L'offensive Trump

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Olivier Baccuzat Rédacteur en chefolivier.baccuzat@infopro-digital.com
Olivier Baccuzat Rédacteur en chefolivier.baccuzat@infopro-digital.com
Laetitia Duarte

D’un côté de l’Atlantique, on ouvre grand les vannes de la dérégulation. De l’autre, c’est plutôt l’inverse ! Alors que la finance américaine salue la dérégle­mentation de Wall Street annoncée par Donald Trump (tout en se méfiant, par ailleurs, de sa future politique économique), en Europe, on voit plutôt ça d’un mauvais œil. En cause ? La volonté de Washington d’abroger une partie du Dodd-Frank Act mis en place par l’administration Obama après la crise financière. Des dispositions qui ciblaient surtout les banques et, dans une moindre mesure, les assureurs US, ces derniers étant régulés à l’échelle des États, et pas au niveau fédéral.

Le message est clair : halte à la réglementation qui étouffe les investissements, et donc la croissance, comme le résu­me le courrier – particulièrement musclé – envoyé le 31 janvier par le républicain Patrick McHenry, vice-président de la commis­sion des services financiers au Sénat, à la présidente de la Réserve fédérale des États-Unis, Janet Yellen.

Dans cette lettre au ton comminatoire, l’élu reproche à la FED de continuer à « négocier des normes réglementaires internationales pour les institutions finan­cières », de manière non transparente et, surtout, « sans avoir l’autorisation » de l’administration Trump. Jugeant que ces normes ont forcé des entreprises américaines « à relever substantiellement leurs fonds propres », le sénateur McHenry enjoint la présidente de la FED à « cesser toutes les tentatives de négocier des accords contraignants qui pèsent sur l’économie américaine ». Et d’ajouter : « La participation continue de la FED à des forums internationaux comme le Conseil de stabilité financière, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, et l’Association internationale des contrôleurs d’assurance, doit être fondée sur le but d’atteindre les objectifs fixés par la nouvelle administration. » Bref, c’est tout juste si la présidente de la FED n’est pas qualifiée de traîtresse !

Le camp Trump a beau répéter que l’objectif est de réguler, mais « intelligemment », forcément, de ce côté-ci de l’Atlantique, ça fait tousser

Le camp Trump a beau répéter que l’objectif est de réguler, mais « intelligemment », forcément, de ce côté-ci de l’Atlantique, ça fait tousser. « J’y vois une préoccupation pour nous, assureurs européens, qui sommes déjà très réglementés, notait d’ailleurs Thierry Derez, le PDG de Covéa, lors de ses vœux, le 24 janvier. Nous connaîtrons progressivement une distorsion de concurrence. » L’argumentaire du président de Covéa est simple : du fait de Solvabilité 2, pour faire le même métier, un assureur européen doit avoir quasiment deux fois plus de fonds propres qu’un américain. Par conséquent, si l’étau réglementaire devait être desserré aux États-Unis, oui, potentiellement, la donne pourrait être faussée pour les Européens. Avec de possibles conséquences sur les performances financières et, par ricochet, sur les valorisations boursières de certains. La crainte formulée par Thierry Derez, ne reflète-t-elle pas, du coup, un agacement somme toute légitime ? Car si le Vieux Continent s’est doté d’une réglementation exigeante, n’était-ce pas, précisément, en réponse à une crise importée des États-Unis ?



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article extrait de l’argus de l’assurance

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