Congrès de la Mutualité : difficile dialogue entre Marisol Touraine et Etienne Caniard

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Tradition républicaine, le président de la République, François Hollande, interviendra ce vendredi 12 juin 2015 matin au congrès de la Mutualité française. Et cela, après que sa ministre de la Santé n’a pas réellement répondu aux attentes exprimées par Etienne Caniard, président de la FNMF.

Etienne Caniard, président de la Mutualité française, appelle à une véritable généralisation de la complémentaire santé, au delà des seuls salariés concernés par la loi de juin 2013.
Etienne Caniard, président de la Mutualité française, appelle à une véritable généralisation de la complémentaire santé, au delà des seuls salariés concernés par la loi de juin 2013.
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Marisol Touraine a été fraîchement accueillie à son arrivée au 41ème congrès de la Mutualité qui s’ouvrait à Nantes, ce jeudi 11 juin au matin. Malgré les consignes des organisateurs, une partie des militants mutualistes n’a pas hésité à huer la ministre de la Santé. Fait extrêmement rare et plutôt surprenant au sein d’un mouvement réputé proche de la gauche, mais révélateur du mécontentement d’une partie des adhérents envers le gouvernement.

Mutuelles peu écoutées par le gouvernement

Généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés, loi Le Roux sur les réseaux de soins, réforme de l’aide à la complémentaire (ACS), mise en œuvre du tiers-payant généralisé, contenu des contrats responsables…les sujets de fâcheries ne manquent pas avec le sentiment pour nombre de mutualistes, que sur chacun de ces dossiers, les arbitrages du gouvernement ont été défavorables aux mutuelles et à leurs adhérents


Fragilisation d'un modèle économique


Dans son discours d’ouverture, le président de la Mutualité française, Etienne Caniard, a d’ailleurs dressé un tableau plutôt noir de la situation de la complémentaire santé, à l’issue du train de réformes menées par l’exécutif : « Au contraintes fiscales, réglementaires, au renforcement des règles prudentielles s’ajoute désormais la fragilisation d’un modèle économique soumis aux excès d’une approche trop focalisée sur les prix, notamment pour les contrats aidés, contrats collectifs ou ACS, au détriment des contrats de droit commun de plus en plus difficilement accessibles. »

L'absence de confiance envers les mutuelles

Revenant sur ces « incompréhensions », le président de la FNMF a déploré à plusieurs reprises l’absence de confiance envers les mutuelles. Que ce soit sur la généralisation du tiers payant - « Nous nous sommes engagés sur des délais, avec une garantie de paiement, sans surcharge administrative pour les professionnels de santé. Cela sera fait » - la loi Le Roux qui interdit les réseaux de médecins – « Les mutuelles n’ont ni la volonté, ni les moyens d’ailleurs de dicter leurs pratiques aux professionnels de santé » - ou encore sur les données de santé – « Nous avons beaucoup travaillé avec vos services, des progrès ont été accomplis, mais craignons encore que l’excès de précautions pénalise davantage les patients qu’il ne les protégera ».

Bref, comme il l’a exprimé lors d’une récente tribune co-signé avec la CFDT, le Ciss et l’Unsa, Etienne Caniard revendique à nouveau que la Mutualité soit considérée par les pouvoirs publics comme un acteur du système de santé à part entière.

 

"La Mutualité demandait cette réforme"


Certes, Marisol Touraine a défendu l’identité mutualiste – « Trop souvent, on réduit les mutuelles à des organismes de complémentaire santé. La Mutualité, c’est avant tout un projet pour la santé de femmes et d’hommes qui ne se limite pas à rembourser des soins mais qui propose aussi une offre de santé cohérente » - et a répondu aux attentes de la FNMF sur la réforme du code de la Mutualité. Mais pour le reste, elle a proprement renvoyé dans ses cordes la Mutualité à plusieurs reprises.

Ainsi, du nouveau cahier des charges pour les contrats d’assurance complémentaire santé dits responsables, « le mouvement mutualiste demandait depuis des années cette réforme […] La réforme des contrats responsables a été votée en loi de financement de la sécurité sociale pour 2014, après de longs échanges avec vous », a déclaré la ministre de la Santé, qui n’a pas manqué de souligner toutes les oppositions à des « contrats plus contraignants ».

Idem pour les réseaux de soins, où elle a jugé avoir trouvé « un bon équilibre ». Et si la ministre a bien évoqué les éventuelles conséquences de l’Accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013 pour tous ceux qui ne sont en entreprise (chômeurs, jeunes, retraités…), elle n’a apporté comme réponse qu’une éventuelle modification de l’article 4 de la loi Evin et le rappel de la mission confiée à Dominique Libault.

 

Pour une vraie généralisation de la complémentaire santé


Et de fait, les attentes se tournent désormais vers l’intervention du président de la République, François Hollande, ce vendredi 12 juin en fin de matinée. Etienne Caniard a prévenu qu’il serait encore plus précis, dans son discours, sur les exigences de la Mutualité française : « Il existe aujourd’hui 8 voies d’accès à la complémentaire santé. Nous avons un système qui n’est pas cohérent ».

Et le président de la Mutualité d’enfoncer le clou : « Nous demandons une véritable généralisation de la complémentaire santé pour les retraités, les jeunes précaires et chômeurs de longue durée – autant de personnes qui ne bénéficient pas de l’ANI – afin qu'ils puissent y avoir accès. »


Etienne Caniard

Etienne Caniard

Président de la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF) de 2010 à 2016

Etienne Caniard est né en 1952 à Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine. Maîtrise de sciences économiques de l'Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Diplôme de l'Ecole nationale [...]

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