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Des engagements au coeur des territoires

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De nombreux courtiers s’impliquent dans la vie politique, économique, associative ou sportive locale. Un engagement d’abord motivé par l’intérêt personnel, même si, in fine, cette appartenance à des réseaux peut être bénéfique pour leur activité. Témoignages.

« J’ai toujours pensé qu’il est important de s’impliquer dans la vie de la cité. » Philippe-Hervé Blouin est conseiller municipal depuis 2008 de Mouvaux, bourgade de 13 500 habitants du Nord de la France. « Au plan professionnel, cela ne m’apporte strictement rien », poursuit celui qui diri­ge avec son frère Flandres Assuran­ces, cabinet familial qui compte 29 collaborateurs, fondé en 1929 à Lille. Et le courtier de préciser : « Au contraire, l’engagement politique peut être clivant. C’est pourquoi j’ai choisi d’être élu sans étiquette. »

Jean-Louis Chavoillon est, lui aussi, conseiller municipal à Mons, petite commune de 1 750 habitants près de Toulouse. Mais encarté chez Les Répu­blicains, il est plus marqué politiquement. « Je me suis engagé en politique dès l’âge de 17 ans, bien avant d’être courtier », sourit-il. Son cabinet toulousain, adossé au groupe France Courtage, est ­spécialisé dans les risques d’entreprises : « Je travaille notamment certains marchés de niche, tels que le secteur associatif et l’économie sociale et solidaire ». Deux activités culturellement plutôt orientées à gauche : « J’ai mes convictions mais je n’ai jamais imposé ma vision à personne, répond Jean-Louis Chavoillon. Et puis, en tant que courtier, ma mission est avant tout d’appor­ter des solutions et une experti­se technique. »

Les voix des entreprises

Quel lien font ces deux élus municipaux entre leur activité professionnelle et leur engagement politique ? Au quotidien, aucun. Mais en réalité, ces deux activités se nourrissent l’une, l’autre. « Je peux faire remonter les problématiques des chefs d’entreprise au monde politique », estime Jean-Louis Chavoillon. Il a d’ailleurs créé en 2006 un think tank régional, l’Apré (Association des professionnels réformistes), qu’il voit comme une passerelle entre la politique et la société civile. Philippe-Hervé Blouin se considère également comme la voix de l’entreprise auprès des édiles. Inversement, il se nourrit également de cette expérience qui lui donne un autre regard sur la vie publique et les élus locaux : « Des gens passionnés, dévoués, qui s’engagent sans rien atten­dre en retour et sont ravis de travail­ler aux côtés d’acteurs issus du privé. » Les conseils municipaux sont, en effet, majoritairement peuplés de retraités et de fonctionnaires, qui ont davantage de temps et une meilleure connaissance de cet univers que les dirigeants d’entreprise.

Du reste, le courtier prend garde à ne pas se laisser happer par cet engagement qui pourrait vite devenir chronophage : « La politique reste une activité personnelle qui n’empiète que sur ma vie de famille, essentiellement le soir ou le week-end. » Tout comme ses autres activités de « réseautage », qui peuvent toutefois avoir une tonalité plus business. « Avec mon frère, nous participons à différents clubs et réseaux locaux : la Cité des entreprises, le club E6, le Rotary, APM (ndlr : Association progrès du management)… Mais nous le faisons avant tout par goût personnel, parce que nous aimons échanger avec d’autres dirigeants d’entreprise. »

Ces multiples activités constituent aussi un levier de développement commercial important. Yannick Chavent n’en fait pas mystère : avec son associé, ils ont quadruplé le chiffre d’affaires du cabinet qu’ils ont repris à Bourgoin-Jallieu (38) en s’appuyant essentiellement sur leur réseau. « Nous som­mes passés de 40 000 € de commis­­sions en 2012 à 160 000 € en 2016 sans racheter le moindre portefeuille », expli­que cet amateur de gastronomie et de rugby, qui a su exploiter ses deux passions pour développer son affaire. « Mais attention, prévient-il. L’effet réseau ne fonctionne que dans la durée, avec une présence continue et pérenne. Si vous papillonnez d’un réseau à l’autre, vous ne construisez rien et vous êtes vite identifié comme un chasseur de primes. »

Le réseau, clé du succès…

Courtier à Montbéliard (25) et cofon­dateur du groupement AdStrat, qui compte 13 cabinets de courtage en France, Raymond Torrecilla est entré dans le réseau APM il y a tout juste un an : « J’ai été coopté, précise-t-il. Ne peuvent intégrer cette association que les dirigeants d’entreprise d’au moins 10 salariés souhaitant s’impliquer et échanger autour de thématiques telles que l’histoire de la mondialisation, l’improvisation, la culture du business en Chine... Je n’ai aucune chance d’aller faire un jour des affaires en Chine, mais je trouve cela passionnant ! C’est une façon de lever le nez du guidon et de sortir du monde de l’assurance. » L’objectif n’est donc clairement pas de faire du business… « même si cela finit souvent par arriver ! » sourit Raymond Torrecilla. « À l’issue de la dernière réunion, un membre du réseau m’a demandé d’étudier une affai­re. Mais je ne viens pas pour cela ! » Qu’ils soient politiques, économi­ques, associatifs, humanitaires ou sportifs, ces engagements locaux ont une double vertu : ils donnent de la visibilité et génèrent de la confiance.

