« Sans parler de plan social, l’année 2017 s’annonce compliquée »

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Environnement de taux bas, instauration du prélèvement à la source, réforme des régimes de retraite en points... La Caisse nationale de prévoyance de la fonction publique (Préfon) s’attend à voir sa solidité mise à l’épreuve. Pour autant, son DG, Christian Carrega, veut miser sur les partenariats de distribution pour renforcer son régime.

Christian Carrega
Directeur général de Préfon
Christian Carrega Directeur général de Préfon
INTERVIEW  

Pourquoi vous êtes-vous mobilisés auprès de Bercy fin décembre ?
Alors que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu (IR) n’est prévu que pour 2018, nous nous sommes rendu compte, dès l’autom­ne, que les modalités d’exécution de cette réforme allaient avoir un impact sur l’épargne retraite en 2017. Les épargnants qui effectuent des versements sur les Perp, Préfon, Madelin, et autres article 83, bénéficient d’une baisse d’impôt liée à la baisse du revenu imposable. L’année de transi­tion (2017) qui annule le montant de l’impôt dû au titre des revenus 2017, via un crédit d’impôt spécifique (le CIMR) rend inintéressant la cotisation à l’épargne retraite. Il n’y a pas intérêt à réduire son revenu imposable pour payer moins d’impôt… si l’impôt n’est pas payé. Bien sûr, en 2018, tout redevient comme avant, mais l’année 2017 est problématique. Nous avons essa­yé d’alerter le gouvernement. Malheureusement sans succès, Bercy n’a pas souhaité ajouter une mesure d’ac­compa­­gnement à son texte pour maintenir l’avantage fiscal lié aux versements sur les contrats d’épargne retraite. Il nous semble qu’il y a là une rupture d’égalité devant l’impôt, puisque les crédits d’impôt et réductions d’impôt sont maintenus.

Quelles sont les conséquences de cette réforme pour la caisse de retraite complémentaire des fonctionnaires ?
C’est un coup dur qui s’abat sur notre institution, mais c’est aussi le cas des acteurs qui commercialisent les Perp. Préfon-Retraite collec­te 350 M€ de cotisations chaque année. Néanmoins, pour le régime et ses affiliés, il n’y a pas de conséquences en termes de solidité. Le manque à gagner est pour notre structure, puisque nos recettes sont indexées sur la collec­te. Si aucune cotisation ne rentre, nous devons néanmoins faire face au frais, par exemple, les salaires des 20 collaborateurs qui constituent la structure Préfon-Retraite. De ce fait, sans pour autant parler de plan social, 2017 s’annonce compliquée. C’est fâcheux, car à l’image de l’épargne retraite en France, nous étions plutôt sur une pente ascendante.

SON PARCOURS

Diplômé d’une maîtrise de sciences économiques à l’université d’Aix-Marseille, Christian Carrega débute sa carrière, il y a trente ans, dans le secteur bancaire. Il dirige la Caisse nationale de prévoyance de la fonction publique (Préfon) depuis huit ans.

  • 1987 Directeur d’agence, puis chef de produits marketing chez Paribas.
  • 1998 Chef des ventes chez Perspectives Patrimoine Groupama.
  • 1999 Directeur BtoC au sein de la banque Entenial.
  • 2004 Directeur produits et ventes du Crédit social des fonctionnaires.
  • 2009 DG de Préfon.

C’est-à-dire ?
D’après les chiffres du ministère des Finances, la progression de l’épargne retraite s’élève à 37 % depuis 2007 dans l’Hexagone. Les deux réformes des retraites (2010 et 2013) ont créé un appel d’air, révélant un besoin d’épargner des Français. Chez nous, les affiliations ont augmenté de 98 % depuis 2009. Comme cela est indiqué dans notre dernier rapport de gestion, notre régime est solide financièrement et reste le premier support d’épargne retraite individuelle facultative en France. En vision économique, le taux de couverture du régime Préfon était de 107 % au 31 décembre 2016. La valeur de nos actifs dépasse les 16 Md€, en progression d’1 Md€ par rapport à l’exercice précédent.

Autant dire que cette réforme risque de mettre un sévère coup de frein à ces bons résultats.

Dans ce contexte, comment appréhendez-vous la réforme qui risque d’impacter Préfon, à savoir celle sur la réglementation des régimes de retraite supplémentaire en points (branche 26), inscrite dans la loi Sapin 2 ?
Concernant cette réforme, nous sommes très satisfaits du travail effectué par le Trésor ! Dans un souci de transparence et d’information du consommateur, nous voulions qu’il y ait une harmonisation des codes. Les règles ne sont, en effet, pas les mêmes entre un régime en points issu du code des assurances, un relevant du code de la mutualité et un dernier dépendant du code de la Sécurité sociale. Dans le code des assurances, il est écrit qu’un régime en points garantit que la rente ne baisse­ra jamais. Or, dans le code de la mutualité, cette contrainte n’existe pas. Il y avait une distorsion de concurrence entre les acteurs, que l’ordonnance sur la branche 26 va corriger. Nous avons obtenu que cette baisse de rente – désor­mais possible quel que soit le code dans lequel le régime est inscrit – soit réglementée. Cette diminution ne pourra pas être imposée par les assureurs. Il n’y a que l’association souscriptrice du régime – comme Préfon (1) – qui pourra l’autoriser. De ce fait, la pro­messe faite à nos affiliés, à savoir que la rente est définitivement acquise et que son montant ne peut pas baisser, sera maintenue. Bien que la loi ait été promulguée, il faut attendre que les décrets passent devant le conseil d’État. Autant dire que cette réforme n’entrera pas en vigueur avant 2018, ce qui à nos yeux, est un peu tard au regard du contexte actuel de taux d’intérêt bas et de faible inflation.

