Patrimonia 2015 : la nouvelle shopping list des CGPI

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Dans un contexte de taux bas et de forte volatilité des marchés, de nouveaux produits – ou d’anciennes solutions – reviennent au goût du jour pour les CGPI.

«La fête est finie », lançait récemment une responsable de plateforme pour CGPI faisant allusion aux taux de rendement historiquement bas des fonds euros. Aujourd’hui, entre le contexte de taux bas et la forte volatilité des marchés financiers, les professionnels du patrimoine se trouvent face à l’un des pires scénarios possibles pour conseiller leur client. La question qui les taraude est simple : « Où placer correctement l’argent ? ». Car les besoins de placement sont importants, comme le montre la collecte nette en assurance vie qui a atteint 17,3 Md€ depuis le début de l’année. Et les Français aisés sont prêts, à 60%, à investir sur des placements liés aux marchés financiers, selon une étude de Natixis Asset Management, réalisée, il est vrai, fin mai 2015, avant la chute des bourses de l’été. Toujours est-il qu’aujourd’hui, l’objectif des CGPI est bien souvent de trouver un placement qui fasse un peu mieux que les fonds euros. De surcroît, pour faire face à la concurrence des réseaux bancaires, les CGPI doivent sans cesse se différencier avec des produits innovants, voire exclusifs, que leurs clients ne trouveront pas ailleurs. Dans un contexte de devoir de conseil, la marge de manoeuvre est étroite. C’est l’une des raisons pour laquelle les CGPI sont encore une fois venus en nombre à Patrimonia, leur rendez-vous annuel, les 24 et 25 septembre derniers, à Lyon. L’objectif ? Faire leur shopping de l’année et rencontrer en direct gérants et producteurs de produits financiers. Pour les séduire, ces derniers ne manquent pas d’imagination. Entre veilles recettes remises au goût du jour et réelles nouveautés, tour d’horizon (non exhaustif ) des nouvelles tendances en matière de placements.

1. Les fonds euros dynamiques se réinventent

Le principe des fonds euros dynamiques est d’investir une partie du fonds euros (jusqu’à 20% à 30%) sur une poche dynamique (actions principalement), sécurisée selon la méthode du coussin, l’ensemble du capital étant toujours garanti. Vendus presque exclusivement par les CGPI, il n’en existe qu’une petite dizaine en France.

Surfant sur le succès de son fonds euros immobilier Sécurité pierre euro assuré par Suravenir (meilleur rendement en 2014 avec 4,05%), Primonial a créé deux nouveaux fonds euros dynamiques : Sécurité flex euro (contrat Sérénipierre de Suravenir) est un fonds en euros dynamique traditionnel doté d’une poche de gestion flexible de 40% maximum (le coussin). Plus innovant, le fonds euros Sécurité Target Euro, créé avec Oradéa vie, s’inspire d’expériences italienne et allemande : l’assuré « échange » le rendement annuel de son fonds euros (l’actif général de Société générale) contre une exposition aux marchés financiers. Ce rendement est investi via une gestion multiclasses d’actifs basée sur des algorithmes sophistiqués développés par les équipes de salle de marchés du groupe Société générale. Dans le pire des cas, le rendement sera nul, le capital restant toujours garanti. Bénéficiant de la garantie permanente du capital et de la liquidité du fonds en euros tout en promettant des gains supérieurs, ces fonds peuvent cependant servir un rendement nul. Autre inconvénient : ils ont parfois des enveloppes limitées et sont souvent conditionnés à l’achat concomitant d’un certain pourcentage d’unités de compte au sein du contrat multisupport.

2. Les produits structurés, un premier pas vers les unités de compte

Dans un fonds ou produit structuré, l’investisseur achète une formule promise par une banque combinant plusieurs instruments financiers et liée à un sousjacent, par exemple un indice (CAC 40...) ou un panier d’actions. Le capital est parfois garanti ou protégé (si le sous-jacent ne descend pas en deçà d’un certain seuil). « Les produits structurés représentent environ 5 % des allocations aujourd’hui », estime Jérôme Livran, directeur de l’ingénierie financière chez Nortia. Swiss Life, devenu l’un des acteurs phare, ne cache pas qu’il s’agit d’un bon moyen d’éduquer les clients à prendre du risque. Un pari gagnant puisque la moitié de sa collecte en assurance vie au 1er semestre 2015 est réalisée via des unités de compte, dont de nombreux fonds structurés.

