Michel Clerc (Médicis) : « Nous avons appris à vivre avec Solvabilité 2 »

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Le contexte économique et financier pèse sur les résultats de Médicis. Son directeur général détaille la stratégie et les partenariats de cette mutuelle spécialisée dans la retraite des indépendants.

Michel Clerc Directeur général de Médicis
Michel Clerc Directeur général de Médicis
photos : LAETITIA DUARTE
INTERVIEW  

Argus de l'Assurance : Comment se porte la mutuelle Médicis ?

Michel Clerc (Médicis) : Nous vivons un moment complexe de notre histoire. Comme tous les assureurs retraite, l’environnement de taux bas ne nous permet plus de construire des rentes de même quali­té que celles proposées hier. Nous avons, en outre, atteint le pic de sortie des babyboomers. Les clients qui partent aujourd’hui à la retraite n’ont jamais été aussi nombreux. À cela s’ajoute un élément propre à notre cible : depuis 2008, les commerçants et les artisans sont les populations les plus touchées par la crise. Leurs trésoreries restent très tendues. Dans ce contexte, nous ne nous en sortons pas aussi bien que nous le voudrions, notre chiffre d’affaires est en légère baisse depuis quatre ans. Nous avons, en retour, considérablement renforcé notre qualité de service, avec des résultats probants et vérifiés.

Les contraintes imposées par Solvabilité 2 ont-elles également un impact sur votre résultat et votre activité ?

Solvabilité 2 (S2) – dont l’objectif est de garantir une gestion saine et efficace de l’activité des acteurs du monde de l’assurance – est une réglementation qui nous a fait, et devrait nous faire beaucoup progresser au cours des prochaines années. Pour autant, cela reste une directive très consommatrice d’investissements financiers et humains. Les contraintes imposées ne tiennent pas suffisamment compte de la taille des acteurs. Nous avons quasiment les mêmes obligations qu’une grande compagnie, sauf que nous n’avons pas les mêmes moyens. Prenons l’exemple de la gouvernance. Nous sommes une mutuelle, régie par le Code de la mutualité. À ce titre, nous avons des élus réputés bénévoles. Or, si la réglementation S2 donne plus de responsabilités aux administrateurs, elle nécessite aussi un plan de formation conséquent de ces élus. Résultat, nous sollicitons de plus en plus ces bénévoles, qui rappelons-le, ont un métier à côté pour la plupart d’entre eux. C’est un problème à réformer d’urgence ! À terme, il ne faudrait pas que nous dépensions trop de nos ressources à rendre des comptes, alors que notre métier consiste aussi et avant tout à servir nos clients.

La création des Fonds de retraite professionnelle supplémentaire (FRPS) n’est-elle pas une solution pour faire face aux contraintes imposées par S2 ?

Ce n’est effectivement pas un mauvais dispositif, car depuis toujours, nous disons que Solvabilité 2 n’est pas adapté aux risques longs. Avec les FRPS, nous pourrions apprécier différemment les exigences quantitatives sur les provisions et les fonds propres imposées dans S2. Nous regrettons néanmoins que cette réforme ne soit pas intervenue plus tôt en France – en 2006 lors de la directive IRP – et qu’elle ne concerne pas tous les produits retraite. Le Perp, qui est l’autre produit que nous proposons chez Medicis, n’est pas dedans. C’est dommage de ne pas l’avoir intégré aux FRPS, car à nos yeux, c’est le seul produit de retraite supplémentaire universel en France. Le laisser exposé intégralement à S2, dans un univers de taux bas, ne devrait pas favoriser son développement. D’autres pays de l’Union européenne n’ont, eux, pas manqué cette occasion et considéré économiquement les produits retraite, au-delà du caractère professionnel ou personnel.

SON PARCOURS

Diplômé de l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble II, ainsi que de l’École nationale supérieure de Sécurité Sociale (EN3S), Michel Clerc a fait toute sa carrière dans le monde de la retraite des indépendants.

  • 1990 Chef de département marketing et développement à Organic complémentaire, caisse de retraite complémentaire des commerçants (Sécurité sociale).
  • 1995 Directeur d’Organic Champagne-Ardenne.
  • 1999 Directeur d’Organic complémentaire.
  • 2004 Directeur général de Médicis, mutuelle de retraite des indépendants du commerce, de l’industrie et des services.

Comptez-vous transférer vos engagements de retraite Madelin dans un FRPS ?