TROIS COURTIERS, TROIS RÉSEAUX

  • Yannick Chavent, codirigeant du cabinet RCA Assurances à Lyon (69) et Bourgoin-Jallieu (38), éducateur sportif au CSBJ Rugby
    « Nous nous sommes appuyés sur nos réseaux pour nous développer» « Pour développer la clientèle du cabinet que nous avons repris en 2012, Olivier Gonin et moi-même, nous nous sommes, avant tout, appuyés sur notre réseau. Ou plutôt sur nos réseaux : les classiques, la CPME (Confédération des PME) et associations d’entrepreneurs locaux, ainsi qu’un club créé de toutes pièces il y a sept ans, autour de la gastronomie. Avec 85 déjeuners mensuels et un fichier de 200 membres, il s’est inscrit dans le paysage économique local. Parallèlement, j’ai suivi, pendant deux ans, une formation pour décrocher un brevet fédéral d’éducateur sportif au club de rugby de Bourgoin-Jallieu. Dans la famille, nous sommes tous fous de rugby. Entraîner une équipe me permet de passer du temps et de vivre des émotions avec mes enfants. C’est aussi un vrai bol d’air : une déconnexion totale avec mon univers professionnel, qui est essentielle à mon équilibre. »
  • Claude Barbin, dirigeant du cabinet Barbin associés assurances à Clermont-Ferrand (63) et président de la Chambre de commerce et d’industrie du Puy-de-Dôme
    « S’engager auprès de la CCI offre à la fois de la visibilité et de la fragilité » « Je consacre près de la moitié de mon temps professionnel à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Puy-de-Dôme. Mais je ne me suis porté candidat à la présidence de la CCI qu’avec l’accord de mes 15 collaborateurs. Mon équipe a compris que la CCI est un formidable observatoire économique qui permet d’avoir une meilleure vision des mutations stratégiques, de mieux appréhender les risques émergents et de repenser ses pratiques managériales. Être président de chambre de commerce donne, certes, de la visibilité au cabinet, mais aussi une forme de fragilité. J’ai l’absolue nécessité de réussir, car les critiques à l’encontre de mon action à la CCI pourraient nuire au cabinet. »
  • Laurent Meyrignac, dirigeant du groupe TriCeps à Brive (19) et fondateur du réseau Réussir en Corrèze « Mon credo : relier ! »
    « E n 2012, j’ai créé le club Réussir en Corrèze pour dynamiser le tissu économique local. Durant ma vie antérieure d’inspecteur vie et prévoyance chez Swiss Life, j’ai pu me rendre compte que la cible des dirigeants d’entreprise s’approche essentiellement par le réseau. Mais attention : il faut beaucoup donner avant de recevoir ! En plus de ce club, dont certaines réunions ont attiré jusqu’à 100 personnes, je me suis investi dans la Chambre de commerce et le centre de gestion agréé du département, ainsi que dans le club de Rugby local. Car à Brive, le rugby est une religion ! Religion, le mot issu du latin religare (relier) signifie... réseau !

… le contact aussi !

« Le courtage est un métier de contact », commente Claude Barbin, courtier à Clermont-Ferrand (63), président de la Chambre de commer­ce et d’industrie du Puy-de-Dôme, mais aussi conseiller municipal à Chamal­lières et lieutenant-colonel de réserve. « Nous nous vendons autant que nos solutions d’assurance. De ce point de vue, tout ce qui nous enrichit nous rend plus désira­bles, donc plus achetables. » Le contact et le réseau sont vraiment au cœur de l’activité des courtiers. « C’est ainsi que ce métier est né et s’est développé, commen­te Claire Fabre, direc­trice d’April Courtage. Le prin­ci­pe, c’est de créer de la confiance pour élargir son réseau qui élargit lui-mê­me le cercle. » C’est pourquoi « la plupart des courtiers sont ancrés dans le tissu économique et associatif de leur terri­toire, poursuit Sylvie Langlois, DG de Ciprés Assurances. C’est comme cela que se créent les liens, qui peuvent finir par se transformer en business. »

Professeur à l’École supérieure des assurances (ESA), Patrice-Michel Langlumé aimerait que les courtiers se tournent un peu moins vers les « réseaux d’hier » et investissent dans les réseaux sociaux : « Le réseautage local, c’est une stratégie vieillote qui fonctionnait dans les années 1980 mais n’a plus aucun sens alors que chaque artisan, chaque dirigeant d’entreprise, chaque agriculteur est connecté. Le Rotary Club, c’est ­ringard et la politique est très risquée. Mieux vaut prospecter sur les réseaux sociaux, en poussant une information de qualité, pour pouvoir consacrer l’essentiel de son temps à la rencontre et l’écoute de ses clients. » Cette vision ne fait toutefois pas l’unanimité. « Les réseaux, tels que le Rotary, repo­sent sur une logique communautaire qui fonctionne encore très bien, tempère Claire Fabre. Certains courtiers restent réfractaires aux réseaux sociaux. Mais ceux qui franchissent le pas ne laissent, pour autant, pas tomber les réseaux traditionnels. » Et pour cause, « en écoutant nos courtiers partenaires, nous nous sommes rendu compte que les réseaux locaux d’affaires restent bien plus efficaces en termes de business que les réseaux sociaux », explique Sylvie Langlois. Un argument imparable…


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article extrait de l’argus de l’assurance

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