Catastrophes naturelles : des couvertures d'assurance aussi risquées que les subprime ?

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Des chercheurs de la Cass Business School à Londres ont assimilé les obligations catastrophe (ou cat bonds), utilisées par les assureurs et réassureurs pour se protéger des cat'nat', aux crédits subprime.

Les capitaux alternatifs alloués à des solutions de réassurance ont représenté un montant de 63,8 Md$ en 2014. Photo : DR
Les capitaux alternatifs alloués à des solutions de réassurance ont représenté un montant de 63,8 Md$ en 2014. Photo : DR

Voilà un ouvrage qui vient écorner l’image des « cat bonds » ou obligations catastrophe. Dans Making a market for acts of god, trois universitaires de la Cass Business School à Londres (Paula Jarzabkowski, Rebecca Bednarek et Paul Spee) s’en prennent à ces fameux produits financiers émis par les compagnies d’assurance ou de réassurance afin de couvrir une partie de leurs pertes financières en cas de survenance de catastrophes naturelles.

Selon eux, la méthode de construction de ces obligations, qui repose sur le principe de la titrisation (transformation des créances en titres financiers par le passage d’une société ad hoc), n'est pas sans rappeler celle utilisée par les établissements financiers pour les crédits subprime, ces prêts hypothécaires à risque responsables de la crise financière de 2007-2008.

Une demande croissante depuis les années 90

De même, ces produits dérivés, censés protéger l’assureur ou le réassureur des conséquences pécuniaires d’une catastrophe naturelle de grande ampleur, se révéleraient d’autant plus risqués que, dans le contexte actuel de dérèglement climatique, la probabilité d’occurrence de ce type d’évènement s’avère plus élevée.

Or, depuis 1990, les assureurs et réassureurs sont particulièrement friands de ce marché alternatif. Fin 2013, Axa avait émis pour 350 M€ d’obligations catastrophe auprès d’investisseurs institutionnels (fonds de pension, hedge funds, mutual funds, family offices…) pour se protéger contre les tempêtes en Europe.

Les capitaux alternatifs alloués à ces solutions de réassurance (cat bonds, réassurance collatéralisée...) ont progressé de 28% l’an dernier pour atteindre 63,8 Md$, selon Aon Benfield. Ils devraient représenter un marché de près de 150 Md$ d’ici fin 2018, selon les projections du courtier en réassurance, mais ils restent encore modestes au regard des fonds propres des réassureurs (vie et non-vie) de près de 575 Md$.

L'ouvrage crée la polémique

La publication de cette ouvrage n’est pas sans susciter quelques réactions dans le secteur. John Seo, co-fondateur de Fermat capital management, société d’investissement spécialisée dans les ILS (insurance-linked securities) et les cat bonds, considère comme « injuste » la comparaison entre ces produits dérivés et les crédits subprime. Et d’ajouter : « les cat bonds, avec leur réputation exotique et ésotérique, semblent être devenus des bouc-émissaires par la désinformation. »

Pour lui, la perte maximale à laquelle un investisseur peut s’exposer correspond à la seule valeur des cat bonds qu’il a achetés. Sans compter que ces produits ne conviennent pas à « tous les investisseurs et tous les portefeuilles ». Ce qui, selon lui, n’est pas comparable avec la crise des subprime.

« Cat bond » : comment ça marche ?

L’assureur ou le réassureur émet des titres de dette obligataires vendus à des investisseurs. Les fonds perçus sont placés sur un compte accessible en cas de survenance de la catastrophe naturelle déterminée. En contrepartie, les investisseurs perçoivent un coupon annuel correspondant à la rémunération de leur placement assorti d’une prime de risque.

A l’échéance (entre 3 et 5 ans généralement), deux options : si la catastrophe naturelle n’est pas survenue, le capital est reversé aux investisseurs. Dans le cas où elle survient, les fonds sont utilisés par l’assureur pour couvrir le sinistre. Les investisseurs perdent alors leur mise de départ.


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