Assurance vie : pourquoi la proposition d'Arnaud Montebourg n’est pas réaliste

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Officiellement candidat à la présidentielle 2017, Arnaud Montebourg a dévoilé les grandes lignes de son programme économique à Frangy-en-Bresse (71). L’une de ses propositions préconise de consacrer 10 à 20% de l’assurance vie au financement des PME françaises. Une mesure jugée irréaliste en termes de montants consacrés et de projets à financer. Explications.

 Notre épargne est une des plus fortes au monde mais nous ne l’utilisons pas », a déclaré l’ancien ministre de l’Economie à Frangy-en-Bresse.
Notre épargne est une des plus fortes au monde mais nous ne l’utilisons pas », a déclaré l’ancien ministre de l’Economie à Frangy-en-Bresse.
© Pascal Guittet

Arnaud Montebourg entre dans la course à la présidentielle 2017. L’ancien ministre du Redressement productif, qui a officialisé sa candidature dimanche 21 août lors de la traditionnelle fête de la rose de Frangy-en Bresse en Saône-et-Loire, a également dévoilé les grandes lignes de son « projet France », projet aussi bien « socialiste », « écologique », « républicain » qu’inspiré du « gaullisme social ». « La nouvelle France sera celle de l’organisation méthodique du redécollage économique », a-t-il déclaré à la tribune.

Flécher le placement préféré des Français

Ce programme de redécollage, axé sur le soutien national aux petites et moyennes entreprises et le retour du pouvoir d’achat des ménages français, repose sur sept propositions (lire ci-dessous). L’une d’elles préconise notamment d’utiliser l'assurance vie des Français pour soutenir les finances des PME. « Notre épargne est une des plus fortes au monde mais nous ne l’utilisons pas », remarque l’ancien ministre de l’Economie. Et d’ajouter : « Nos grandes banques privées obtiennent du crédit à distribuer par centaines de milliards en provenance de la BCE mais elles ne les utilisent pas. Nous avons donc les moyens d’organiser le redémarrage de l’économie mais nous nous l’interdisons à tort. »

Pour inverser la tendance, Arnaud Montebourg propose d’investir « obligatoirement » entre 10 et 20% des montants d’épargne des Français de l’assurance vie dans les PME françaises situées sur le territoire national, en contrepartie de la défiscalisation dont elles bénéficient. « Ce sera au minimum 150 Md€ en cinq ans qui vont enfin s’investir dans l’économie française. Notre épargne, nos économies doivent servir aux PME Made in France », a-t-il précisé.

Une mesure « irréaliste »

Séduisante sur le papier, la proposition de l’ancien ministre de l’Economie semble toutefois difficile à mettre en œuvre.  « C’est un discours politique qui fait plaisir à entendre mais dans la pratique, cette mesure ne me semble pas très réaliste », souligne  Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures.

Première raison : les montants considérables à placer. Pour mémoire, l’encours des contrats d’assurance vie s’établit à 1 602 Md€ à fin juin 2016 (provisions mathématiques + provisions pour participation aux bénéfices), selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance (FFA). Or, « consacrer 3% de l’assurance vie, soit environ 50 Md€, vers le financement de PME en France serait déjà un effort considérable. De plus, il faudrait, dans le même temps, identifier des entreprises qui peuvent ou souhaitent recevoir ces fonds  », ajoute-t-il.

Recherche d’un ticket d’entrée plus élevé

L’autre raison tient à la complexité de l’investissement dans une PME. « Le monde de l’investissement dans les PME est complexe : viabilité économique, nombre de projets à étudier…  Beaucoup de dossiers sont nécessaires pour espérer investir plusieurs milliers d’euros. », fait valoir Cyrille Chartier-Kastler. Le private equity reste un outil d’accompagnement du chef d’entreprise et du développement de son activité même si son principal fournisseur en matière de crédit reste la banque. De plus, les investisseurs continuent de privilégier les grands groupes nationaux et internationaux via des émissions obligataires où les tickets d’entrée sont plus élevés.

Enfin, au-delà de la défiscalisation, pas sûr que l’épargnant français y trouve en retour son intérêt en termes de rendements. Pour Cyrille Chartier-Kastler, « la prise de risques est élevée » dans la mesure où « les frais de gestion pratiqués par les intermédiaires seront importants pour des performances assez décevantes. »

Les 7 propositions du redécollage économique d’Arnaud Montebourg

- Annuler les hausses d'impôt décidées sous François Hollande pour les classes moyennes et populaires.

- Flécher une partie de l'assurance-vie pour soutenir les financement des PME

- Réserver durant 8 ans 80% de l'attribution des marchés publics de l'Etat, des collectivités locales et des hôpitaux aux PME dont l'activité est située dans l'Hexagone.

- Créer une banque nationale qui cautionnerait 90% des emprunts des petites entreprises, sur le modèle de l'ancien Crédit national.

- Lancer un programme de rénovation thermique des bâtiments publics financé par la Caisse des dépôts (CDC).

- Instaurer la participation pour les entreprises de moins de 50 salariés de façon égalitaire.

- Mettre en place un dispositif d'aide à l'acquisition de la propriété pour les 4,5 millions de locataires d'un logement social.

1 réaction

Un peu de volonté | 22/08/2016 - 16H42

Quand on ne veut pas réorienter la finance ver les PME, il n'est pas difficile de trouver mille raisons. La vraie difficulté, n'est-ce pas seulement : "De plus, les investisseurs continuent de privilégier les grands groupes nationaux et internationaux via des émissions obligataires où les tickets d’entrée sont plus élevés."

Mais si effectivement cette mesure est appliquée "Réserver durant huit ans 80% de l'attribution des marchés publics de l'Etat, des collectivités locales et des hôpitaux aux PME dont l'activité est située sur le sol français." les PME auront besoin de financement pour investir.

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