Hubert Gorron (Groupe MGC) : « L'ANI a en réalité ouvert un nouveau marché: celui du petit collectif »

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Impactée par les réformes de la complémentaire santé, la Mutuelle générale des cheminots (MGC) poursuit une stratégie originale. Son directeur général revient sur les récentes évolutions d’une mutuelle ouverte depuis dix ans à l’ensemble des publics.

Hubert Gorron
Directeur général de la Mutuelle générale des cheminots
Hubert Gorron Directeur général de la Mutuelle générale des cheminots
INTERVIEW  

Argus de l'Assurance : La MGC s’est caractérisée en 2015 par une stabilisation de son chiffre d’affaires. Quelles sont les premières tendances observées pour l’année 2016 ?

Hubert Gorron (Mutuelle Générale des Cheminots) : Notre chiffre d’affaires augmente un peu, aux alentours de 2 M €. Mais nous avons surtout obtenu un nombre d’adhésions inespéré compte tenu du contexte : sur cette année 2016, notre objectif a été dépassé de 30 %. Entre ces arrivées et les départs liés à la ­réforme de la généralisation de la complémentaire santé, le nombre d’adhérents est globalement stable, alors que celui des mutuelles est plutôt sur une tendance baissière. 2016 est donc une très bonne année pour nous, que ce soit pour le monde cheminot (NDLR : deux tiers du portefeuille) ou pour le non-cheminot. Du côté des cheminots, nous avons en portefeuille environ 40 % des actifs de la SNCF et 25 % des retraités. Sur la seule année 2016, nous avons également enregistré 3 900 adhésions supplémentaires.

2016 était pourtant l’entrée en application de nombreuses réformes. N’auraient-elles pas eu d’impact ?

Nous pensions perdre dès 2015 un grand nombre d’adhérents en individuel, considérant que les entreprises allaient anticiper la réforme de la généralisation… Mais la réalité a été tout autre. Il n’y a pas eu de tsunami pour les mutuelles qui faisaient majoritairement de l’individuel. À noter que nous avons lancé en 2015 une nouvelle gamme à destination des seniors, Zen, qui fonctionne bien.

Cette année a pourtant été difficile, non seule­ment en raison de l’ANI et des contrats responsables, mais aussi de l’ACS. L’entrée en application des nouveaux contrats au plus tard au 1er?janvier 2016 a déstabilisé nos adhé­rents : le début d’année a ainsi été extrêmement dense. J’ai le sentiment que nous nous en sommes toutefois mieux tirés que les autres, notamment sur la relation adhérents : nous avons très tôt pris le virage du digital, ce qui nous a aidés à surmonter ce cap.

La MGC, comme nombre de mutuelles, est majoritairement portée sur la santé individuelle. Quid de la santé collective ?

L’ANI, en réalité, a ouvert un nouveau marché qui est celui du petit collectif, qui était peu exploré jusqu’à présent. Mais les acteurs de l’assurance se sont finalement peu placés sur cette cible en 2016, notamment en raison des frais d’acquisition élevés. Nous avons, par conséquent, investi ce petit collectif sur ­lequel nous nous implantons depuis deux ans : ceci étant, nous sommes toujours en période de lancement de nos offres en collective et ­revoyons régulièrement nos objectifs.

L’un des enjeux de l’ANI était la question des garanties, que ce soit autour du panier de soins ou des nouveaux contrats responsables…

Les offres basées sur le panier de soins ANI n’intéressent pas grand monde, que ce soit les entreprises ou les salariés qui, ­préalablement, étaient plutôt bien couverts par la MGC. Je ne crois toutefois pas au marché des surcomplémentaires : les frais d’acquisition et de gestion sont trop importants. Je crois plus à l’ajout d’options facultatives au sein des contrats en collective. La population de la MGC est, elle-même, majoritairement de classe moyenne : il n’y a pas vraiment de demande de la part de nos adhérents sur du non-responsable.

SON PARCOURS

Hubert Gorron, diplômé de l’école supérieure de commerce (ESC) de Saint-Étienne, est vice-président du Cimut (centre informatique des mutuelles) et censeur de Viamédis (filiale de Malakoff Médéric sur le tiers payant), en parallèle de ses fonctions de directeur général de la Mutuelle générale des cheminots (MGC).
  • 1991 Entrée dans le monde de la protection sociale au sein de GMC Services (groupe Henner).
  • 2003 Directeur général de la mutuelle Mexem, qui fusionnera avec April en 2011.
  • 2011 Directeur général de la Mutuelle de la Somme (intégrée depuis dans ViaSanté Mutuelle).
  • 2013 Directeur général de la mutuelle MGC, au sein du groupe MGC.

