Mauvaise grippe

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Géraldine VialRédactrice en chefgvial@argusdelassurance.com
Géraldine VialRédactrice en chefgvial@argusdelassurance.com
Laetitia Duarte

Certains diagnostics sont douloureux à entendre, notamment pour l’entourage. En donnant au marché européen de l’assurance les consignes de l’exercice de stress test 2016 (1), l’Eiopa a, l’air de rien, émis l’hypothèse que l’assurance vie pourrait, du fait de l’environnement prolongé de taux bas, être devenue une activité au caractère dange­reusement systémique. Pas tant parce qu’un gros acteur en difficulté entraînerait ses cama­rades dans sa chute. Mais parce que tout le monde aurait le même problème au même moment, façon grippe espagnole. « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés »

Jusqu’ici, ce type de crainte restait cantonné dans les hautes sphères (FMI, Conseil de stabilité financière), et vite relégué au rang de fantasme par le marché de l’assurance. Sauf que la suspicion du superviseur européen des assurances donne une tout autre dimension à la menace fantôme. Et si c’était vrai, cette histoire de risque systémique ?

Soyons clairs : personne ne nie que les taux bas (ou pire, leur remontée brutale) constituent une menace insidieuse pour le modèle économique de l’assurance. Mais on se rassure en regardant son ratio de solvabilité et ses réser­ves, en prenant quelques saines mesures prophy­lactiques (rééquilibrage du mix activité, augmentation contrôlée du taux d’unités de compte, etc) et surtout en se disant qu’on a le temps… En êtes-vous seulement si sûr ? Comme le rappelait récemment Bernard Delas, le vice-président de l’ACPR : « Les taux bas sont un poison pour les assureurs dont les effets sont inéluctables, même s’ils n’apparaissent que lentement ». Aïe. Il faut peut-être songer à prévenir la famille.

L’assurance-vie est-elle devenue une activité dangereusement systémique du fait des taux bas ? C’est la question sous-jacente à l’exercice de stress test 2016.

L’enjeu du stress test n’est pas de vérifier si les gros assureurs européens sont suffisamment dotés en capital. On peut ergoter sur la fiabilité des thermomètres utilisés, mais un, cela a déjà été fait, et deux, ce n’est plus vraiment le sujet. Exit, donc, le too big to fail ! Non, ce que cherche à identifier l’Eiopa, marché par marché, c’est l’étincelle qui pourrait transformer le virus des taux bas en arme de destruc­tion massive, façon crise sanitaire. C’est pour cette raison que le stress test porte sur les entités individuelles, même s’« il ne s’agit pas d’un examen que certains réussiront et d’autres pas ». Ce qu’il faut comprendre, c’est que derrière l’enjeu individuel de solvabilité, il y a désormais aussi un enjeu collectif de stabilité financière. Bienvenue dans l’ère du too many to fail

Ce qui n’est pour l’heure qu’un exercice a, in fine, deux objectifs. D’abord, « tester la résilience du secteur européen de l’assurance face à des scénarios de marché très défavorables ». Mais surtout, avec un microscope, « examiner l’accroissement potentiel des risques systémiques en situation de stress ». Vous l’aurez noté, la question de la contagiosité du germe pathogène ne se pose même plus. Le sujet, désormais, est de mesurer sa vitesse de propa­gation et son taux de létalité, notamment pour voir s’il sera toujours temps d’entamer une campa­gne de vaccination massive. Sauf qu’à défaut d’antidote, le gendarme européen de l’assu­rance donne le sentiment d’avoir surtout enfilé sa blouse blanche pour affiner un diagnostic dont l’issue ne fait guère de doute.

 

1. Les organismes d’assurance ont jusqu’au 15 juillet pour rendre leur copie à leur superviseur national, l’ACPR en France. L’exercice, qui concerne les entités solos et non les groupes, vise une représentativité correspondant à 75 % du marché (sur la base des provisions techniques vie brutes).



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article extrait de l’argus de l’assurance

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