Assurance vie : la décollecte se poursuit en octobre

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Comme en septembre, les prestations ont dépassé le mois dernier les cotisations, selon les dernières données FFSA/Gema. La collecte nette est négative de 1,4 Md€.

Du jamais vu depuis la parution des études mensuelles sur l'assurance vie : pour le deuxième mois consécutif, les prestations (rachats partiels, rachats totaux, décès...) ont dépassé en octobre les cotisations (versements). Les premières ont atteint 10,5 Md€ le mois dernier, contre 9,1 Md€ pour les secondes, selon les chiffres FFSA/Gema publiés le 27 novembre. Soit une collecte nette (les cotisations moins les prestations) négative de 1,4 Md€. Pour rappel, elle s'était élevée à 1,8 Md€ en septembre. Même après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en 2008, on avait pas connu deux mois de décollecte de suite.

Versements en baisse

Sur les 10 premiers mois de l'année, le montant de la collecte brute atteint 107 Md€, en baisse de 12% par rapport à la même période de l'an dernier. Le seul mois d’octobre affiche un recul de 16% des montants collectés. Depuis janvier, les versements sur les supports euros s’élèvent à 91,1 Md€ et à 15,9 Md€ sur les supports en unités de compte (UC), soit respectivement une baisse de 13% et de 5% comparé à la même période de 2010. Parallèlement, les prestations se situent à 89,3 Md€ depuis janvier, en hausse de 21% par rapport à la même période de l’année précédente.

Chute des rendements

La chute attendue des rendements explique en partie le phénomène. D'après 75% des 126 professionnels (dont 39% d’assureurs et de réassureurs, 11% de mutuelles et 16% d’institutions de prévoyance), interrogés par la société de conseil en actuariat Optimind, le taux de rendement moyen des fonds euros devrait se situer entre 2,8% et 3% en 2011, contre 3,4% en 2010. Axa vient d'annoncer un rendement de 3% sur ses principaux fonds euros. Il était de 3,3% l'an dernier.

Concurrence du Livret A

Du coup, le différentiel avec le Livret A, qui affiche un taux de rendement de 2,25% depuis le 1er août, s'amenuise. D'autant que, contrairement à l'assurance vie, ce produit est net d'impôt. Les épargnants ne s'y sont pas trompés : l'encours du Livret A a atteint, en octobre, le niveau record de 211,9 Md€, selon la Caisse des dépôts et consignation (CDC). La crise des dettes souveraines (les fonds euros sont majoritairement investis en obligations d'Etat) favorise également le Livret A, mais aussi les autres produits réglementés, comme le Livret de développement durable (LDD) et le plan d'épargne logement (PEL), jugés plus sûrs.

Sérénité affichée

Face aux incertitudes économiques et à une certaine méfiance à l'égard de la solvabilité des banques, les Français préfèrent investir dans la pierre, en dépit de l'augmentation (moins forte cependant) des prix immobiliers. L'or et le vin sont également considérés comme des valeurs refuges. Pour autant, Bernard Spitz, le président de Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), ne semble pas inquiet : « l'assurance vie reste le placement de référence des épargnants. Il est tout-terrain et présente la meilleure addition d'avantages », a-t-il déclaré dans le Journal du Dimanche du 28 novembre. L’encours des contrats d’assurance vie (provisions mathématiques + provisions pour participation aux bénéfices) progresse d'ailleurs de 4 % sur un an à 1 375 Md€, toujours d'après les données FFSA/Gema d'octobre.

L'inconnu du PLF

Par ailleurs, la décollecte pourrait ne pas être une si mauvaise nouvelle pour les assureurs vie alors que le projet de loi de Finances (PLF) 2012 est en discussion au Sénat. Si les députés n'ont pas souhaité alourdir la taxation de l'assurance vie, il pourrait en être autrement à la Chambre haute, passée à gauche et qui a déjà montré son pouvoir d'opposition en détricotant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2012. Or, comme l'a souligné Gilles Carrez, le rapporteur du Budget à l'Assemblée nationale, dans une interview parue le 25 novembre dans L'Argus de l'Assurance, la décollecte de septembre a convaincu les députés de ne pas toucher à la fiscalité de l'assurance vie. « Cette situation a clairement influencé le débat parlementaire : les députés savent qu'accroître la fiscalité sur l'assurance vie aurait amplifié le phénomène (de décollecte, NDLR) », estime le député (UMP) du Val-de-Marne.

Jean-Philippe Dubosc



 


Bernard Spitz

Bernard Spitz

Président de la Fédération Française de l'Assurance (FFA)

Bernard Spitz est né en 1959 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). 1983 : diplôme en finance de l'ESSEC Business School. 1984 : diplôme en service public de Sciences Po. 1986 : diplôme de [...]

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2 réactions

dubosc | 29/11/2011 - 13H43

Bonjour,



Votre remarque est tout à fait pertinente.



Par exemple, les décès liés au vieillissement de la population pourrait expliquer en partie le phénomène de décollecte.



Seul problème : les chiffres mensuels FFSA/Gema ne rentrent pas dans le détail des prestations.



Pourtant, ce sont des données que possèdent les assureurs et qu'ils suivent d'ailleurs de très près.



Bien à vous,



Jean-Philippe Dubosc

chef de service à L'Argus de l'Assurance

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donat.nobile | 29/11/2011 - 10H10

Pour une meilleure analyse des causes explicatives de la décollecte en

assurance vie, ne serait-il pas pertinent de publier le montant mensuel des

prestations selon leur nature : rachats partiels, rachats totaux, décès,

etc.). Ce faisant, on aurait une appréciation plus précise des flux liés à

la conjoncture par rapport aux prestations assurantielles (contrats venus à

terme). Donat Nobilé, associé-gérant de Transvers Consulting.

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