Vendus dans le cadre d’une enveloppe limitée, ces fonds structurés sont aussi peu liquides. Stigmatisés au moment de la crise financière et à la suite des affaires comme celle de Doubl’o de la Caisse d’épargne, ils sont sous l’oeil de l’AMF. Leur formule est désormais simplifiée pour en faciliter la compréhension auprès du client final.

3. Les ETF, une mode venue d’outre-Atlantique à double tranchant

Les ETF (Exchange traded funds) appelés aussi trackers ou fonds indiciels, sont des fonds cotés en bourse répliquant un indice particulier, par exemple le CAC 40 ou le cours d’une matière première. C’est ce qu’on appelle une gestion passive. Le marché mondial des ETF a doublé depuis 2011 et atteint 3 000 Md$ fin juillet 2015. Aux États-Unis, c’est un raz-demarée : ils y représentent la moitié de la collecte des placements financiers, selon une récente étude du BCG. Ils sont même vendus dans des supermarchés. En France, proposés par des spécialistes comme Lyxor, ils ont la cote auprès des investisseurs institutionnels mais sont encore peu diffusés auprès des particuliers. La raison ? En l’absence de rétrocessions, ils sont peu mis en avant par les intermédiaires. Mais l’arrivée des robo-advisors qui misent sur les ETF (Lire L’Argus n° 7425) et la demande des investisseurs particuliers avertis cherchant à maximiser le rendement en diminuant les coûts pourraient changer la donne.

Les ETF sont réputés beaucoup plus liquides qu’un OPCVM, mais aussi moins chers (à peine 0,3% de frais reversés par la société de gestion contre au moins 1% pour une unité de compte classique) et plus transparents. Pour les CGPI, l’absence de rémunération est un frein, mais ils peuvent avoir intérêt à développer ces fonds dans le portefeuille de leur client et se faire rémunérer en fonction des gains de ce dernier.

4. Les fonds de gestion diversifiés ont le vent en poupe

Ces placements qu’on appelle aussi fonds flexibles ou patrimoniaux sont des FCP (fonds communs de placement) diversifiés prudents, dont l’objectif est de faire mieux que les fonds euros, sans chercher la performance à tout prix. Ils sont généralement investis en actions et jusqu’à 40% ou 50% en obligations pour les plus prudents : c’est la diversité du portefeuille et la flexibilité de la gestion (ou la réactivité du gérant face au marché) qui guide la stratégie d’allocation. Selon une étude de Natixis Global AM publiée mi-septembre, les fonds de gestion diversifiés, qui représentent plus du tiers de l’allocation des portefeuilles « équilibrés », sont « une particularité des CGP français ». Dans le sillage de Carmignac Patrimoine, de nombreux fonds se sont lancés sur ce créneau, comme Lazard frères gestion avec Lazard Patrimoine : « Nous espérons que ce sera notre navire amiral de ces prochaines années », déclare Jean-Jacques de Gournay, associé-gérant.

Cette optimisation du couple rendement- risque répond à la demande des clients des CGPI de sécuriser leur patrimoine… grâce à une gérance de qualité. « L’avantage d’un fonds patrimonial pour les CGPI est qu’il vise une clientèle fidèle avec peu de rachats », selon Chaguir Mandjee, directeur de la gestion chez Haas gestion. Ils sont en revanche souvent coûteux en frais de gestion.

L’eurocroissance et vie-génération font pschitt !

  • Les premiers contours de l’eurocroissance avaient été largement commentés pendant Patrimonia 2013. Les premiers lancements ont été annoncés à l’occasion de Patrimonia 2014. Mais cette année, l’eurocroissance s’est fait plutôt discret à la convention. Pas une conférence, ni un atelier consacré à ce qui devait devenir « l’assurance vie du XXIe siècle ».
  • Seul BNP Paribas Cardif est revenu sur le sujet dans le cadre de son baromètre annuel publié début septembre. Celui-ci indique que 24 % des 400 CGPI interrogés en commercialiseraient. En off, un responsable de plateforme indique que l’eurocroissance a du mal à séduire et que sur le vie-génération, autre nouveauté phare lancée en 2014, il n’y a « pas de son et pas d’image ».
  • Le rapport Villeroy de Galhau sur le financement de l’investissement des entreprises publié fin août 2015 évoque le rythme « décevant pour le moment » de 100 M€ de collecte par mois. Ce sont les derniers chiffres officiels sur l’eurocroissance. Officieusement, on évoque toutefois un encours de 1,5 Md€ à fin août.

 



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article extrait de l’argus de l’assurance

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