Si vous réalisez vous-mêmes vos offres en santé, vous privilégiez une approche partenariale sur la prévoyance…

Pour chacune de nos trois populations (petits collectifs, TNS et collectivités territoriales), nous avons mené un partenariat particulier. Côté TPE, nous avons retenu Klesia, qui est notre réassureur en prévoyance. Sur les ­travailleurs non-salariés (TNS), nous avons passé un ­accord avec l’Unmi, qui a une grande expérience en ce domaine. Enfin, pour la prévo­yance des collectivités territoriales, nous avons un partenariat avec la Mutuelle UMC (l’offre Cybélia conçue par la mutuelle s’est substituée à l’offre Cybèle Prévoyance), avec qui nous avons construit une gamme spécifique à nos populations.

Qu’en est-il de l’UMG Viamut, lancée avec la mutuelle Entrain en 2013 ?

Cette union mutualiste de groupe (UMG) ­Viamut s’est transformée en UGM (union de groupe mutualiste). La MGC et Entrain sont les deux principales mutuelles cheminotes (NDLR : respectivement 125 et 65 M € de cotisations annuelles) et notre alliance nous a permis de répondre conjointement à l’appel d’offres de la SNCF de 2013. Cet appel portait sur les 12 000 agents contractuels (NDLR : assurés au régime général de la ­Sécurité sociale, les autres 140 000 cheminots ayant un régime spécial), mais il a finalement été remporté par Humanis. Après coup, la lourdeur administrative ­qu’engendre une UMG nous a fait reculer : notre but était d’abord de réaliser des actions communes dans le monde de la SNCF – d’où l’évolution vers l’UGM, moins structurante.

La MGC a opéré en 2006 un choix stratégique en s’ouvrant à l’ensemble des publics, et pas seulement les cheminots. Pour quels résultats ?

Cette ouverture est la conséquence logique d’un fonctionnement par briques : après le 100 % cheminot, nous avons lancé des servi­ces qui pouvaient intéresser d’autres populations. Nous nous sommes donc lancés sur les comparateurs en santé individuelle, puis nous avons ajouté les travailleurs non-salariés, puis la santé collective et donc les branches… Nous nous sommes ainsi rendu compte que notre offre était bien perçue par les sociétés de ­services. C’est pourquoi nous avons lancé une offre pour la branche Syntec (bureaux d’études techniques).

L’avantage d’une mutuelle comme la MGC, qui n’est ni trop grosse ni trop petite, est qu’elle peut innover constamment, lancer rapidement des offres, les évaluer, voire les faire ­évoluer… Un avantage non ­négligeable sur un marché de la complémentaire santé qui est mature, hors petit collectif et TNS.

Quelle diversification envisagez-vous en dehors du duo santé/prévoyance ?

Nous n’irons pas sur des marchés qui ne correspondent pas à nos valeurs. La santé, la prévoyance et la prévention entrent dans une démarche générale d’acteur global de santé. Conséquence : nous nous questionnons aussi sur le vieillissement, l’aide aux aidants, voire la retraite ou l’assurance emprunteur – mais, par exemple, pas du tout sur l’auto. Il n’y a aujourd’hui, à mon sens, pas encore d’offre globale sur les aidants médicaux, seulement des initiatives parcellaires.

La MGC a longtemps été réservée sur la ­dépendance, d’abord d’un point de vue ­financier : ces produits coûtent cher et sont techniquement (et réglementairement) ­complexes. Je ne suis également pas persuadé que nos adhérents ont une vraie appétence pour ce type d’offres.

Nous avons par contre investi la prévention depuis longtemps : nous voulons rester le ­premier acteur de prévention de la SNCF et développer nos actions au sein des collectivités territoriales. La mutuelle est architecte de solutions de prévention en incluant des partenariats, par exemple avec la Fédération française de cardiologie. Autant de mesures qui pourraient d’ailleurs intéresser les institu­tions de prévoyance, dans le cadre des actions éligibles au haut degré de solidarité au sein des accords de branche.

La MGC est au cœur d’un vieux contentieux avec la MNPAF (Mutuelle nationale des personnels d’Air France) pour la gestion des dossiers de ses adhérents, contrat rompu brutalement en 2012…

Cette histoire nous semble être derrière nous. Elle nous aura au moins permis de créer avec Cimut l’union de mutuelles du CGMP (Centre de gestion mutualiste partagé), structure qui nous a appris un nouveau métier : la ­gestion pour compte de tiers. Le CGMP est aujourd’hui prêt à accueillir d’autres mutuelles.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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