Stress tests 2016 : des assureurs bien capitalisés mais vulnérables aux taux bas

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L’Autorité de supervision européenne des assurances et des pensions professionnelles (Eiopa) a dévoilé les résultats des stress tests menés en mai dernier auprès des assureurs européens. Si le secteur ressort, dans son ensemble, bien capitalisé, le superviseur européen confirme la vulnérabilité des organismes à l’environnement de taux bas. Et formule des recommandations pour améliorer leur résilience.

Avec un taux de couverture de la marge de Solvabilité 2 de 196% en moyenne au niveau européen, le secteur « est capitalisé de façon adéquate dans une perspective Solvabilité 2 », relève le superviseur européen.
Avec un taux de couverture de la marge de Solvabilité 2 de 196% en moyenne au niveau européen, le secteur « est capitalisé de façon adéquate dans une perspective Solvabilité 2 », relève le superviseur européen.
Paul Grecaud / Fotolia

Le verdict est tombé le jeudi 15 décembre. L’Autorité de supervision européenne des assurances et des pensions professionnelles (Eiopa) a publié les résultats des stress tests 2016 menés entre mai et juillet dernier auprès de 236 entreprises d’assurance vie en Europe, soit 77% des provisions techniques en vie et santé.

Deux scénarios testés

Des conclusions scrutées de très près par le secteur à double titre : d’une part, il s’agit du premier stress test grandeur nature depuis l’entrée en vigueur de Solvabilité 2 au 1er janvier 2016 ; d’autre part, cet exercice n’avait pas seulement pour objectif de mesurer le niveau de capitalisation du secteur mais de vérifier sa résistance face à deux scénarios de circonstance :

  • Le premier correspondait à une situation de  taux bas durable, caractérisée par une baisse des rendements à long terme. Scénario dit « low for long ».
  • Le second a pour objectif de mesurer la vulnérabilité de l’industrie en situation d’un « double choc », combinant à la fois une chute de la valeur des actifs et un niveau faible du taux sans risque. Scénario dit « double hit ».

La France dans la moyenne européenne

Premier enseignement de l’Eiopa : avec un taux de couverture de la marge de Solvabilité 2 de 196% en moyenne au niveau européen, le secteur « est capitalisé de façon adéquate dans une perspective Solvabilité 2 », relève le superviseur européen. Dans le détail, plus de 70% des sociétés sollicitées affichent une couverture du SCR (capital de solvabilité requis) supérieure à 160%, en incluant les mesures du paquet branches longues (les fameuses « LTG »). Avec un ratio de 196%, le marché français s’inscrit, quant à lui, dans la moyenne européenne.

Répartition des taux de couverture du SCR par pays : Source : Eiopa

A noter que seuls deux organismes affichent une marge S2 inférieure à 100%, représentant 0,02% du secteur en termes du poids des actifs. L’un d’entre eux pourrait d’ailleurs être Ethias, le quatrième assureur belge, qui avait connu des déboires financiers au cours de l’été sur un portefeuille de contrats à taux garantis élevés au point de plomber son ratio S2.

En excluant les mesures LTG, qui permettent de lisser dans le temps le traitement prudentiel de produits à garantie de long terme,  les ratios ont tendance à se réduire, de 196% à 136% au niveau européen. En France, les assureurs vie présentent un ratio S2 hors LTG supérieur, à 156%, signe de leur bon niveau de capitalisation.

Des assureurs vie vulnérables aux taux bas

L’autre enseignement des stress teste concerne la résistance du secteur, en particulier les organismes de petites et moyennes taille, face aux deux scénarii. « L'exercice a confirmé la vulnérabilité du secteur de l'assurance dans un environnement de taux d'intérêt bas », observe le régulateur européen dans son rapport.

Même si le constat est connu, les chiffres viennent préciser l’ampleur d’un tel scénario sur le bilan des assureurs. Un impact loin d’être négligeable. Dans le cas dit du « double hit », les 236 organismes interrogés verraient ainsi leur bilan comptable (excédent actif sur passif) fondre de 160 Md€, et ce, avec de profondes disparités d’un marché à l’autre et d’un organisme à l’autre.

Dans le cas du scénario central dit « low for long », les effets sur le bilan des assureurs seraient moins dommageables avec une baisse de l’ordre de 100 Md€ de l’excédent actif sur passif.

Vers un gel des dividendes ?

L’Eiopa ne se contente pas de dresser un diagnostic. Elle formule également une série de recommandations pour permettre aux assureurs de préserver leur modèle économique dans un environnement macro-économique adverse.

Le superviseur européen suggère notamment aux régulateurs nationaux de demander aux groupes dont le modèle d'activité est jugé non viable « le report ou l’annulation du versement de dividendes ». En France, l'ACPR ne s'est pas encore exprimée sur l'application d'une telle mesure ou non. Le régulateur français s'est contenté de lancer un énième appel à la modération des rendements : « L'ACPR ne peut qu'inviter les assureurs français à limiter et contrôler les risques qu'ils prennent afin de préserver dans la durée leur solvabilité et adopter une attitude prudente en matière de revalorisation pour l'année 2016 » Un message, semble-t-il, déjà reçu par Macif qui a dévoilé des rendements 2016 en baisse de 60 points de base.

 



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