’embauches se font en CDD et sur des périodes de plus en plus courtes. Quant aux travailleurs non salariés, ils sont de plus en plus nombreux. Entre 2001 et 2008, avant la crise économique, leur population a même augmenté plus vite que celle des salariés. D’où cette question provocatrice des auteurs du rapport : «Va-t-on vers la fin du salariat ?». Il y a quelques années, une telle formulation, qui plus est de la part d’un organisme public, aurait provoqué un tollé. Plus maintenant si l’on en juge cette insistance des politiques, de droite et de gauche, à vouloir faciliter le travail indépendant. Certains plaident, a minima, pour une réforme du RSI, d’autres pour sa disparition pure et simple. Mais il n’y a pas que sur le volet de la protection sociale que les politiques «draguent» les indépendants.

François Fillon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron ont également avancé leurs pions en matière de protec­tion des parcours professionnels en cas de perte ou de fin d’activité. Santé, chômage, retrai­te ? Sur ces trois points, on voit bien qu’on se dirige petit à petit vers un système de protection qui pourrait être le même pour tous. Salariés ou indépendants.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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