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France Le nouveau président de la FFSA veut ouvrir en grand les fenêtres de la fédération. Son leitmotiv : être davantage en prise directe avec la société pour anticiper les problématiques et les solutions assurantielles de demain. L'objectif de Bernard Spitz est aussi de fédérer plus largement encore la profession, de jouer davantage collectif.
Avez-vous réalisé un état des lieux de la FFSA depuis votre prise de fonctions et, si oui, quels enseignements en tirez-vous ?
J'ai constaté, dès mon arrivée, la très grande compétence des équipes techniques et leur motivation au service de la profession. Tout comme les commissions, qui réunissent par ailleurs les meilleurs spécialistes des compagnies. J'ai, d'autre part, découvert la richesse statistique de la Fédération. Globalement, l'outil est formidable et affiche un potentiel extraordinaire, mais il est sous-utilisé. Il faut lui donner les moyens d'exprimer ce potentiel, de montrer ses capacités d'anticipation. Pour cela, nous devons avoir des relations fluides et régulières avec l'ensemble des composantes de la société et pas seulement avec le monde de l'assurance.
S'agit-il de faire de la FFSA un outil de lobbying ?
Je récuse le terme de « lobbying », qui traduit une vision à mon avis dépassée. Par nature, la Fédération a une mission de défense des intérêts de la profession. Mais l'assurance a une double particularité. La première est de toucher à tous les sujets qui intéressent la société française. La seconde est d'avoir une vision de plus long terme que la plupart des autres acteurs économiques. Tout cela place l'assurance au coeur du débat public. Or, dans une société complexe, la meilleure façon d'être entendu, écouté, éventuellement suivi, est d'avoir de bonnes idées, d'être une force de propositions. La position qui consiste à brandir sur tous les sujets la pancarte « non » n'apporte aucune valeur ajoutée et n'emporte jamais la conviction.
Les mouvements intervenus ces dernières semaines dans vos équipes sont-ils la conséquence de votre « inventaire » ?
Mon premier souci a été de constituer un véritable tandem avec le délégué général. Et je suis heureux de constater que c'est le cas avec l'arrivée, le 1er décembre, de Jean-François Lequoy. Nous sommes complémentaires et complices. L'équipe de communication s'est également étoffée. La communication est une dimension importante pour être mise au service de la réflexion, pas pour la remplacer. Elle doit se décliner dans différents supports, en direction des professionnels et du grand public. Dans ce cadre, nous avons notamment lancé une refonte générale des outils Internet. Par ailleurs, la présence de la FFSA au niveau européen est insuffisante, comme en témoignent les difficultés rencontrées sur Solvabilité 2. C'est pourquoi elle aura un représentant permanent à Bruxelles. Dans le même temps, la Fédération doit se tourner davantage vers les régions. S'il existe déjà un réseau de correspondants régionaux, les initiatives qui seront prises en 2009 sur le terrain engageront une dynamique nouvelle.
La FFSA avait annoncé des économies, notamment avec la suppression du cocktail de juin. Ces évolutions sont-elles compatibles avec une certaine austérité budgétaire ?
La Fédération est une collectivité de 180 personnes dont il est de ma responsabilité qu'elle fonctionne le plus efficacement possible, au service de la profession. J'ai pris pour règle de faire des propositions qui entrent dans le cadre de rigueur budgétaire souhaité par les adhérents. C'est la moindre des choses dans le contexte économique. Mais le traditionnel cocktail de la FFSA aura finalement lieu l'année prochaine, sous une autre forme et avec une participation sélective. Ce qui posait problème n'était pas tant son coût que son organisation, en décalage avec les objectifs. Marquant un retour aux sources, nous en ferons un rendez-vous annuel de référence dans l'agenda économique et social.
Comment comptez-vous mener à bien votre mission, qui est de faire de la FFSA un interlocuteur de premier plan auprès des pouvoirs publics et de la société civile ?
