AMRAE 2017

Le risque dans tous ses états

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Carton plein pour la 25e édition de l’Amrae qui s’est tenue à Deauville du 1er au 3 février. Courtiers, souscripteurs, assureurs, risk managers et avocats, gestionnaires de sinistres... avaient fait le déplacement en masse.


photos : Blaise LAVIGNE

«Dans 10 ans, les risk managers seront les petits princes de la digi­talisation, chargés de poser et se poser toutes les questions liées à la méta-régulation». En clôture de la première journée de cette 25e édition de l’Amrae, Jean-­Marie Messier, ex-PDG de Vivendi, aujour­d’hui banquier d’affaires, ne pouvait pas faire plus plaisir à une assemblée composée, pour partie… de risk managers. De la digitalisation, évidemment, il en a beaucoup été question pendant ces trois jours. Les ateliers «Protections des données personnelles» (204 participants) et «Cyber­attaque» (147 personnes présentes) ont d’ailleurs fait le plein. Autre gros sujet débattu : l’efficacité de la législation – massive – et de la régulation qui en découle.

La technologie va plus vite que les législateurs

«Les transformations digitales, transformations par les usages dans la chaîne de valeur : quels risques ?» Tel était l’intitulé de la première conférence qui réunissait, entre autres, Philippe Vallée, directeur général et administrateur de Gemalto, François ­Bourdoncle, président de la société de conseil en transformation FB&Cie et Matthieu Caillat, nouveau directeur général d’Axa Corporate solutions France. Quels risques ? En préambule, Brigitte Bouquot, présidente de l’Amrae en a identifié trois : l’incertitude juridique – «Code Is Law, cela veut dire que la technologie va plus vite que les législateurs» ; l’incertitude du transfert à l’assurance – «Les dommages sont invisibles à l’œil nu, difficile à dater, à valoriser» ; et, enfin, la grande inconnue qui «est celle des failles de sécurité».

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les ateliers sur la perte d’exploitation sans dommages matériels (après une année 2016 marquée par le Dieselgate de Volks­wagen, le retrait du Galaxy Note Samsung 7, l’attaque cyber de Yahoo, etc.) ainsi que celui sur les impacts de la digitalisation sur le profil de risque de l’entreprise ont été pris d’assaut.

À propos de digitalisation, ­François Bourdoncle de FB&Cie appelle d’ailleurs à la prudence : «La digitalisation de l’entreprise est un terme dangereux». Selon lui, en effet, «ce n’est pas tant l’entreprise qui se digitalise, que le milieu qui se numérise, changeant l’environnement concurrentiel».

Un environnement mouvant dans lequel il faudra compter sur les fameux Gafa, ces géants du Web que sont Google, Apple, Facebook et Amazon. Ceux-là mêmes dont Thomas Buberl, le directeur général d’Axa, assurait il y a quelques semaines qu’ils «­seront entrés dans le monde de l’assurance au cours des cinq prochaines années». «Notre volonté est de travailler avec tous les acteurs économiques dans une logique partenariale comme en santé avec Sanofi ou sur la voiture autonome», a ­d’ailleurs confirmé Jalil Chikhi, industry director de Google France. Mais, insiste ce dernier, «la France a du retard à l’allumage sur beaucoup de choses qu’on ne peut pas faire sur mobile. Les ­utilisateurs, eux, sont prêts. Mais l’offre se fait attendre à cause de la régulation».

À savoir : l'AMRAE 2017, c'est...

  • 2 441 personnes présentes
  • 820 participants aux ateliers conférences du jeudi matin
  • 880 participants aux ateliers conférences du jeudi en fin de matinée
  • 765 participants aux ateliers du jeudi après-midi.

Quel type de régulation ?

La régulation, ce fut le sujet du second débat de la session plénière, avec l’interrogation suivante : carcan ou élan de renaissance ? «On a toutes les raisons de se plaindre de ce carcan réglementaire», a expliqué Bernard Spitz, président de la FFA et président international & Europe du Medef. «Un carcan, c’est destiné aux condamnés, c’est un instrument utilisé pour le bétail pour l’empêcher de sortir de son périmètre» précise-il. Sémantiquement, ­Bernard Spitz préfère donc le terme de régulation, car «ce sont, à l’inverse, toutes les libertés qu’on se donne pour justement sortir du carcan». Aujourd’hui, c’est même le terme de «méta-régulation» qui se développe. Autrement dit, l’autorégulation pratiquée par les entreprises elles-mêmes.

Et si ce nouveau terme est apparu c’est parce que la régulation ne fonctionne pas… complètement. Si Solvabilité 2, par exemple, a commencé sa mise en œuvre il y a 15 ans, bien avant la crise des subprimes, son contenu n’a «plus rien à voir avec le paysage actuel», affirme Bernard Spitz pour qui, dans ce cas, la réglementation agit comme un obstacle. Autre exemple : PRIIPs (NDLR : la réglementation européenne qui couvre les produits d’investissements). «Un drame potentiel ambulant, selon Bernard Spitz, qui va engager des frais considérables à débour­ser pour réunir des informations décourageantes pour le consommateur» !

Dans un contexte où les États-Unis prennent le parti d’une dérégulation, il est donc urgent de trouver un juste milieu. Mais il n’est pas facile de trouver le bon curseur : «La régulation est une nécessité, car l’économie ne se régule pas naturellement au mieux», insiste Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs, précisant qu’il faut «veiller à ne pas faire marcher des ETI avec un sac à dos plein de pierres».



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