« Il faudra maîtriser les coûts de gestion »

Le 29 mai 2009 par PROPOS RECUEILLIS PAR VITTORIA DE BAGNOLO
* Mots clés :  CNP

Maîtrise des coûts et développements des produits, notamment de prévoyance, tels sont les maîtres mots du premier assureur de personnes français pour compenser la baisse des rendements financiers. Mais pas question, en revanche, de céder au phénomène « variable annuities ».

Votre collecte en épargne est excellente au premier trimestre, mais elle est assise à plus de 90 % sur les fonds en euros. Cela n'affecte-t-il pas votre rentabilité ?

Si, aujourd'hui, nous récoltons en euros, c'est parce les clients sont demandeurs de placements à capital garanti. Il faut souligner que, depuis le début de la crise, il s'agit de la seule catégorie de produits ayant offert à la fois la protection du capital et des rendements réguliers élevés. Du point de vue de l'assureur, ces produits ne sont certes pas les plus rentables, mais en période de crise, il faut d'abord répondre aux attentes du marché. Cela étant, à long terme, la rentabilité de la CNP dépend de la progression des encours, constante depuis des années et toujours en croissance de 4 % au premier trimestre. Mais pour améliorer la rentabilité durablement, l'assurance vie devra adopter une gestion serrée des coûts et une meilleure diffusion des produits de risque. Au plan financier, on peut en effet redouter que la crise débouche sur une période de croissance économique molle doublée de tensions inflationnistes. Les rendements financiers nets risquent donc d'être plus faibles.

L'amélioration de la rentabilité passe uniquement par les coûts ?

Il faudra trouver des marges de progrès en maîtrisant les coûts et en développant la prévoyance, la dépendance et les autres produits assurantiels. Sur le premier point, je rappelle que les comparatifs réalisés par les analystes financiers classent la CNP au meilleur niveau en coûts de gestion parmi les sociétés cotées européennes. En gestion du risque, nous avons déjà une rentabilité très supérieure à celle de l'épargne. Toutes les sociétés n'ont pas les mêmes atouts. Il n'est pas interdit de penser que la crise leur soit plus défavorable et ouvre la voie à des consolidations mais il est trop tôt pour en être sûr.

Étudiez-vous le lancement de contrats en euros diversifiés ou à rentes garanties comme alternative aux contrats d'assurance vie classique ?

Les contrats en euros diversifiés sont des produits complexes à gérer qui exigent un ajustement actif/passif en temps réel, un peu comme un fonds commun de placement. Du fait de leur complexité, ces produits ne sont pas spontanément demandés par les clients. Il faut une démarche commerciale élaborée pour les diffuser. Cela nécessite du temps, de l'explication et un réseau formé. Et, aujourd'hui, il y a une prime à la transparence et à la simplicité.

En ce qui concerne les contrats de retraite de type variable annuities, c'est un produit sur lequel l'assureur doit piloter les risques financiers à moyen long terme en fonction des indications des assurés. Or, tous ceux qui ont lancé ces produits ces dernières années ont vendu des options à leurs assurés sans pouvoir répercuter sur les tarifs l'augmentation du coût de cette couverture liée à la volatilité croissante des marchés. Cela n'incite guère à les imiter.

Si les marchés actions se maintiennent aux niveaux actuels, serez-vous contraints de passer de nouvelles provisions ?

Les comptes 2008 reflètent déjà un niveau de provisionnement et d'impairement [dépréciations d'actifs] important, correspondant à la magnitude de la crise. L'entreprise a parfaitement absorbé le choc. Pour ce qui concerne l'avenir immédiat, il est difficile de se prononcer, car les normes actuelles introduisent une grande sensibilité des agrégats comptables au niveau du marché en fin de période.

Il est vraisemblable qu'il y ait encore des provisions à constituer, mais, aux niveaux actuels du marché, elles seront beaucoup moins importantes.

Les assureurs sont-ils moins exposés que les banquiers ?

Les assureurs vie ne sont pas confrontés aux mêmes problèmes que les banquiers et il faut se garder de les confondre. Les banques peuvent être exposées au risque de retrait massif des dépôts qu'elles utilisent pour financer des actifs illiquides, principalement des prêts. Les compagnies d'assurance vie collectent des primes avant d'effectuer des placements et se trouvent donc structurellement en situation de liquidité excédentaire. Leur risque principal est en fait l'apparition de rachats massifs qui les contraindraient à solder des actifs financiers à perte. Ces phénomènes sont heureusement très rares sur le marché français, et n'ont pas touché CNP assurances. La couverture du risque de rachat constitue cependant le principal risque contre lequel nous couvrons le bilan, depuis plusieurs décennies. Cela coûte cher, mais représente une sécurité indispensable.

Et la solidité des fonds propres ?

En matière de fonds propres, il faut souligner que les assureurs, qui ont vu la valeur de leur portefeuille baisser en 2008, ont pu apparaître plus fragiles, leurs ratios de couverture incluant traditionnellement des plus-values latentes qui ont disparu. Mais fondamentalement, le « capital dur » composé de fonds propres et de titres subordonnés de très longue durée n'a pas été affecté. Le socle de sécurité est intact.

La qualité du capital est aussi à prendre en considération. Certaines sociétés qui ont multiplié les acquisitions en s'endettant et en enregistrant des goodwills [différence entre le prix d'achat et la valeur de marché] importants présentent aux yeux des marchés financiers des fragilités. Nous nous sommes montrés très attentifs à éviter ces tentations.


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