« Les experts doivent se préparer à un événement majeur »

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Le président de la FSE fait le point sur la situation d'une profession amenée à s'adapter aux aléas climatiques, aux changements de stratégies des assureurs ou aux évolutions réglementaires.

Yann de Mareuil, président de la Fédération des sociétés d'expertise (FSE)
Yann de Mareuil, président de la Fédération des sociétés d'expertise (FSE)


Quels ont été les changements majeurs pour la profession depuis la création de la FSE il y a quatre ans ?
Le changement majeur, c'est l'existence même de la fédération. Aux côtés de la Compagnie des experts (CEA) dont les actions sont orientées vers le métier et la formation de l'expert, il y a désormais une organisation qui représente les sociétés d'expertise dans la sphère économique et publique. Il faut bien voir qu'avant la phase des regroupements, les assureurs et les pouvoirs publics avaient en face d'eux des cabinets qui intervenaient dans les débats de manière disparate. Aujourd'hui, nos partenaires savent qu'ils ont un interlocuteur privilégié, ce qui change petit à petit les relations. La création de la FSE, qui, précisons-le, a la volonté de travailler avec tous les syndicats du secteur, a été une décision importante pour la profession.

Comment se porte l'expertise alors que les assureurs sont plus attentifs à leurs performances en matière de gestion des sinistres ?
Dans un marché de l'assurance qui est devenu mature, qui se transforme certes, mais qui ne croît pas, nous faisons face à des évolutions auxquelles nous devons nous adapter, en matière de processus de gestion notamment, un sujet sur lequel nous souhaiterions travailler de façon plus collégiale avec nos clients afin de mieux répondre à leurs exigences de performances.

SON PARCOURS

Yann de Mareuil est président de la Fédération des sociétés d'expertise depuis janvier 2013.

  • 1972-1982 Fonctions administratives et financières dans divers secteurs.
  • 1983-1988 Expert au cabinet des Moutis.
  • 1989-1998 Expert associé des cabinets Moulin puis Francexpert (qu'il a fondé).
  • 1998-2012 Expert associé de Gab Robins, PDG de Gab Robins Francexpert Accel, puis de Cunningham Lindsey France.
  • 2013 Président du conseil d'administration de Cunningham Lindsey France.

Quel bilan tirez-vous de l'année 2013 ?
En risques d'entreprise, il y a des besoins en responsabilité civile et en risques techniques. Les parts de marché évoluent, mais fondamentalement, nous n'enregistrons pas d'augmentation d'activité importante, sauf peut-être en protection juridique. En risques de masse, l'activité a baissé par rapport à 2012, une année marquée par un hiver rigoureux. Comparée aux schémas antérieurs, la situation reste donc équilibrée. Dans l'ensemble, les acteurs évoluant à la fois sur les risques des particuliers, des entreprises et en construction ont pu faire face à la contraction de l'activité en 2013.

Après une période marquée par des concentrations, le secteur de l'expertise est-il aujourd'hui entré dans une nouvelle phase ?
Comme les assureurs et les courtiers, les sociétés d'expertise vont inévitablement continuer à évoluer. Le marché nous y pousse. Mais à mon sens il n'y a pas de modèle unique. À côté des acteurs de taille importante qui se développent en France et à l'étranger, il y aura toujours de la place pour des cabinets spécialisés. Certaines sociétés d'expertise sont adossées à des investisseurs extérieurs, d'autres sont détenues par leurs fondateurs - ou leurs successeurs - et par de nouveaux associés. Certaines structures ont choisi de n'avoir que des salariés comme actionnaires. La force du management compte aujourd'hui plus que les modes juridiques d'organisation. À l'avenir, se poseront sans doute des questions pour les actionnaires de cabinets qui s'apprêtent à quitter le métier. Mais rien n'est écrit. Tout est possible. Il est certain qu'un bon équilibre économique, attrayant pour les investisseurs, permet et permettra d'accompagner l'adaptation de notre métier.

Depuis votre élection à la présidence de la FSE il y a un an, comment a évolué l'organisation ?
En 2013, nous avons accueilli six nouveaux adhérents : Anthore, Cristalis, GM Consultant, Groupe CET, Naudet DB et A, des sociétés d'experts dits « de compagnie », plus ou moins spécialisées, mais aussi le cabinet Roux, qui intervient pour le compte d'assurés. La fédération réunit désormais vingt adhérents et représente plus de 80% du marché. L'un des changements majeurs pour la FSE, qui ne disposait pas jusqu'ici de permanent, c'est aussi l'arrivée d'Arielle Rousselle au poste de déléguée générale. Par ailleurs, nous avons lancé de nouveaux chantiers sur les catastrophes naturelles et sur la future convention d'indemnisation des sinistres immeubles.

