Serge Jacquet (Mutuelle France et Solimut) : «On ne peut plus couvrir que le marché de la santé»

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À l’heure de Solvabilité 2, le président du groupe Solimut mène une stratégie de croissance et de diversification tout en continuant de défendre des valeurs qui sont celles des mutuelles de travailleurs.

Serge Jacquet, Président de Mutuelle de France Plus et de Solimut
Serge Jacquet, Président de Mutuelle de France Plus et de Solimut

Comment évolue l’union mutualiste de groupe (UMG) Solimut créée en 2012 ?

Elle est passée de six à dix mutuelles membres. Parmi ces dix figurent la Mutuelle de France Plus, qui est la plus importante et que je préside, ainsi que la Mutuelle de France Prévoyance, qui avait comme son nom l’indique, un agrément prévoyance au service de l’ensemble des Mutuelles de France (FMF). Ces deux organismes ont décidé de fusionner lors de leurs assemblées ­générales en juin 2015. Le dossier a été ­déposé à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), et nous espérons avoir l’arrêté de fusion dans les premiers jours de décembre. Cette fusion donnera naissance à Solimut Mutuelle (300 M€ de CA) qui sera le socle de l’UMG (370 M€ de CA) du même nom. Quant à cette dernière, il ne reste que peu de travaux à finaliser pour être reconnue comme un groupe prudentiel. Nous sommes dans le calendrier de la mise en œuvre de Solvabilité 2.

SON PARCOURS

Né en 1958, Serge Jacquet est préparateur en pharmacie et diplômé de gestion et de pharmacie vétérinaire. Au-delà de ses fonctions au sein du groupe Solimut, il est également vice-président de l’UGM Solead, vice-président de la fédération des Mutuelles de France et vice-président de la Mutualité Française PACA.
  • 1974 : exerce en pharmacie d’officine.
  • 1983 : maire des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône).
  • 1993 : pharmacie mutualiste du Lycée, à Marseille.
  • 2006 : secrétaire général des Mutuelles de Provence.
  • 2007 : présidence de Mutuelle de France Sud, puis de la Mutuelle de France Plus (2010). 
  • 2012 : président de Solimut

Quel est l’intérêt d’une fusion au sein de l’UMG ?

La nouvelle mutuelle portera les deux agréments. Cela nous permettra de faire du développement sur l’ensemble des champs de la mutualisation. On ne peut plus couvrir que le marché santé, qui ne sera d’ailleurs plus la seule porte d’entrée dans nos mutuelles. ­Au-delà de notre cœur de métier, la diver­­sification est essentielle. Nous travaillons avec des partenaires, comme Matmut pour l’Iard, Apicil pour l’épargne depuis l’an dernier, ainsi que le groupe Crédit mutuel pour un produit spécifique en dépendance. La diversification nous permet aussi de faire vivre notre réseau d’agences.

"Nous avons réussi à nous adapter à l’évolution du marché et à celle de la situation politico-sociale pour y répondre de la meilleure façon."

Pourquoi vous engagez-vous en parallèle dans un rapprochement avec Adréa, Apreva et Eovi-MCD ?

À côté de la création de Solimut en 2012, nous avons constitué avec Adréa, Solead, une union de groupe mutualiste [NDLR : UGM, non prudentielle]. La vocation n’était pas de combiner les comptes mais de mettre des outils en commun pour nous développer. Cela nous a permis de nous positionner ­ensemble sur un certain nombre de contrats collectifs. De leur côté, Adréa, Apreva et Eovi-MCD ont décidé de constituer une UMG prudentielle. Comme nous étions associés avec Adréa dans Solead, ils nous ont proposé de travailler ensemble. Cela nous a intéressés et nous nous sommes orientés vers la création d’une nouvelle UMG à quatre, qui sera un groupe prudentiel de deuxième niveau. C’est un peu difficile avec l’ACPR puisqu’il faut combiner la mise en œuvre de Solvabilité 2 et les nouvelles règles des UMG. L’ACPR ­établit sa doctrine en avançant avec nous comme avec les autres acteurs du marché, et il y a quelques retards. Ce que nous avions prévu pour 2015 interviendra plutôt en 2016. C’est donc pour acter du fait que nous ­travaillons tout de même ensemble que nous avons invi­té Eovi-MCD et Apreva à nous ­rejoindre dans l’UGM Solead avec Adréa. Cela s’est concrétisé début septembre dernier, suite aux votes de leurs assemblées générales respectives.

"Malgré le nombre de fusions, nous sommes une mutuelle nationale qui a su préserver l’ancrage dans les territoires."

Les groupes prudentiels amènent-ils une forme d’abandon de souveraineté pour les mutuelles membres ?

Non. Il y a deux exigences majeures. La première est que l’ensemble des mutuelles au sein de l’union combinent et consolident leurs comptes. La deuxième est qu’il y ait une mutuelle tête de groupe possédant une stratégie d’influence. Cette notion de stratégie d’influence vise à garantir que ce que nous décidons ensemble sera bien appliqué.

Votre UMG à quatre sera donc au-dessus de l’UMG Solimut ? Allez-vous faire une UMG d’UMG, de la manière qu’il y aura des Sgam de Sgam * ?