Être dans le débat public n'exige pas de parler fort, mais d'exprimer des positions pertinentes. Dans un environnement de contraintes économiques, de vieillissement démographique, où l'État est de plus en plus soumis à la rigueur budgétaire alors que les besoins du corps social sont croissants, il y a nécessité d'inventer de nouvelles solutions, de nouveaux partenariats entre la sphère publique et celle du privé. L'assurance est un secteur économique qui a vocation à porter l'innovation et à faciliter la modernisation. Il peut aider la société française à avancer, à condition de concilier au mieux les bonnes solutions techniques avec la prise en compte des réalités sociales. Pour cela, il faut s'ouvrir, écouter, proposer. C'est pourquoi nous allons organiser un cycle de débats extrêmement soutenus. En réunissant tous les acteurs concernés par le sujet traité, il s'agira, d'une part, d'apporter les éléments d'un diagnostic partagé, de susciter le débat, y compris sur des sujets sensibles et, bien entendu, de faire des propositions.
Le Cora s'inscrit-il dans cette perspective ?
Oui. La création du Conseil d'orientation et de réflexion de l'assurance, qui a tenu sa première réunion en octobre, va y contribuer. La diversité de ses membres permet d'apporter un éclairage de toutes les composantes de la société. En marge du Cora et des séminaires, nous travaillons également à la mise à disposition récurrente de données statistiques sur l'assurance à destination des professionnels et du grand public.
Envisagez-vous des changements dans le fonctionnement même de la FFSA ?
J'attends le grand séminaire des cadres de direction de la FFSA prévu début 2009, afin que nous discutions ensemble de ce sujet. Il faut en tout cas développer notre fonctionnement collectif à la fois en interne et vis-à-vis de nos membres. Le rôle d'une fédération, c'est de fédérer, de rapprocher des positions différentes, en recherchant toujours le plus grand dénominateur commun.
Dans ce contexte, l'Afa doit-elle jouer un rôle accru ?
L'Afa est effectivement un atout pour notre secteur. Les circonstances font que ses deux composantes, le Gema et la FFSA, ont à leur tête de nouveaux présidents. Notre intervention au travers de communiqués communs lors de la crise a été un symbole de notre capacité à avancer en temps réel. Nous sommes en train de formaliser une charte du développement durable et, très concrètement, nous avons récemment décidé de rapprocher nos services statistiques.
Depuis le début de la crise, les assureurs affirment qu'ils seront bien moins touchés que les banques. Soutenez-vous qu'ils n'ont et n'auront pas besoin d'une intervention de l'État ?
Il n'y a pas de problème de solvabilité pour le secteur. Il est solide, et les échanges que nous avons eus avec l'Acam montrent que ce diagnostic est partagé. Cela étant, nous constatons effectivement une baisse d'activité, notamment en assurance vie, avec une collecte nette négative pour la première fois en octobre. La Fédération a donc fait deux propositions aux pouvoirs publics. En premier lieu, maintenant que tous les paramètres sont connus, nous souhaitons qu'ils fassent connaître le plus rapidement possible leur position sur la rémunération du livret A, sachant que son attrait excessif est l'une des causes majeures du ralentissement de la collecte. Deuxièmement, nous proposons d'envoyer un signal fort en faveur de l'épargne longue qui compense l'effet négatif qu'a pu avoir la taxe pour financer le RSA. Il s'agit de créer un étage supplémentaire en assurance vie, prévoyant une totale franchise d'impôt pour les contrats conservés au moins douze ans. C'est le type même de la bonne mesure, d'un excellent rapport coût/efficacité, favorisant tout à la fois l'épargne longue et les disponibilités de financement pour la relance de l'économie française.
Et concernant les provisionnements ?
Nous travaillons avec les autorités de place pour clarifier les règles comptables et permettre des formes d'étalement conformes à la réalité des engagements. Nous espérons que nos membres seront raisonnables en matière de rémunération de l'épargne, afin de pouvoir aborder comme il convient la période économique à venir.