A priori, nous avons l’ADN d’un FRPS. Nous avons participé au groupe de travail à Bercy, mais aujourd’hui nous restons pragmatiques. Depuis l’entrée en vigueur le 1er janvier 2016 de Solvabilité 2, nous avons déjà investi beaucoup de temps et d’argent dans ce cadre régle­mentaire. Nos équipes n’ont pas chômé. Transférer à présent nos engagements de retraite Madelin dans un FRPS reviendrait à casser à nouveau nos modèles. Une mutuelle à taille humaine comme la nôtre doit, plus que d’autres, peser ce type de décision et les moyens financiers et humains pour reconstrui­re un dossier qui impacterait le fonctionnement global de notre entreprise. Nous avons appris à vivre avec Solvabilité 2, et surtout cette norme prudentielle reste cohé­rente. Ce qui n’est pas encore le cas des FRPS, qui portent une réglementation hybri­de S1/S2. Voilà pourquoi nous prenons notre temps dans ce dossier, surtout que la démonstration n’a pas encore été faite que les FRPS permettront à terme de construire de meilleures retraites Madelin pour nos clients. Comme une clause de revoyure sur S2 – durant laquelle le paquet branches longues sera certainement retravaillé – est prévue entre 2018 et 2020, et comme la fenêtre de tir sur les FRPS s’étend jusqu’en 2022, rien ne sert de nous précipiter !

Espérons que la mise en application de DDA, la directive sur le devoir de conseil, nous aide à renforcer cette relation client.

Sur quels axes travaillez-vous pour satisfaire vos clients ?

Nous misons beaucoup sur la relation client. Très pris par leurs métiers, les commerçants et les artisans sont rarement conscients des offres proposées sur le marché, voire n’utili­sent jamais le plein potentiel des solutions qu’ils achètent. En matière de retraite notamment, c’est très perfectible. Les commer­çants ont parfois le sentiment qu’ils devront retarder leur départ à la retraite, au risque de voir leur pouvoir d’achat chuter. À nous de leur faire prendre conscience que des produits sont adaptés à leurs besoins. D’ailleurs, espérons que la mise en application de DDA, la directive sur le devoir de conseil, nous aide à renforcer cette relation client.

Avez-vous l’intention d’investir de nouveaux segments ?

Nous sommes attentifs au développement du viager mutualisé, solution considérée aujourd’hui comme crédible au problème du financement des retraites. Autre sujet que nous observons : la dépendance. L’espérance de vie augmente en France. Conséquence de quoi, la taille de la population dépendante devrait exploser dans les 50 prochaines années. Pour faire face à ce risque, notre pays devra, un jour ou l’autre, déployer un nouveau dispositif. On s’intéresse donc à ce segment, sur lequel nous échangeons régulièrement avec nos partenaires qui sont des acteurs santé pertinents pour vendre de la dépendance. Chez Médicis, nous n’avons en tout cas aucune vocation à devenir généraliste. Si diversification il devait y avoir, elle ne se ferait que par l’intermédiaire des partenariats que nous avons.

Quels sont justement vos partenaires ?

Au travers de la distribution de nos produits, nous sommes historiquement liés à la Macif, Mutavie et Mapa Assurances. Depuis un an, nous sommes partenaires d’Apivia, elle aussi entité du groupe Macif. Au sein de cette famil­le, notre vocation est d’être le spécialiste des rentes pour une population bien ciblée. Les relations nouées avec ces acteurs sont toutefois loin d’avoir donné leur plein potentiel. La Macif s’est notamment engagée dans une stratégie de développement en direction du marché des professionnels. Nous avons l’intention de mieux l’accom­pagner dans cette démarche.

Des rapprochements avec ces acteurs, sous la forme d’une intégration, par exemple, sont-ils envisageables ?

À ce jour, ce n’est pas un sujet. Maintenant, il est vrai que nous sommes très liés à la Macif et à Mapa Assurances. Nous avons volontairement des élus communs, nos liens politi­ques sont puissants. Nous avons également des liens économiques qui vont au-delà des structures consistant à vendre nos produits. Avec Mapa Assurances, nous avons créé un centre d’appels commun. De fait, même si nous sommes très attachés à notre auto­nomie, nous ne devons pas confondre indépendance et isole­ment. La capacité d’un acteur moderne de l’assurance est de savoir bien s’entourer et de savoir réussir ses partenariats, au profit de ses sociétaires. À nous de faire les bons choix.


Michel Clerc

Michel Clerc

Directeur général de Médicis

Michel Clerc est né en 1965. Diplôme de Sciences politiques. Diplôme de l'École nationale supérieure de sécurité sociale (EN3S). 1995-2001 : directeur régional de la [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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