En Afrique, la résistance s'organise contre les réassureurs internationaux

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En Afrique francophone, une réglementation limite à 50 % le taux de cession aux réassureurs étrangers pour favoriser les acteurs locaux.

Le siège à Libreville (Gabon)de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima), qui réunit 14 pays d’Afrique de l’Ouest.
Le siège à Libreville (Gabon)de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima), qui réunit 14 pays d’Afrique de l’Ouest.
CIMA

La colonisation a pris fin au siècle dernier… mais elle laisse encore des traces. En Afrique, le marché de l’assurance reste émergent : en 2015, il totalisait 64 Md$ de primes (54,5 Md€), dont 8 Md$ (6,8 Md€) cédés à des réassureurs. Pour l’heure, 76 % de ce marché est aux mains de réassu­reurs étrangers, notamment français. « Nous laissons un tiers faire notre métier, cela pose question », relevait Ibrahima Meite, directeur technique et actua­riat du groupe NSIA Participations, lors du congrès annuel de l’Association des actuaires africains, à Paris, en juin dernier. Invitée à participer, l’union baptisée Conférence inter­africaine des marchés d’assurance (Cima), qui fédère 14 pays d’Afrique de l’Ouest, souhaite de longue date encourager la structuration du marché local. « Les sociétés d’assurance locales sont sous-capitalisées et n’ont pas les moyens d’encaisser plus de primes. Donc elles ont recours systématiquement à de la réassurance pour réduire les besoins en fonds propres », explique Adama N’Diaye, président de la Fanaf (Fédération des sociétés d’assurance de droit natio­nal africaines).

Retenir les capitaux sur le continent…

Dans la zone Cima, le taux de cession à des réassureurs étrangers est de 28 %. À titre comparatif, il n’excède pas 13 % en France. « Il n’y a pas assez de coassurance et de solidarité entre acteurs locaux, donc ils portent ce risque à l’étranger », analyse Issofa NCharé, secré­taire général de la Cima. L’an dernier, la communauté s’est dotée de 16 règlements sur la réassurance. Ainsi, depuis le 1er juin 2016, les assureurs de la région ne peuvent pas céder plus de 50 % des primes à un réassureur étranger, sans l’autorisation du ministère de tutelle. Objectif : encourager le développement d’acteurs régionaux comme Africa Re, Cica-Re et Aveni-Re et retenir les capitaux sur le continent afin de financer l’économie locale. « La réassurance doit d’abord être domes­tique avant d’être internationale. Au-delà de la protection des risques, c’est la protection des économies qui est en jeu », s’excla­me Adama N’Diaye.

Au moment où l’Europe met en place Solvabilité 2 afin de protéger les consommateurs, l’Afrique de l’Ouest choisit, elle, d’utiliser la réglementation comme un instru­ment défensif au service de l’économie locale.

L’assurance en Afrique francophone

L’assurance privée se développe en Afrique francophone à partir du XIXe siècle, alors gérée par des assureurs hexagonaux. Après les mouvements d’indépendance dans les années 1960, chaque pays se dote d’une législation propre. En juillet 1962, la Conférence internationale de contrôle des assurances (Cica), à Paris, entérine la volonté de ces pays d’harmoniser les réglementations, de coordonner l’exercice du contrôle des entreprises et la formation des cadres africains d’assurance. En 1992, le traité de Yaoundé (Cameroun) crée la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima). Ratifié par 13 pays d’Afrique francophone et la Guinée Bissau, il permet la transformation progressive des différents marchés nationaux en un grand marché panafricain avec une autorité de supervision commune. C’est la Commission régionale des contrôles des assurances (CRCA) qui octroie et retire les agréments des sociétés exerçant dans les États membres. Un code des assurances commun aux 14 pays est adopté en 1995.

… grâce au protectionnisme

Un protectionnisme qui ne semble pas inquiéter outre mesu­re Denis Kessler. Le PDG de Scor mise sur la Chine et l’Inde où il vient d’obtenir une licen­ce des autorités locales, mais il ne juge « pas favorables de tels dispositifs qui limitent la péréquation ». Et de faire remarquer que le sens de l’Histoire est celui de « l’ouverture des pays émergents à la réassurance internationale. On l’a vu en Argentine, au Brésil et en Algérie ». Et de conclure : « La fragmentation du monde va à l’encontre de la logi­que même de la réassurance qui veut que les grands risques soient mutualisés au niveau mondial ».


Denis Kessler

Denis Kessler

Président-directeur général du groupe Scor
Président de l'Apref

Denis Kessler est né le 25 mars 1952 à Mulhouse. 1976 : diplôme de l'École des Hautes Etudes Commerciales (HEC Paris) . 1978 : diplôme d'études approfondies en sciences [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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