Denis Saules, ViaSanté Mutuelle : "Le low cost n'a pas marché lors de l'ANI"

Par - Publié le

,

,

ViaSanté est devenue la marque santé du groupe AG2R La Mondiale pour les particuliers et les petites entreprises. Son directeur général dresse les ambitions d’une mutuelle aux bons résultats, mais aux perspectives contrastées. Et évoque son engagement sur la santé connectée.

Denis Saules, directeur général de VIASANTÉ Mutuelle, et directeur métier santé prévoyance d'AG2R La Mondiale
Denis Saules, directeur général de VIASANTÉ Mutuelle, et directeur métier santé prévoyance d'AG2R La Mondiale
Laetitia Duarte

Argus de l'Assurance : L’année 2015 a été plutôt bonne pour ViaSanté (+5,7 %) dans un contexte troublé. Comment expliquer cette performance ?

Denis Saules : Le processus de fusion de ViaSanté n’est pas étranger à ces résultats. En plus des 11 mutuelles constitutives de ViaSanté Mutuelle en 2012, 9 autres nous ont rejoints depuis l’arrimage de AG2R La Mondiale – la plupart étant adhérentes à AG.Mut. Dans un contexte post-ANI, il y a eu une réorientation stratégique de ViaSanté Mutuelle de son périmètre habituel, l’individuelle, vers le petit collectif. D’où l’adossement à un groupe de protection sociale comme AG2R La Mondiale. Les objectifs commerciaux ont été atteints sur l’année 2015, avec 20 000 contrats supplémentaires. Cette dynamique s’inscrit, au niveau du groupe AG2R, dans un contexte de succès sur les accords de branche, rendus possibles grâce aux réseaux commerciaux de ViaSanté. Cette stratégie de croissance externe s’est révélée porteuse, tant sur un plan commercial, que sur le plan de la solvabilité (NDLR : mutuelle du «Top 30 Argus», n° 7483-7484, affichant la marge de solvabilité la plus élevée en 2015, à hauteur de 821 % y compris PVL).

Quelles sont vos orientations pour 2016 ?

Les résultats de 2016 se traduisent par un maintien du chiffre d’affaires et des marges techniques : l’année 2016 sera donc globalement identique à 2015. C’est, à notre sens, positif et encourageant quand on regarde le marché de la complémentaire santé en France (saturation, banalisation de l’offre, recherche effrénée de différenciation…). Nous subissons toutefois, comme les autres mutuelles, la baisse structurelle des taux de rendement financier. Ce résultat est clairement en train de se tendre aujourd’hui, même si ViaSanté ne s’est jamais développé sur la base de ce résultat financier.

ViaSanté s’est réorientée de l’individuel vers le petit collectif. Cette transition s’est-elle plus particulièrement accélérée dans le contexte de l’ANI ?

Nous ne pouvons pas nier une érosion du portefeuille en individuelle, notamment du côté des actifs, mais on est loin du raz-de-marée annoncé il y a quelques années. J’y vois deux principales explications : les clauses de réfractariat dans ces migrations de l’individuelle vers la collective et le faible impact des offres low cost, qui n’ont pas séduit les assurés individuels. L’équipement des salariés, par ailleurs, ne s’est pas fait au début de l’année, bien au contraire ! Certains assurés sociaux se retrouvent même en 2016 avec une double couverture, soit par choix soit par méconnaissance de l’accord collectif… d’où l’importance de notre devoir de conseil et d’accompagnement.

ViaSanté Mutuelle s’est volontairement positionnée sur du milieu, voire du haut de gamme, avec des renforts et des garanties surcomplémentaires, pour proposer aux assu­rés des offres cohérentes et une adéquation tarifaire. Nos entreprises se sont d’ailleurs majoritairement équipées (80 %) avec notre garantie de base et des renforts : le low cost n’a pas pris. Nous constatons l’existence d’un segment émergent du non-responsable, auquel ViaSanté réfléchit également. Les réfor­mes autour du contrat responsable ont géné­ré d’importants restes à charge sur la médecine hospitalière, même si elles ont eu des vertus sur le poste optique.

Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

Maintenir notre portefeuille et nos marges est désormais un objectif très ambitieux. Le régulateur nous demande d’améliorer notre solvabilité, ce qui passe par un résultat croissant… et se fait sur le dos des assurés en augmentant les cotisations. Ce n’est pas un principe pour ViaSanté : l’identité mutualiste est justement d’équilibrer les deux ! Maintenir notre équilibre « endogène » sur un marché saturé, avec de nouveaux accords de branche en 2017 en santé et prévoyance dans le cadre d’une concurrence accrue, est donc ambitieux. Et ce, d’autant plus que notre mutuelle, comme les autres, souffre de sa mono-activité en santé : nous devons être capables de trouver de nouvelles activités tout en restant dans notre cœur de métier pour parvenir à nouveau à un équilibre économique global.