En quoi consiste ce projet mené par la FFSA et le Gema, et comment la FSE y est-elle associée ?
Le projet porte sur l'indemnisation des sinistres touchant des immeubles, des dossiers qui sont source d'insatisfaction pour les assurés parce qu'ils font intervenir de nombreux acteurs, assureurs des locataires, des syndics, des entrepreneurs, des propriétaires, etc., ainsi que leurs experts respectifs. À l'origine, l'objectif est de simplifier la gestion des sinistres, comme cela se pratique déjà pour les dégâts des eaux dont le montant est inférieur à 1 600 €, dans le cadre de la convention Cidre. À terme, cela devrait se traduire par la mise en place d'une expertise unique pour certaines typologies de sinistres. Le projet n'en est qu'au stade des discussions entre les assureurs, mais nous souhaitons être associés dès que possible à la mise en oeuvre, car cela aura des conséquences importantes pour la profession, dans toutes ses dimensions.

Au niveau économique aussi ?
C'est difficile à dire tant que nous ne disposons pas des textes. Qui dit expertise unique, dit moins de dossiers. Mais cela ne signifie pas qu'il y aura moins de travail pour les experts en matière d'identification des causes et de chiffrage des dommages. L'une des questions qui se posent c'est comment, à l'avenir, sera appréciée l'intervention de l'expert d'un point de vue économique. D'autre part, rien ne dit que ce projet ne va pas induire des changements dans le fonctionnement général de l'indemnisation. La mise en place d'une nouvelle convention peut modifier le marché de manière importante, sans compter les besoins en formation que cela va entraîner, à notre niveau, mais aussi pour les services indemnisation des assureurs et pour les intermédiaires.

« À côté des acteurs de taille importante qui se développent en France et à l'étranger, il y aura toujours de la place pour des cabinets spécialisés. » « La profession a globalement une bonne image, mais il nous faut l'entretenir et la renforcer. »

Dans le domaine des catastrophes naturelles, sur quoi travaillez-vous ?
Nous avons créé une commission cat' nat' afin de préparer la profession à la survenance d'un événement majeur tel qu'un séisme ou une inondation de grande ampleur. La profession a des contacts avec la sécurité civile, mais nous souhaitons aller plus loin afin d'identifier les difficultés qui surviendront dans de telles situations et définir des modalités d'action. Les experts pourraient-ils bénéficier de laissez-passer pour se rendre sur les sites sinistrés, quelles sont les possibilités d'intervention de la profession au regard du droit du travail, comment, en situation de crise, gérer l'affectation des missions en accord avec les assureurs ? Autant de questions sur lesquelles nous travaillons.

Dès sa création, la FSE a lancé des travaux portant sur la convention collective. Où en êtes-vous ?
Notre convention collective, qui a été élaborée il y a une cinquantaine d'années, n'est plus adaptée aux modifications qu'a connues le métier. Son évolution représente un très long travail, qui touche à la classification des métiers, à la formation, mais aussi aux possibilités d'intervention dans ces moments particuliers que sont les catastrophes naturelles. Nous sommes en train de travailler sur la définition des emplois repères avec un cabinet extérieur et venons de signer un accord avec Agefos-PME pour la formation. Nous devrions achever les travaux en 2015.

« Nous travaillons à identifier les difficultés qui surviendront en cas de catastrophe de grande ampleur et à définir des modalités d'action. »

Pourquoi l'amiante a-t-elle fait l'objet de plusieurs initiatives de la part de la FSE ?
C'est un sujet qui s'est imposé à nous du fait des évolutions juridiques. En tant que professionnels pouvant être exposés à des fibres d'amiante, les experts doivent se conformer à de nouvelles mesures de sécurité. Nous nous sommes mis en règle en aidant les adhérents à se doter des protections adaptées et à acquérir les bons comportements face à ce risque, mais aussi en élaborant une formation destinée aux experts. À ce jour, 1 500 d'entre eux ont été formés. Par ailleurs, l'évolution de la réglementation a des incidences sur les délais et les coûts d'indemnisation, mais aussi sur les relations avec les assurés. Comment sont pris en charge les frais de confinement ou de relogement en cas de détection d'amiante dans des bâtiments endommagés ? Quel langage devons-nous tenir aux assurés ? Ce sont des sujets sur lesquels nous travaillons avec les assureurs.

Comment abordez-vous les deux prochaines années de votre mandat ?
La fédération est encore jeune, mais il me semble important, au moment où elle s'élargit, de préciser ses fondements et ses raisons d'être afin de les inscrire dans la durée. Lors de la prochaine assemblée générale, nous allons soumettre au vote un texte moral qui abordera les relations entre adhérents, le travail des commissions, les relations sociales au sein de nos entreprises, les aspects économiques de notre métier, mais aussi les relations avec l'extérieur, les autres familles de l'assurance, mais aussi le monde économique, politique et administratif. Hors assurance automobile et dossiers suivis en direct par les assureurs, la profession gère en moyenne deux millions de sinistres par an, touchant des familles, mais aussi des entreprises. De ce fait, les experts sont en contact direct ou indirect, en France, avec huit à dix millions de personnes par an. La profession a globalement une bonne image, mais il nous faut l'entretenir et la renforcer. Les experts, comme tous les professionnels de l'indemnisation, exercent un métier fort, car ils interviennent à un moment où il convient d'aider les assurés à se rétablir et à avancer.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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