Gilles Zeitoun (Molitor) : « L’assurance représente 25% de notre CA »

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A l’occasion du rachat de la marque de confection de costumes sur-mesure Smuggler, le président-fondateur du groupe de courtage Molitor sort, pour l’Argus, de sa réserve.

Le groupe Molitor qui a racheté la marque de costumes Smuggler le 6 mars 2018 ne s'interdit pas de revenir plus avant dans l'assurance...
Le groupe Molitor qui a racheté la marque de costumes Smuggler le 6 mars 2018 ne s'interdit pas de revenir plus avant dans l'assurance...
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Sa parole est extrêmement rare. Mais ses clauses de non-concurrence, dans l’assurance, suite à la cession de Repca (cabinet spécialisé en assurances santé et prévoyance) à Mercer en 2011, puis du grossiste Ciprés au fonds TA Associates en 2014, sont tombées le 1er janvier 2018… Aussi Gilles Zeitoun, fondateur en 1981 du groupe de courtage d’assurances Molitor dont il est président, recouvre une liberté d’expression comme d'entreprendre dans son secteur de prédilection ! Pour autant, c'est à l’occasion de la reprise, le 6 mars dernier, de la marque de confection de costumes sur mesure Smuggler dont Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, avait été un des mannequins, que ce multi-entrepreneur - fils et petit-fils de tailleur -, se livre à l’Argus.

 

Pourquoi un groupe de courtage d’assurances comme Molitor a-t-il acheté la marque Smuggler et où en est, justement, votre activité historique d’assurance ?

Le groupe Molitor, comme d’autres groupes de notre secteur, n’a pas exclusivement une activité d’assurance. En effet, avant de vous répondre, je tiens à rappeler qu'après plus de 15 ans d’activité, le groupe s’était déjà diversifié dans des secteurs à but lucratif ou non lucratif. En 1994, nous avons ainsi été mécènes auprès des Grands Ateliers de France pour accompagner les maîtres de l’artisanat français en collaboration avec la ville de Paris. Nous avons également collaboré avec Francine Coustaud dans le domaine de l’assurance IARD, afin d’inventer un concept d’indemnisation de la faune et de la flore situées en bord de mer, touchées par des sinistres comme le naufrage de l’Erika, pour ne pas laisser mourir nos villages, et nous avons collectivement réussi à faire évoluer la législation. Quelques années plus tard, nous avons crée un label ( NDLR : dont Molitor est toujours propriétaire, Child Priority 182) sur le non travail des enfants tout au long de la chaine de production avec le ministère du développement durable, l’Unicef, l’AFNOR et Bureau Veritas, mais malheureusement ce concept était trop précurseur à l’époque. En 2008, nous avons collaboré avec une société tibétaine pour tisser du fil de Yack pour en fabriquer une étoffe et ceci dans le cadre du développement durable et avions fini par en faire la commercialisation pour faire vivre des villages situés sur le haut plateau tibétain. En 2008, nous avons créé une société d’édition informatique sur la prévoyance et santé collectives et individuelles qui devrait, après bien des déboires, commercialiser auprès des porteurs de risque, en 2019, un produit pour le contrôle des délégataires dans le cadre de Solvabilité 2. Il est vrai que depuis que le groupe Molitor a cédé une grande partie de ses activités d’assurance collective, il nous était interdit de développer dans notre secteur d’assurance des activités sur ces branches, hors la gestion pour compte et l’international. Depuis janvier 2018, nous sommes libérés de nos obligations et nous ne nous interdisons pas de redévelopper cette branche qui représente encore  25% de notre chiffre d’affaire en gestion déléguée. Nous avons tous les outils pour créer ex nihilo un certain nombre d’activités d’assurance, notamment dans la fabrication de produits jusqu’à la distribution dans les assurances de personnes.

Et Smuggler ?

Le rachat de cette marque et de la dernière société française de fabrication de costumes située à Limoges est la suite logique après la création, déjà, par Molitor, d’un Atelier de fabrication de costumes sur mesure de luxe dans un ancien théâtre à Porto ( Portugal) et notamment pour un petit fils et fils de tailleur ! Le costume ou l’informatique ont en commun avec l’assurance qu'on y vient par hasard et qu'on y reste par passion. De plus, je ne pouvais imaginer que la dernière usine française de fabrication de costumes sur-mesure disparaisse ! Pour moi, un entrepreneur doit avoir une vision sociétale et citoyenne. L’enjeu aujourd’hui réside en la capacité à imposer la qualité française autant en France qu’à l’international. Cette entreprise était en difficultés depuis plus d’un an. Nous étions en lice pour avec plusieurs autres repreneurs de la branche. Molitor est historiquement un groupe de courtage d’assurances mais notre expérience dans ce métier nous a permis de l’emporter. Cette décision prise par le Tribunal le 6 mars vient vraisemblablement du fait de la stratégie en marche résidant dans la volonté d’insuffler au groupe un nouvel élan tout en conservant son ADN, en alliant « French Tech » et « French Fab » Nous disposons également d’un réseau de distribution très récemment acquis dans d’autres marques spécialisées dans le sur-mesure, notamment afin de séduire une clientèle jeune et connectée

Comment se décompose, aujourd’hui, l’activité du groupe Molitor ?

Après les cessions de Repca et Ciprés en 2011 et 2014, Molitor a conservé une activité soutenue de gestion pour comptes en collective en qualité de délégataire des assureurs. Nous sommes basés à Paris, mais aussi à Lyon et à l’étranger (Hong-Kong et Sofia). L’activité de gestion pour comptes réalise un CA de 5 M€. Le groupe Molitor, dans son ensemble, emploie 300 personnes dont 202 dans le sur-mesure, 27 en informatique et 70 dans l’assurance avec, au global, un CA de 20 M€. Nous pensons que la diversification est bénéfique à la pérennité d’un groupe.

Comprenez-vous toutefois que le secteur puisse poser un regard …étonné sur la diversification que vous entreprenez ?

Oui, je comprends car il y a peu, j’étais exclusivement dans l’assurance, mais quand vous êtes dans le courtage d’assurances, vous êtes dans la proximité, en contact avec des entreprises de tous secteurs et toutes tailles. Rien d’étonnant, donc, à être amené à en racheter certaines. Il y a de nombreux courtiers qui se sont, par exemple, diversifiés dans l’hôtellerie, la restauration, la gestion maritime etc … Aujourd’hui avec le recul, en capitalisant toutes l’expériences de nos 3 branches, nous pourrons mieux maitriser dans ces nouvelles activités notamment le parcours client, la digitalisation et le service.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de Ciprés, votre bébé, racheté en 1990 et revendu en 2014, aujourd’hui aux mains du fonds Apax et dont la croissance est exponentielle ?

C’est effectivement le bébé du groupe Molitor, nous avons beaucoup de fierté, dont celle d’avoir inventé dans notre niche le concept du « canada dry de l’assureur » avec une délégation poussée au maximum. Nous l’avons effectivement cédé à TA Associates et à notre management en 2014, qui a été également recédé à Apax mi-2017.

 

 



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