Sans aucun doute. Nous travaillons, en liaison avec l’ACPR, sur une forme qui doit permettre à l’ensemble des mutuelles de Solimut d’intégrer l’UMG avec Adréa, Apreva et Eovi-MCD. Cela pourrait être une « UMG d’UMG », mais ce n’est pas encore sûr. L’essentiel pour nous est de concrétiser notre ambition d’être le deuxième groupe mutualiste français.

Vous êtes devenu un professionnel des fusions…

Si l’on remonte à 2004, j’en suis à ma vingt-deuxième fusion. Il y a eu la Mutuelle de France Sud dans les Bouches-du-Rhône, qui est le résultat du rapprochement, dans un premier temps, de 13 mutuelles, avec l’intégration d’autres mutuelles par la suite. En 2010, nous nous sommes rapprochés des Mutuelles Santé Plus en Rhône-Alpes pour constituer Mutuelle de France Plus. Ensuite, nous avons fusionné des mutuelles locales et d’entreprises, pour en arriver à la structure actuelle qui va devenir Solimut Mutuelle.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce mouvement de concentration ?

Un côté vertigineux. Mais nous avons réussi à nous adapter à l’évolution du marché et à celle de la situation politico-sociale pour y répondre de la meilleure façon. J’ai toujours eu beaucoup de confiance dans ce que nous engagions et je me rends compte aujourd’hui que nous avons des résultats. Nous avons préservé des contrats existants, gagné de nouveaux comme ceux de la régie des transports de la ville de Marseille, de la prévoyance des salariés de l’Aéroport de Marseille-Provence. Nous sommes aussi présents sur le champ des mutuelles communales, avec quatre ou cinq contrats, dont celui de Briançon et de la communauté d’agglomération du pays briançonnais au travers de Solead. C’est une première satisfaction. La seconde est que, malgré le nombre de fusions, nous sommes une mutuelle nationale qui a su préserver l’ancrage dans les territoires. Cela me paraît essentiel, car c’est un des critères qui nous permet de répondre aux besoins de nos adhérents, qui diffèrent d’une région à l’autre.

Certains, même dans les rangs de la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF), critiquent les mutuelles communales…

Il y a un réel besoin d’accès à la complémentaire santé, et c’est un moyen de permettre à des gens d’y parvenir. L’ANI segmente les populations et exclut certaines, en particulier les retraités, les jeunes en formation ou au chômage. Des maires et des responsables de collectivités désireux de faciliter cet accès à la complémentaire négocient des garanties avec un tarif particulier. Des associations le font aussi. J’ai signé la semaine dernière un contrat avec une association à Port-Saint-Louis-du-Rhône qui permet à ses adhérents d’avoir cet accès à la complémentaire. Est-ce bien ou pas ? L’idéal serait qu’il y ait un contrat permettant à tout le monde d’accéder à la complémentaire santé. Mais les projets du gouvernement, menés sans concertation avec la Mutualité française, ne nous conduisent pas dans cette direction. Le projet de loi de financement de la sécurité sociale PLFSS pour 2016 ne nous laisse pas augurer une complémentaire pour tous et il faut donc trouver des moyens permettant de couvrir le maximum de personnes.

Y a-t-il une rupture entre les mutuelles et le gouvernement ?

Elle vient du fait qu’il y a des années que nous ne sommes plus entendus ni écoutés. Pour plusieurs raisons : la première est la généralisation de la complémentaire santé aux salariés dans le cadre de l’ANI, qui a amené une segmentation qui se prolonge aujourd’hui avec le projet de contrat pour les retraités. Nous avions affirmé qu’il ne fallait plus ­segmenter, nous n’avons pas été entendus. Il y a les taxes, dont François Hollande avait dit qu’il travaillerait à la diminution. Nous en sommes bien loin, puisqu’on nous en a rajoutées avec le forfait médecin traitant, qui est prorogé pour 2016. Nous ne pouvons pas continuer à admettre cela. C’est pourquoi, au sein de Solimut et de la Fédération des Mutuelles de France (FMF), nous avons fait un certain nombre de propositions à l’occasion du 70e anniversaire de la Sécurité sociale et demandons un grand débat public.

Mais la FMF a-t-elle vocation à perdurer, alors que la Fédération nationale de la mutualité interprofessionnelle (FNMI) s’est dissoute et que la Mutualité fonction publique (MFP, mutuelles de fonctionnaires) n’est plus une fédération ?

Historiquement, les Mutuelles de France sont issues des mutuelles de travailleurs. Il est vrai que nous avons ce fondement des valeurs de gauche, proches de la CGT. Ce qui nous importe aujourd’hui, c’est d’être en capacité de continuer à assumer deux choses. La première est la défense de la sécurité sociale sur ses fondements de 1945, la seconde de la moderniser et d’offrir à tous un réel accès aux soins. Et nous avons à cet égard des valeurs et des ­objectifs communs avec nos partenaires, même s’il peut parfois y avoir des différences d’appréciation. La Mutualité est un mouvement social de santé, pas politique ni syndical. 



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article extrait de l’argus de l’assurance

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