precedent Suivant Auto et MRH 2 / 4

Interview d'Arthur Charpentier : « Plus on segmente,moins ilyademutualisation, ce qui est pourtant la base de l’assurance »

Par - Publié le

,

,

,

INTERVIEW  

La modularité entraîne des problématiques bien particulières pour les actuaires, qui sont confrontés à la questiondesavoir « qui et comment est porté le risque».

Arthur Charpentier, professeur d’actuariat à Montréal, en a fait un sujet de prédilection.

Quels changement apporte le développement des couvertures composées à la carte?

Cette question soulève un point intéressant, que l’on aborde dans tous les cours d’assurance: en moyenne, la segmentation ne devrait rien changer, mais cela a une influence sur la variance, donc la volatilité, et sur le porteur de risque. Pour faire simple, nous avons deux cas extrêmes. Soit il n’y a pas de mutualisation, et le risque est entièrement à la charge de l’assureur. Soit la segmentation est complète et parfaite, et le risque est à la charge conjointe de l’assureur et de l’assuré. En pratique, classiquement, on se situe entre les deux, parce que l’information sur l’assuré est imparfaite. Néanmoins, il existe aujourd’hui des assurances à la carte qui vont jusqu’au suivi avec GPS, comme le fait la compagnie canadienne Mobiliz, qui tarifie selon les excès de vitesse, l’accélération forcée, le freinage brusque, le kilométrage. L’assureur prend de moins en moins de risques...

 

Qu’en est-il en termes de calcul ?

Pour les maths, supposons que X soit la variable aléatoire, et Z la variable de risque. S’il n’yapas de mutualisation, la variance pour l’assureur est Var(X). S’il y a une segmentation parfaite, la variance pour l’assureur est Var(E(X|Z)), car on tarifie en utilisant Z , donc on fait payer E(X|Z). Or, de par l’égalité de Pythagore, Var(X)= E(Var(X|Z)) + Var(E(X|Z)), donc Var(E(X|Z)) < Var(X).

 

Et en pratique, pour tous ceux qui seraient déjà perdus?

En pratique, on ne dispose pas de Z, mais on utilise des variables tarifaires, comme le sexe –mais c’est bientôt fini –, l’âge, le lieu d’habitation, etc. Le fait est qu’on a une relation de décomposition de la variance un peu plus compliquée, mais on peut l’écrire ainsi. Reprenons ce qui se passe si l’on a deux classes de risques. Par exemple, si j’ai deux catégories A et B. Il y a 50% des gens de type A, avec un risque moyen de 100€, il y a 50% des gens de type B, avec un risque moyen de 200€. Sans segmenter, les gens payent en moyenne 150€.

 

Si on poursuit cet exemple, que se passe-t-il si une compagnie propose des tarifs uniquement sur mesure?

Si une compagnie segmente... les bons iront chez elle – ils paieront 100 au lieu de 150. Les mauvais resteront dans les autres compagnies... avec une prime de 150 pour un risque de 200. Au final, dans ce cas, la compagnie qui ne segmente pas fait faillite. En bref, il faut donc tarifer. Ensuite, la grande question est: qui sait qui est A et qui est B? Si les assureurs le savent (risque de santé avec prédisposition génétique, par exemple), ils perdent de l’argent, et le marché meurt. C’est l’asymétrie d’information à la Akerlof. Les assureurs ne le savent pas, mais, souvent, ils observent un proxyZ, et ils savent que pour des Z élevés, on a davantage de chances d’êtrede type A, et si l’on est avec un petit Z, on a plus de chances d’être de type B. Il reste une incertitude résiduelle, liée au fait qu’on ne sait pas qui est de type A ou de type B. Mais si tout le monde l’observe… on crée de l’assurance par sous-classes. Si l’on segmente de plus en plus... il n’yaplus aucune mutualisation, ce qui est la base de l’assurance.

L’ASYMÉTRIE D’INFORMATION DE GEORGE AKERLOF

  • Le prix Nobel d’économie 2001 postuleque l’un desparticipants à l’échangedispose d’une information«privée », qu’il cache à l’autre partie. Par exemple, unassuré connaît mieuxque sonassureur ses risques potentiels. Enoutre, une fois la police souscrite, l’assuré peut changer decomportement et relâcher savigilance. L’assureur risque alorsdevoir sescoûtsaugmenter considérablement.
  • Travaillant sur l’exemple du marchédes véhiculesd’occasion, George Akerlofmontreque pour se prémunir desvices cachés, lesacheteurs proposent des prix délibérément faibles. Insatisfaits, lesvendeurs de véhiculesdebonne qualité quittent le marché. C’est unphénomène de«sélection adverse»: lesvéhicules en mauvais état chassent du marché les bonnes voitures. L’asymétried’informationconduit ainsiàunéquilibre inefficace. (Sources: ministère de l’Économie et desFinances,Wikipedia.)


precedent Suivant Auto et MRH 2 / 4



Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin imprimer envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous

Rechercher
Abonnez-vous
RSS Twitter Facebook Viadeo Application Connectez-vous