Notre régime est solide financièrement et reste le premier support d’épargne retraite individuelle facultative en France.

Comment Préfon fait face aux taux bas ?
Lorsque les taux sont bas, le passif – autrement dit le poids des rentes à venir – coûte plus cher. Et les rendements que nous avons sur les marchés sont forcément moins élevés. Pour amélio­rer à long terme le rendement, le consortium des assureurs a diversifié ses place­ments en développant les investissements en matière d’immobilier et d’infrastructure. Autre stratégie adoptée : le conseil d’admi­nistration est engagé dans une démar­che d’Investissement socialement responsable (ISR) et nous poussons les assureurs en ce sens. Nous publions, depuis 4 ans, des indicateurs ESG (NDLR : environnementaux, sociaux et de gouvernance), nous avons adopté des principes d’engagement pour amorcer le dialogue avec les émetteurs présents dans le portefeuille du régime et identifiés comme étant à risque en termes de pratiques environnementales, sociales et de gouvernance. Cette démar­che ISR est un bon moyen de sécuriser le régi­me sur le long terme.

Notre objectif est d’offrir la solution Préfon-Retraite au plus grand nombre d’agents de la fonction publique.

Dans le cadre de votre stratégie de développement, comptez-vous nouer aussi des partenariats ?
Nous sommes aujourd’hui le seul régime d’épargne retraite dédié à la fonction publique qui soit solide. Notre objectif est d’offrir la solution Préfon-Retraite au plus grand nombre d’agents de la fonction publique. Comme nous n’avons pas de réseau commercial, la seule façon d’accroître notre distribution – en dehors d’Internet – est de nouer des alliances. Nous multiplions, ainsi aujourd’hui, les partenariats avec le monde mutualiste. Via la Mutuelle nationale territoriale (MNT), avec qui nous, sommes partenaires depuis plusieurs années, nous venons de rentrer en tant qu’auditeur au conseil d’administration de Territoires d’avenir, le pôle mutualiste créé par la MNT et Smacl Assurances. Nous avions un accord de distribution avec le groupement militaire de prévoyance des armées (GMPA), nous som­mes donc, naturellement, devenus membre de la fédération Tégo constituée par le GMPA et l’Association générale de prévoyance militaire (AGPM). Nous avons des discussions également avec d’autres mutuel­les, MCDef, par exemple, mais aussi Unéo. Nous avons également noué des partenariats avec des réseaux bancaires de l’économie socia­le tels que le Crédit municipal de Bordeaux et d’Avignon. Enfin, nous venons de signer un partenariat avec Sofaxis, un courtier très présent dans la fonction publique territoriale.

CNP Assurances est le gestionnaire administratif, technique et financier du régime Préfon-Retraite. Des partenariats avec l’assureur ne sont-ils pas envisageables ?
Une des priorités du président de l’association Préfon, Denis Lefebvre, est de développer les services. Pour ce faire, nous sommes en discus­sion très avancée avec Lyfe, la plateforme digitale de services créée par CNP Assurances. Lyfe était, jusqu’à présent, très orientée santé. Elle va, grâce à Préfon, s’élargir à la prévoyance et à la retraite. En 2017, nous souhaitons proposer à nos affiliés un bouquet de services dédié à la retraite, accessibles en ligne via la plateforme de CNP Assurances.

Une alliance avec l’Union mutualiste retraite (UMR) est-elle également possible ?
Il y a plusieurs mois, nous avons discuté avec l’UMR pour étudier la possibilité de se rappro­cher. Nous avons finalement abandon­né cette idée, car nos modèles sont trop différents. Malgré la réforme sur les branches 26, notre modèle assurantiel n’est pas compatible avec leur modèle mutualiste. En outre, avec la baisse des rentes du Corem (2), le capital confiance de l’UMR a été entamé. En termes d’image, le conseil d’administration de Préfon a considéré que ce rapprochement n’était pas opportun.

 

(1) Le risque de Préfon-Retraite est porté par CNP Assurances, Allianz, Axa et Gan-Groupama.

(2) Suite à la lecture de cette interview, Paul Le Bihan, directeur général de l'UMR, a souhaité apporter une précision : « L’UMR n’a jamais mis en œuvre de baisse de la valeur de service du point Corem entrainant une réduction du montant de la rente des adhérents ».



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article extrait de l’argus de l’assurance

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