L'Afer, un colosse aux pieds d'argile

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Avec ses 45 Md€ d'encours et ses 720 000 adhérents, le contrat Afer reste la référence de l'assurance vie en France. Mais avec un public vieillissant, l'association se voit contrainte de renouveler son modèle.

Gérard Bekerman, président de l’association depuis 2007 et qui se représente pour effectuer un troisième mandat de trois ans.
Gérard Bekerman, président de l’association depuis 2007 et qui se représente pour effectuer un troisième mandat de trois ans.

C'est devenu un rituel : deux fois par an, l'Afer, la plus grosse association d'épargnants française, fait parler d'elle. En janvier d'abord, lors de l'annonce du rendement de son contrat d'assurance vie, géré par Aviva, qui créé toujours la (bonne) surprise. Puis en juin, lors de son assemblée générale, occasion pour beaucoup de faire connaître leur désaccord. « C'est le jeu de la démocratie », commente Gérard Bekerman, son président depuis 2007 qui remet en jeu son mandat lors de la prochaine AG à Nice le 25 juin.

Ses points forts

  • Premier encours du marché (45 Md€) - Première association d'épargnants (711 000 adhérents)
  • Le contrat Fonds garanti : un rendement au-dessus du lot depuis 35 ans et des frais de gestion très bas
  • Une relation avec Aviva qui perdure depuis 35 ans
  • La défense des épargnants sur les sujets phares : fiscalité, eurocroissance...

Ses points faibles

  • Des frais d'entrée (2% sur le Fonds garanti et 1% sur les unités de compte) de plus en plus discutés
  • La moyenne d'âge des adhérents (59 ans), plutôt propice à la décollecte (1 Md€ en 2012)
  • La « faute originelle » des fondateurs qui n'est pas encore digérée
  • Les luttes intestines permanentes
  • Pas de souscription sur Internet

Quatre candidats pour un renouveau

  • Le président GÉRARD BEKERMAN, président de l'association depuis 2007 et qui se représente pour effectuer un troisième mandat de trois ans.
  • L'agitateur JEAN-PIERRE BÉGON-LOURS, administrateur critique de l'Afer, menacé d'être écarté, il appelle à voter contre le renouvellement du mandat du président actuel.
  • L'attaquant PIERRE-MARIE GUILLON, ancien président de 2001 à 2003, demande le renvoi de Gérard Bekerman et l'assigne en justice pour faute de gestion.
  • Le trublion FRANÇOIS NOCAUDIE, courtier en Touraine fondateur de l'association SOS Principes Afer, pourfendeur de la première heure de l'Afer.

Un papy-boom...

Étonnante contradiction qui revient en boucle depuis les années 90, époque où les fondateurs de l'association ont été accusés, puis condamnés dix ans plus tard pour détournement de fonds. Depuis, entre changements de président et assignations en justice, le feuilleton médiatico-judiciaire n'a jamais vraiment cessé.

Paradoxalement, rien ne semble freiner la progression de l'association, portée par son contrat multisupport, qui est resté la référence en assurance vie : un taux à 3,45% en 2012, 45 Md€ d'encours à la fin de la même année, mais aussi des adhérents toujours plus nombreux depuis dix ans pour atteindre 711 000 fin 2012. « Plus de 10 000 nouveaux adhérents ont rejoint l'Afer depuis janvier 2013. Tous les quarts d'heure, un Français adhère à l'Afer », se félicite Gérard Bekerman.

Pourtant, avec des adhérents âgés de 59 ans en moyenne, « une structure démographique comparable à celle de la France », l'Afer cherche à rajeunir son contrat.

Si les nouveaux souscripteurs ont 38 ans en moyenne, ce sont surtout « les enfants des adhérents », estime le courtier tourangeau François Nocaudie. Pour séduire les plus jeunes, la seule promotion que s'autorise l'association, c'est d'offrir la cotisation d'entrée (20 €) en cas d'heureux événement (mariage, naissance...) ou d'ouvrir un contrat dès 100 €. Mais la tâche s'annonce difficile, notamment face aux 0% de frais d'entrée des courtiers en ligne ou des bancassureurs (jusqu'à 2% pour l'Afer), qui misent aussi sur des frais de gestion réduits, autrefois l'apanage du contrat Afer.

Ce dernier entre dans une nouvelle phase, avec des prestations qui dépassent les cotisations (1 Md€ de décollecte en 2012). « Les trente dernières années ont plutôt été marquées par une phase d'épargne. Aujourd'hui, l'effet "prestation" joue à plein, et notre modèle répond présent : les rachats sont gratuits », commente le président, qui rajoute que « l'Afer n'est pas dans un modèle de marché, mais dans une philosophe de services ».

 

Les UC... par nécessité

Autre difficulté : vendre des unités de compte (UC) (8%, contre 13% en moyenne pour le marché). « Le but de l'association est d'adapter le bon conseil au cycle de vie de l'adhérent », rajoute Gérard Bekerman. Il n'empêche, l'Afer, dont le Fonds garanti « a donné satisfaction à des centaines de milliers d'adhérents », fait face, comme tous les assureurs, à la baisse des rendements et cherche désormais à développer les UC (immobilier, pays émergents, etc.).

Elle vient également de missionner Aviva sur l'eurocroissance, évoqué dans le rapport « Berger-Lefebvre ». « Nous partageons cette orientation vers un fléchage plus citoyen de l'épargne, mais ce dispositif doit être souple, clair, attractif et préserver la fiscalité », selon Gérard Bekerman.

Depuis l'origine, l'Afer garde toujours son « rôle d'étendard et de bouclier pour la défense du statut social et fiscal de l'assurance vie », rajoute-t-il. Mais plus que dans ces combats, l'avenir de l'Afer se lira dans sa capacité à faire évoluer son contrat et à maintenir son taux de rendement. C'est pourquoi l'annonce du taux en janvier prochain sera un événement aussi important que la prochaine assemblée générale.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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