Lutte contre la fraude : 265 M€ récupérés par les assureurs en 2015

Par - Publié le

,

,

,

,

,

,

Les cas de fraude à l’assurance ont représenté un coût d’environ 2,5 Md€ en 2015 en dommages soit 5% des primes, selon le rapport de l’Agence pour la lutte contre la fraude à l’assurance (Alfa), confié en exclusivité à l’Argus de l’assurance. Sur cette somme, 265 M€ ont été récupérés par les assureurs, soit une hausse de 21%. En parallèle, l’Alfa annonce qu'elle publiera pour la première fois à compter de 2017 un rapport sur la fraude en santé et prévoyance.

Frédéric Nguyen Kim, directeur de l’agence pour la lutte contre la fraude à l’assurance (Alfa).
Frédéric Nguyen Kim, directeur de l’agence pour la lutte contre la fraude à l’assurance (Alfa).
LUC PERENOM ©PERENOM
EXCLUSIF  

Renforcement de la détection de la fraude par les assureurs ou phénomène en expansion auprès des assurés et des prestataires ? L’an dernier, les assureurs dommages ont identifié 46 255 cas de fraudes. Un chiffre en progression de 8% par rapport à 2014 et plus de quatre fois supérieur à 2003, relève l’Agence pour la lutte contre la fraude à l’assurance (Alfa) dans son rapport 2015 et dont l’analyse porte sur 78,22% du marché IARD français.

Des prestataires-fraudeurs plus que des assurés-fraudeurs

En termes d’enjeux financiers, la fraude à l’assurance a représenté en 2015 près de 265 M€ de prestations non versées aux assurés malhonnêtes contre 219 M€ en 2014 et 47 M€ en 2003, pour des situations multiples : fausses déclarations à la souscription, récupération de franchises, sinistres fictifs….  Projeté sur 100% du marché français, l’Alfa évalue le nombre de fraudes démontrées à près de 60 000 pour un peu plus de 339 M€ d’enjeux financiers. Ces niveaux restent bien en-deçà du coût total estimé de la fraude à l’assurance dommages en France, de l’ordre de 2,5 Md€, soit près de 5% des primes IARD (auto, MRH…) collectées chaque année.

L’analyse qualitative des dossiers au cours de l’année 2015 confirme l’enracinement de la fraude impliquant les prestataires d’assurance : « Les entreprises d’assurance sont de plus en plus victimes de fraudes qui ne sont pas forcément le fait de leurs assurés, mais de tiers (prestataires) qui ont une existence réelle ou non aussi bien en santé (opticiens) qu’en dommages (réparateurs automobile, dépannage). Dans ces fraudes, bien souvent le client n’est même pas informé de la malversation et se retrouve instrumentalisé par le prestataire fraudeur qu’il s’agisse par exemple d’un garagiste ou d’un opticien indélicat », explique Frédéric Nguyen Kim, directeur de l’Alfa.

De plus en plus de cas révélés en IRD

En 2015, la détection des cas de fraude en IRD -  qui intègre l’habitation - a enregistré une croissance exceptionnelle et inédite de plus de 68% sur un an, soit 16 417 sinistres pour 159 M€ d’enjeux financiers (+59%). « Les experts IRD ou automobile font globalement preuve d’un bon niveau de sensibilisation au phénomène de fraude auquel ils sont confrontés au quotidien. Désormais, la démarche de détection est complètement intégrée aux opérations d’expertises », avance Frédéric Nguyen Kim.

Dans le détail, l’incendie concentre 5% des dossiers pour 23% des montants récupérés par les assureurs tandis que le vol cumule 16% des cas frauduleux pour 12% des enjeux financiers.

La fraude révélée par le marché IRD en 2015 (Source : Alfa) :

Autres risques : dégât des eaux, grêle, transport, dommage ouvrage, assistance...

En auto, le poids des corporels en léger recul

A contrario, la branche automobile a connu un mouvement de reflux l’an dernier. Le nombre de dossiers frauduleux ressort à 25 287, en baisse de 6,25% pour 92 M€ d’enjeux financiers (-9%). S’agissant de la répartition, 48% des cas ont impliqué des sinistres dans lesquels le tiers n’est pas identifié pour 15% des montants non versés par l’assureur.

Les dommages corporels, qui représentent 2% des dossiers, ont vu leur poids dans les enjeux financiers reculer légèrement, de 47% (47,4M€) à 43% (39,6M€).

La fraude révélée par le marché auto en 2015 (Source : Alfa) :

Une première mesure de la fraude en santé et prévoyance en 2017

A l’instar de l’assurance dommages, l’Alfa pourrait produire des données chiffrées sur la fraude en santé et prévoyance dès l’année prochaine en recueillant les éléments de ses quelque 400 adhérents. « Actuellement, nous menons des réflexions pour qu’en 2017, sur la base des données 2016, nous puissions partager un protocole commun et que chaque adhérent-assureur de personnes puisse fixer son préjudice sur la base de règles communes. Ce travail est en cours », souligne Frédéric Nguyen Kim. Et d’ajouter : « Au final, il est probable que les assureurs adoptent une approche minimaliste. Cela permettra d’obtenir une photographie de ce que coûte a minima la fraude dans le secteur de la santé et la prévoyance. »

Reste à s’accorder sur une méthodologie commune. S’il est assez évident d’identifier le montant du préjudice subi par un assureur dans le cas d’un véhicule incendié à titre frauduleux, l'exercice de quantification s’avère, en revanche, plus délicat en assurance de personnes. Ainsi, en cas de perception d’indemnités journalières dans le cas d’un contrat prévoyance, faut-il se contenter des montants indûment versés ou projeter ce que le fraudeur aurait continué à percevoir dans le cas où la fraude n’aurait pas été détectée ?


Effectuer une autre recherche

Rechercher