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André Renaudin, AG2R La Mondiale : « Nous avons l'habitude de faire tomber les barrières »

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À écouter son directeur général, le premier groupe de protection sociale français n’entend pas fléchir dans sa politique de croissance externe. Et André Renaudin défend très clairement la liberté de choix des branches professionnelles de maintenir une désignation pour gérer leur régime santé ou prévoyance.

INTERVIEW  

Argus de l'Assurance : Vos résultats 2015 paraissent marqués par un objectif de rentabilité : n’est-ce pas paradoxal pour un organisme à but non-lucratif ?

André Renaudin : L’année 2015 a été marquante pour AG2R La Mondiale à double titre : ce fut à la fois la première année de l’intégration de Réunica… et la dernière année passée sous le régime de Solvabilité 1. À partir de ce double constat, la stratégie du groupe se déroule naturellement. Nous ne pouvons assurer notre pérennité que si nous créons de la valeur ajoutée pour nos assurés, pour nos salariés, ainsi que pour l’entreprise, particularité majeure du monde non-lucratif dont fait partie AG2R La Mondiale. Solvabilité 1 nous obligeait déjà à dégager des résultats afin d’alimenter nos fonds propres, cette contrainte est exacerbée par Solvabilité 2. Tous les rapprochements entre acteurs n’ont, d’ailleurs, au fond, de but et de sens que s’ils sont source de création de ­valeur. C’était le cas entre AG2R et La Mondiale ; cela vaut encore pour AG2R La Mondiale et Réunica, et pour d’autres j’espère.

Votre recul en santé n’est-il pas préoccupant ?

Le contexte général en prévoyance-santé est extrêmement compliqué. En période de difficultés économiques, les comptes en santé et en prévoyance se détériorent, ce qui nous a amenés à engager une politique active de réexamen de notre portefeuille, en termes de souscription, d’indexation, de revalorisation et en dernier ressort de résiliation. Dans le même temps, l’ANI Santé du 11 janvier 2013 s’est révélé perturbateur : la généralisation a créé des turbulences qui ont pesé sur les ­résultats, notamment dans le monde mutualiste avec l’exacerbation de la concurrence sur la santé individuelle. Pour autant, je pense, nous sommes dans la moyenne du marché.

SON PARCOURS

Polytechnicien, diplômé de l’IEP de Paris et de l’Institut d’études actuarielles, André Renaudin est président de la Réunion des organismes d’assurance mutuelle (Roam) depuis 2014 et vice-président de l’Association des assureurs mutualistes (AAM) nouvellement créée. Âgé de 60 ans, il a débuté sa carrière comme commissaire-contrôleur des assurances au ministère de l’Économie et des Finances.

1984 Conseiller assurance au cabinet de Pierre Bérégovoy, ministre de l’Économie et des Finances et du budget.

1986 Directeur du développement à la Caisse centrale de réassurance (CCR).

1988 Conseiller assurance au cabinet de Pierre Bérégovoy, ministre de l’Économie et des Finances et du budget.

1990 Directeur de l’international des AGF.

2001 Délégué général de la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA).

2005 Conseiller du PDG de La Mondiale.

2008 Directeur général d’AG2R La Mondiale.

Au regard des accords passés dans la branche de la boucherie ou encore de la boulangerie, peut-on dire qu’AG2R La Mondiale est un défenseur des clauses de désignation ?

C’est un sujet bien plus global, un sujet de société qui renvoie à la vision de la protection sociale que notre pays entend promouvoir. Les partenaires sociaux des branches professionnelles ont le droit de passer des accords en matière de protection sociale, c’est une liberté constitutionnelle, reconnue par l’Union européenne. Et parmi ces branches très diverses, certaines entendent instituer un véritable régime additionnel, un régime avec un haut degré de solidarité intégrant des droits non-contributifs, une politique ­tarifaire, des actions de prévention, bref ce que M. Dominique Libault (NDLR : ancien directeur de la Sécurité sociale de 2003 à 2012) dénomme une « convention de Sécurité sociale » dans le rapport qu’il a remis à Mme la Ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine. Dans ce cadre, l’opérateur est forcément unique afin de porter le régime piloté par les partenaires sociaux. Ceci est vrai en santé et encore plus pour la prévoyance lourde, où le pilotage de la mutualisation des risques est d’autant plus important.

Mais il y a la décision du 13 juin 2013…

Si le Conseil constitutionnel a censuré ­l’article L. 912-1 du code de la Sécurité ­sociale, il n’a pas interdit pour autant les désignations en tant que telles : il s’est uniquement penché sur les conditions de la mutualisation au sein d’une branche. ­Aujourd’hui, personne ne viole la loi… Et ceux qui sont en charge de l’application des lois, ce sont les tribunaux.

Votre groupe entend-il proposer un produit Eurocroissance ?

Nous avons mis en place une garantie fonds Croissance qui peut s’intégrer à la plupart de nos produits d’épargne. Nous n’avons pas conçu de contrat spécifique en tant que tel. Cette stratégie pragmatique me paraît être une bonne ­approche pour les assurés, qui s’inscrit tout à fait dans nos relations avec nos apporteurs.

Quelle sera votre politique au regard du taux de rendement 2016 de vos fonds euros ?