Comment se positionne la FFSA dans le débat sur Solvabilité 2, qui semble diviser les assureurs ?
Solvabilité 2 a été l'occasion de fédérer les positions au sein de la FFSA. Bien évidemment, les intérêts et les analyses divergent selon les entreprises, selon leur taille et leur situation. Mais dans un tel contexte, je n'ai pas eu de mal à convaincre nos membres que toute action en ordre dispersé serait contre-productive. Début octobre et début novembre, le bureau est donc arrivé à dégager une position commune, que nous avons défendue auprès de l'Élysée, de Matignon comme de Bercy. Nous avons bénéficié d'une très grande qualité d'écoute, et le mandat de négociation obtenu par la France respecte les points essentiels défendus par les assureurs, en particulier contre les facteurs de procyclicité de la directive. Certes, c'est un compromis, et comme tous les compromis, il a un côté frustrant, mais c'est la moins mauvaise des solutions compte tenu de l'état de cette négociation engagée depuis des années et où la France n'a pas la majorité des Européens derrière elle. Notez que ce compromis a reçu le soutien de la République tchèque, qui prendra la présidence de l'Union en janvier, ce qui assure une certaine continuité. Maintenant, le processus de négociation n'est pas achevé et il est prématuré d'en prévoir l'issue. Concernant la supervision, il y a la perspective de sortir par le haut avec les travaux que mène Jacques de la Rosière, et sur les actions, plusieurs options sont à l'étude, même si l'on paie le prix de la concession accordée aux fonds de pension, écartés prématurément du champ de la directive.
Hormis Solvabilité 2, quels sont vos dossiers prioritaires ?
Outre ceux déjà évoqués, ils sont nombreux. Concernant la santé, nous avons trouvé un bon compromis sur l'Unocam, fondé sur une majorité qualifiée dans les discussions ayant des incidences financières, qui nous permet de repartir sur des bases nouvelles. En matière de dommages corporels, nous entendons tirer un premier bilan à la suite de la publication, l'an dernier, de notre « Livre blanc ». Nous préparons par ailleurs, pour le printemps 2009, un autre « Livre blanc » sur la responsabilité civile. Ce document, qui sera présenté prochainement au Cora, aborde une série de problématiques très importantes, qui vont de la responsabilité civile médicale jusqu'à la gestion du risque incertain. Puis, il y a la dépendance, un sujet majeur que doit traiter la société française, sous peine de graves conséquences sur notre contrat social. Le terrain est neuf et c'est un sujet où l'assurance peut faire la démonstration de sa capacité à apporter des réponses nouvelles, avec une juste répartition entre le rôle de l'État, notamment au regard du besoin de protection des plus faibles, et celui du secteur privé dans la prise en compte spécifique des besoins de chacun. Enfin, nous comptons moderniser notre approche sur la prévention, à laquelle la profession attache une grande importance.
La crise financière met à mal l'image du secteur financier, en particulier les produits de capitalisation. Comment les assureurs vont-ils défendre leurs propositions, en dépendance et retraite, notamment ?
Je suis convaincu que le secteur de l'assurance aura un rôle clé à jouer dans la réinvention du paradigme économique et dans la relance de l'économie française. De par son expertise à gérer l'épargne sur le long terme, de par le caractère raisonnable de ses choix économiques, de par sa situation de stabilité au sein d'une économie malmenée, l'assurance sera un des piliers de la refondation. Mais un autre point me semble essentiel : la nécessité de faire preuve collectivement de pédagogie. Certes, il y a eu des excès, mais de là à faire du tout-État l'unique solution... Ce serait une erreur tragique que de revenir en arrière, en diabolisant ainsi à nouveau la capitalisation. Dans un pays où la situation de l'endettement et de la retraite est ce qu'elle est, penser que seule la répartition permet de garantir les retraites signifierait une sorte de spoliation organisée des jeunes générations. Notre devoir est d'empêcher ce qui serait une faute morale et une terrible erreur économique.


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