Claude Leicher, président de MG France : « Les complémentaires pourraient participer à une rémunération au forfait des généralistes »

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Après l'annonce d'une association avec la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN) pour promouvoir le secteur 1, le président de MG France, premier syndicat de médecins généralistes, évoque des possibilités de coopération plus poussées avec les organismes complémentaires santé.

INTERVIEW  

Pourquoi cette annonce d'une association entre la MGEN et votre syndicat ?

La MGEN est une mutuelle emblématique, car elle ne prend pas en charge les dépassements d'honoraires et concerne une population qui a accès à un certain niveau d'information. De notre côté, il y a un intérêt à utiliser le canal de communication d'une mutuelle pour nous adresser aux patients. D'autre part, la MGEN est, comme nous, attachée au secteur 1 [NDLR : médecins pratiquant des tarifs opposables]. Ce réinvestissement sur le secteur 1 est pour nous une priorité, sans laquelle on abandonne progressivement le fondement de l'assurance maladie, qui veut que l'on cotise selon ses moyens et reçoive selon ses besoins. Nous regardons donc ensemble les possibilités de valoriser cet exercice de secteur 1. La MGEN est aussi intéressée par notre conception des soins de premier recours, comme une solution pour refonder le système de santé français, permettant un accès aux soins de toute la population dans un cadre financièrement soutenable.

 

Vos projets portent-ils également sur les modes de rémunération ?

Oui, nous pensons ensemble qu'il faut diversifier les modes de rémunération, en introduisant des forfaits. Ils sont nécessaires, parce que, pour des fonctions comme celle de médecin traitant qui nécessite notamment la tenue d'un dossier, on ne peut pas imaginer qu'elles soient rémunérées autrement. Aujourd'hui, il existe déjà des forfaits, par exemple pour les rémunérations sur objectifs de santé publique, mais seule l'Assurance maladie y participe. Notre idée, et la MGEN y souscrit, est celle d'une participation que l'on pourrait imaginer équivalente au ticket modérateur. Cela nécessiterait que les complémentaires qui l'acceptent se réorganisent de manière à la mutualiser.

 

Serait-ce une forme de compléments d'honoraires ?

Je ne souhaite pas utiliser ce terme, car il a été employé lors de la récente négociation pour désigner les dépassements d'honoraires. Je parle bien d'un abondement qui redonnerait un peu d'air à la rémunération des médecins généralistes, sachant que les gouvernements successifs nous disent tous qu'il n'y a pas d'argent dans les caisses, ce qui n'est pas exact.

 

Avez-vous d'autres contacts avec les organismes complémentaires ?

Nous avons des discussions avec l'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire (Unocam) et la Mutualité française (FNMF), qui est intéressée par cette vision. J'ai aussi eu l'occasion d'en parler avec le Centre technique des institutions de prévoyance (CTip), et je n'ai pas encore de contact direct avec la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), mais cela viendra.

 

Pourriez-vous aller jusqu'à une logique de réseau, comme il en existe déjà en optique ou en dentaire ?

Notre logique est différente de ces secteurs très peu pris en charge par l'Assurance maladie et où l'intervention des complémentaires est très importante, voire majoritaire, car il y a pour les complémentaires une obligation de prendre en charge le ticket modérateur des consultations [NDLR : dans le cadre des contrats responsables]. Notre état d'esprit est clair : à partir du moment où l'on crée un accord sur une participation aux rémunérations forfaitaires, c'est évidemment sans possibilité de choisir tel ou tel professionnel de santé, ni de négocia-tions tarifaires.

 

De tels accords pourraient-ils constituer une alternative aux difficiles négociations tripartites ?

On voit qu'il est assez compliqué de mener des négociations tripartites. Les régimes obligatoires et complémentaires ne sont pas sur la même longueur d'onde, pour de nombreuses raisons qui leur appartiennent. Il y a donc deux possibilités : soit une négociation tripartite, soit on demande au législateur une négociation avec le régime obligatoire et une deuxième avec les complémentaires, sachant que la Sécurité sociale ne prend plus en charge que 55 % de la dépense de premier recours, hors affections de longue durée.

 

Quelle option défendez-vous ?

Je souhaite que le système santé garde une cohérence globale. Et je ne suis pas favorable à cette opposition, parfois rugueuse, entre les régimes obligatoire et complémentaire, car le premier solvabilise le second en écrêtant le gros risque. Le tripartisme me paraît donc logique. Mais cela signifie que l'Assurance maladie fait de la place aux complémentaires dans la gestion du risque, et que les complémentaires acceptent de mettre en place des outils qui permettent de simplifier la vie des professionnels de santé.

 

Est-ce une allusion à la généralisation du tiers payant promise par François Hollande ?

Les pharmaciens, les biologistes, les radiologues, les cliniques et les hôpitaux font du tiers payant, mais pas les médecins généralistes. Nous souhaiterions qu'ils puissent aussi le pratiquer et nous voulons que les régimes obligatoire et complémentaire s'entendent pour nous proposer une procédure simple, facile et fiable. Si cela n'aboutissait pas, nous demanderions au gouvernement de légiférer sur le sujet. Dans la situation économique actuelle de la France, c'est indispensable.

 

Souhaitez-vous une révision du parcours de soins ?

Nous voulons qu'il devienne un parcours de santé, intégrant prévention, dépistage et éducation à la santé. Nous souhaitons que l'on investisse réellement dans la fonction de régulation du médecin traitant. Il n'y a pas d'autre solution dans un système qui mutualise le risque maladie. Et ce régulateur ne peut être que de deux types : soit le médecin traitant, soit l'assureur, comme dans le système HMO américain. Si la population veut que ce soit l'assureur qui dit s'il prend en charge ou non, cela serait une révolution culturelle et plutôt une régression. Ce n'est pas que les assureurs fassent mal leur travail, mais leur choix est plutôt d'aller vers la moindre dépense. Le choix fait en France associe la solidarité et la liberté de choix du médecin par le patient. Il ne faut donc pas réformer le parcours de soins, mais le renforcer. C'est d'ailleurs la conclusion unanime du dernier rapport du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie, en mars.

SON PARCOURS

Claude Leicher, 59 ans, est médecin généraliste à Étoile-sur-Rhône, village de 4 500 habitants dans la Drôme.

  • 1977 Certificat de médecine de famille.
  • 1984 Thèse de doctorat sur l'alcoolisme féminin.
  • 1985 Après son installation, il exerce en parallèle des fonctions dans le domaine des urgences et en tant que médecin attaché au Centre hospitalierde Valence.
  • 2003 Création d'une maison pluridisciplinaire.
  • 2009 Élection à la présidence de MG France.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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