Le risque n'a plus la cote !

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ANNE LAVAUD
ANNE LAVAUD
©BERNARD MARTINEZ
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Alors que l'adage populaire « Qui ne tente rien n'a rien » laisse supposer que le risque est un actif qu'il suffit de faire fructifier, il semble que ce soit un autre adage tout aussi populaire qui remporte la mise aujourd'hui : « Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras » ! C'est l'aversion au risque qui fait peser la balance. C'est elle aussi qui permet à la France (pays réputé sûr) d'emprunter aujourd'hui à taux négatif (- 0,005%), l'Agence France Trésor ayant vu, le 9 juillet, les investisseurs demander pour 20,4 Md€ de bons français à 3, 6 ou 12 mois, alors que seuls 7,7 Md€ devaient être adjugés.

Le choix de perdre délibérément un peu d'argent est ainsi préféré à celui de prendre un risque, même minime. N'est-ce pas une nouvelle illustration du paradoxe de Saint-Pétersbourg, élaboré par Daniel Bernoulli (1), analysant le comportement humain face aux événements d'une variable aléatoire ? Maintes fois vérifiée, cette théorie énoncée dans l'univers du jeu (2) est considérée par le secteur de la finance comme fondatrice de l'aversion au risque. S'il était né 250 ans plus tard, le savant suisse nous aurait sans doute donné une lecture tout à fait personnelle des « questionnaires MIF » proposés depuis quelque temps aux conseillers en gestion de patrimoine pour mesurer l'appétence aux risques de leurs clients. Des professionnels de la gestion du patrimoine qui ne manquent pas d'être critiques, à tel point que l'AMF a confié à deux chercheurs le soin de publier une « évaluation des questionnaires MIF en France » (3). Après huit mois de travail, ce rapport est disponible sur le site de l'AMF, et sa lecture apporte, entre autres enseignements, une nouvelle dimension : l'aversion aux pertes. Ne serait-il pas mieux d'évaluer directement avec les investisseurs la part de leurs placements qu'ils accepteraient de perdre purement et simplement ? D'autant que depuis que le CAC 40 a cédé la moitié de sa valeur en cinq ans, ils savent désormais de quoi ils parlent ! Ainsi, l'aversion au risque et la crainte de perdre son capital devraient être deux atouts en faveur de placements plus sûrs, telle l'assurance vie.

Et l'angoisse de l'investissement « peau de chagrin » ne touche pas uniquement les épargnants les plus modestes, puisqu'une récente étude réalisée pour Skandia montre qu'en France, même les millionnaires ont peur de prendre des risques (68%) et vivent leur richesse comme des « épargnants » plutôt que comme des « dépensiers » (68%). Une prudence récompensée, puisque 57% des millionnaires ont vu leur trésor augmenter depuis le début de la crise !

1. Médecin, physicien et mathématicien suisse (1700-1782).

2. « Théorie sur la mesure du risque », 1738.

3. André de Palma, professeur ENS Cachan et Polytechnique ; et Nathalie Picard, maître de conférence à l'université de Cergy-Pontoise et Polytechnique.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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