Cette question s’inscrit dans un contexte de baisse récurrente des taux. Elle prend cette année une tournure plus aiguë, d’une part du fait de la pression de la puissance publique et de contrôle principalement en raison de Solvabilité 2, d’autre part parce que, mécaniquement, on s’approche d’un taux plancher, celui de la moyenne de nos engagements anciens de taux. Ma conviction est que les taux se maintiendront bas pour les cinq années à venir au moins. Dans ces conditions, il n’est plus possible de s’en tenir à un pilotage par la provision pour participation aux excédents. Et donc nous baisserons le taux de rendement 2016 de nos contrats de manière à la fois plus importante que l’année précédente et que le rendement de notre actif général nous y obligerait, et cela afin de préserver l’avenir.

Si le Conseil constitutionnel a censuré l’article L. 912-1 du code de la Sécurité sociale, il n’a pas interdit pour autant les désignations en tant que telles.

Comment accueillez-vous le Fonds de retraite professionnelle supplémentaire ?

Nous regardons attentivement le cadre juridique du FRPS : il est vraisemblable que nous retiendrons cette voie, afin d’abaisser notre besoin de marge de solvabilité. Cette disposition constitue une bonne initiative : il est cohérent de pouvoir mener une politique d’investissement à long terme pour la retraite supplémentaire, et logique de remettre cette activité à égalité de traitement avec tous les acteurs de l’Union européenne.

Votre groupe entend-il poursuivre sa politique de croissance externe ? N’avez-vous pas été « douchés » par vos récents échecs de rapprochement avec des mutuelles ?

Notre ambition demeure qu’AG2R La Mondiale participe à la recomposition du paysage de la protection sociale, qui est loin d’être achevée, quelle que soit la forme ­juridique des acteurs. Et c’est pourquoi, dès lors que se manifeste une volonté de rapprochement ou d’ados­sement, nous regardons systématiquement les dossiers. Sans forcément aller jusqu’à faire une proposition, comme ce fut le cas pour Intériale.

Concernant les dossiers Unéo et MCDef, où nous étions challengers, si nous avons concouru avec nos « tripes », nous sommes finalement arrivés en seconde position. Nous avons été déçus, pas « douchés » – votre terme est excessif. Nous regarderons avec la même conviction les nouveaux dossiers qui se présenteront. Nous avons l’habitude de faire tomber les barrières : que ce soit en créant la première Sgam réunissant deux acteurs de taille significative, ou en étant le premier groupe paritaire à accueillir, avec la Mutuelle du ministère de la Justice (MMJ), une mutuelle de fonctionnaires, désormais intégrée au sein de notre pôle fonctions publiques qui a d’ailleurs vocation à se développer tout comme notre pôle mutualiste AG.Mut.

Notre ambition demeure qu’AG2R La Mondiale participe à la recomposition du paysage de la protection sociale.

L’année a été marquée par des échecs dans les rapprochements. Quels sont à vos yeux les facteurs de réussite de tels projets ?

Ce qui importe le plus, dans un projet de rapprochement, c’est l’existence d’une vision parta­gée. Un temps de maturation est nécessaire : je crois à l’acclimatation des idées. AG2R et La Mon­diale ont noué un partenariat stratégique dès 2002 et ce n’est qu’au bout de cinq ans qu’est intervenu le rapprochement institutionnel. La réussite passe aussi par un respect des personnes et des structures. Aucun sujet n’est examiné par la Sgam sans avoir été dûment approuvé antérieurement par les deux structures qui la composent. Cela évoluera bien sûr.

La constitution de groupe prudentiel perturbe visiblement certains paritaires. Comment abordez-vous cette étape ?

Les deux ans dont nous disposons pour mener cet important chantier ne seront pas de trop ! Rendre prudentielle Sgam AG2R La Mondiale est simplifié du fait que dans son périmètre, La Mon­diale, l’un de ses deux affiliés, l’est déjà. L’autre affilié, AG2R Réunica Prévoyance, et les entités de son périmètre de combinaison, constitueront la future Sgaps AG2R La Mondiale. Par cette opération, la Sgam sera devenue prudentielle et intégrera en son sein deux affiliés, Sgaps AG2R La Mondiale et La Mondiale. Les liens de solidarité financière, qui étaient jusque-là « forts » entre les deux affiliés de la Sgam et « faibles » avec le reste de son périmètre de combinaison, seront désormais forts sur tout le périmètre. Toutes les entités sollicitées ont approuvé ce schéma en assemblées générales !

Vous êtes vice-président de la nouvelle association des assureurs mutualistes (AAM), quel est, selon vous, le pas d’après ?

Je me réjouis de la création de l’AAM et si je milite pour la réunification de l’ensemble des familles assurantielles, il faut là aussi savoir donner du temps au temps : la Mutualité française et le CTip (Centre technique des institutions de prévoyance) ont des enjeux propres. À court terme, il est important de renforcer la coopération entre les acteurs, comme elle se pratique déjà au sein de l’Unocam, par exemple. Je préconise aussi de faire de la médiation un nouveau lieu de convergence : tous les acteurs pourraient adhérer à la nouvelle association de la médiation de l’assurance, alors que la dispersion actuelle s’avère profondément perturbatrice pour les assurés. Il y a bien d’autres lieux de rapprochements.

Propos recueillis par François LIMOGE et Gwendal PERRIN


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André Renaudin

André Renaudin

Directeur général d'AG2R La Mondiale
Président de la Réunion des organismes d'assurance mutuelle (ROAM)

André Renaudin est né le 9 décembre 1955 à Vincennes à Val-de-Marne. Diplôme de l´École polytechnique. Diplôme de l´Institut d´études politiques (IEP) de [...]

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