Quelle stratégie, justement, en dehors de la seule santé ?

ViaSanté s’est très tôt penchée sur le sujet de la prévention. Par exemple, nos équipes voient en moyenne 20 000 personnes par an, physiquement, pour des formations d’incitation aux gestes de premiers secours pour les mères de famille et les néo-retraités. Nous avons également mis en place ViaAvenir, programme d’accompagnement sur l’orientation post-baccalauréat auprès de nos adhérents. Un partenariat s’est aussi mis en place en 2014 avec l’IoT Valley (notamment portée par Sigfox), à Toulouse qui consiste en un sourcing de start-up ayant des projets inno­vants en santé, que ce soit pour la transformation digitale de ViaSanté ou sur la santé connectée. Notre mutuelle, dont la culture même est tournée vers l’avenir, est légitime pour être référent sur ce marché émergent et désormais inévitable (lire encadré).

ViaSanté est aujourd’hui directement impacté par la remontée du seuil de délégation du Régime social des indépendants (RSI), de 23 000 à 600 000 personnes assurées…

Cette remontée s’accompagne d’une contrainte supplémentaire, avec un maximum de trois organismes complémentaires – la RAM et deux OC mutualistes. Nous collaborons aujourd’hui avec le groupe Aesio sur une alliance portant sur la partie organisme conventionné d’ici à la fin de la prochaine convention d’objectifs et de gestion (Cog) en 2019. La tradition de l’organisme conventionné est ancienne chez ViaSanté. Il n’y a aucune raison d’abandonner cette activité ! Toutefois, nous devons désormais inventer un nouveau modèle plus agile qui passera donc, d’ici 2020, par la fusion des organismes conventionnés en deux OC mutualistes. Il faut également signaler que les mutuelles sont quelque peu victimes de cette réforme du RSI, conséquence, non pas de leur qualité de gestion sur la partie complémentaire (qui a toujours été saluée), mais des dysfonctionnements sur les paiements des indemnités journalières et les liquidations de retraites, entre autres.

Autre sujet d’actualité récent, l’aide au paiement d’une complémentaire santé (ACS). ViaSanté fait partie de l’une des onze offres référencées, dans le cadre de Couleurs Mutuelles

Nous constatons de notre côté un maintien du portefeuille ACS (autour de 25 000 contrats) – qui, qu’on le veuille ou non, est aujourd’hui globalement croissant. Toutefois, cet appel d’offres a perturbé, au départ, l’ensemble des bénéficiaires, une population fragilisée qui a besoin d’un accompagnement sur le terrain. D’où l’importance d’un maillage territorial large et pertinent, tradition là aussi partagée par AG2R La Mondiale et ViaSanté Mutuelle. Nous verrons mieux d’ici deux ans, lors du prochain appel d’offres sur l’ACS, les véritables effets de l’ANI sur ces populations… et observerons également, avec le prochain président de la République, comment la frontière entre les régimes obliga­toire et complémentaire évoluera et nous verrons si l’ACS et la CMU-C resteront applicables comme aujourd’hui.

ViaSanté Mutuelle fait le pari du « phygital »

« Le nouveau concept d’agence que nous lançons aujourd’hui nous permet d’allier accueil physique et richesse informationnelle au travers de solutions digitales », explique Olivier Benhamou,  président de ViaSanté Mutuelle. Ce nouveau type d’accueil, les adhérents de la mutuelle pourront le découvrir, dès maintenant, dans la principale agence de Perpignan et son magasin d’optique de Mas Guérido à Cabestany. Les porteurs de lunettes pourront ainsi tester  l’application Owiz App, développée par la start-up Fitting box, qui permet grâce à la technologie de la réalité augmentée d’essayer des milliers de montures.  Tous les clients pourront également se familiariser avec l’univers digital de ViaSanté, via le boitier Mobirider. L’agence perpignanaise est également équipée du dispositif innovant d’affichage sur écrans de la start-up toulousaine CityMeo et de la balise d’une autre jeune pousse, Pack Editions Beacon, qui offre la possibilité d'envoyer des messages ciblés sur les téléphones mobiles des personnes présentes dans les locaux. Le « phygital » doit être déployé au sein d’une quarantaine d’agences dans neuf départements.

 

Propos recueillis par Gwendal PERRIN



Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous