Solvabilité 2 : l’évaluation des risques influe encore (trop) peu sur les décisions stratégiques

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Les assureurs français ont encore des efforts à fournir pour s’approprier le processus ORSA (évaluation interne des risques et de la solvabilité).

 

Deux ans après l’entrée en vigueur de Solvabilité 2, les marges de progrès restent importantes pour les assureurs français. Le cabinet Mazars a passé au crible leurs pratiques vis-à-vis du processus ORSA  Own Risk Solvency Assessment » ou « évaluation interne des risques et de la solvabilité »), imposé par la directive européenne afin de s’assurer du respect des exigences réglementaires de capital et de leur adéquation avec le profil de risque de l’assureur.

En juin dernier, l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) avait dressé un premier bilan, exhortant les assureurs européens à impliquer davantage leurs organes de gestion ou d’administration dans cet exercice. Un constat partagé par Mazars qui a notamment interrogé 13 grands assureurs français (sociétés d’assurance, mutuelles, institutions de prévoyance, bancassureurs). Si 77% d’entre eux reconnaissent une implication volontaire de leur conseil d’administration ou de surveillance et une bonne interaction avec les équipes, ils ne s’impliquent pas nécessairement dans le contenu, par « manque de maîtrise des enjeux » ou par « manque d’intérêt ». 23% des assureurs interrogés déclarent que leur organe d’administration ou de gestion dispose d’une maîtrise encore lacunaire de ces sujets, mais doit disposer prochainement d’une formation.

Manque d'implication dans les travaux

Beaucoup de conseils d’administration se contentent ainsi de valider le rapport ORSA ainsi que le plan financier et les politiques écrites, sans participer activement aux travaux d’identification ou d’évaluation des risques. Conséquence directe de ce manque d’implication des instances dirigeantes, l’ORSA n’est pas encore bien intégré dans les décisions stratégiques des organismes d’assurance (plan financier, conception de nouveaux produits…). Sur le marché français, 69% des acteurs interrogés déclarent d’ores et déjà utiliser les résultats de l’ORSA dans le cadre de leur prise de décision stratégique. Mais les 31% restants déclarent que l’ORSA influencera leur prise de décision stratégique à plus long terme.

L’existence et la diffusion d’une culture du risque est, à cet égard, déterminante, selon Mazars. Or, 85% des acteurs interrogés déclarent avoir une faible culture du risque qui engendre des impacts marginaux des travaux liés à Solvabilité 2. Pour faire de l’ORSA un véritable outil de prise de décision, les assureurs estiment qu’il faut d’abord améliorer les outils et l’automatisation des reportings. Ils citent comme première difficulté (à 62%) la flexibilité des outils de calcul. L’industrialisation des calculs devrait ainsi permettre de raccourcir les délais de production des rapports. Les assureurs peinent, par ailleurs, à intégrer le processus ORSA au sein de l’organisation déjà existante. « La majorité des acteurs que nous avons interrogés n’ont pas encore lancé de chantier de refonte de leurs processus internes contribuant à la réalisation de l’ORSA afin de les rendre plus pertinents, mieux articulés, et de mettre en avant leurs synergies dans le cadre de la gestion du capital », relève Mazars.  



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