Stanislas Di Vittorio (DG d'Assurland) : «Assurland n'a pas fait de lobbying contre les assureurs»

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Le cofondateur du comparateur d’assurances né en 2000, aujourd’hui filiale du groupe Covéa, place au centre des priorités d’Assurland le dialogue avec les assureurs et se démarque de ses concurrents, notamment vis-à-vis de la loi « Hamon ».

Stanislas Di Vittorio, directeur général d’Assurland.
Stanislas Di Vittorio, directeur général d’Assurland.
photos : LAETITIA DUARTE

Quel est le positionnement d’Assurland ?
Assurland est le pionnier historique des compa­rateurs, qui ne sont pas des courtiers traditionnels mais des agrégateurs. Assurland a inventé ce métier, avant même qu’il n’apparaisse en Grande-Bretagne, où le marché s’est cependant développé plus rapidement.

Nous ne sommes pas basés sur une politique tarifaire. D’ailleurs, historiquement, nos pages de restitution proposaient cinq offres, avec l’ensemble des garanties de la police indiquées. Vers 2010, l’arrivée de la concurrence nous a forcés à évoluer vers un modèle davantage anglo-saxon [axé sur les prix, NDLR]. Mais aujourd’hui, concernant les assurés qui recherchent le meilleur prix, les comparateurs ont fait le plein et essaient d’être plus attractifs dans un rapport qualité-prix. La progression est réelle mais lente, car tant que les panels de partenaires assureurs seront axés sur des offres directes, le succès restera limité.

Quel est votre modèle économique ?
Nous acquérons du trafic soit via le marketing on line soit via des internautes qui viennent directement sur notre site. Lorsqu’un visiteur souhaite être mis en relation avec un assureur, nous lui proposons différents canaux : mail, téléphone ou courrier. Nous sommes rémunérés au moment où le prospect prend contact avec l’assureur. Sur l’auto, nous recevons entre 15 et 20 € en moyenne par prospect.

« Assurland est indépendant, Covéa est traité au même titre que les autres partenaires. »

Qui sont les partenaires assureurs d’Assurland aujourd’hui ?
Nous avons beaucoup de partenaires [64, NDLR], mais sommes loin d’être exhaustifs. Par exemple, sont encore absents la Maif, Macif, Groupama, Matmut, les bancassureurs. Nous restons également pauvres en assureurs de réseaux, qui ne veulent pas que la restitution soit focalisée sur les prix. Notre question fondamentale : savoir quel modèle donnera aux grands assureurs le sentiment que leur offre est mise en valeur. Nous sommes ouverts à un dialogue avec eux pour trouver des solutions. Mais le sujet n’est pour l’heure pas très avancé.

Nous avons des grandes marques du fait de notre actionnariat [Maaf, MMA et GMF]. Cela a un côté positif, mais soulève des interrogations légitimes de la part des assureurs. Ils n’ont pas envie que ce canal soit contrôlé par un concurrent et se demandent dans quelle mesure des tiers pourraient avoir une influ­ence sur la politique d’un comparateur. Mais Assurland est indépendant, Covéa est traité au même titre que les autres partenaires. Il y a quelques années, un process d’introduction en bourse ou alors de cession à un tiers a été lancé. Reste à savoir quand cela se produira.

SON PARCOURS

Stanislas Di Vittorio, 49 ans, est diplômé de Polytechnique et titulaire d’un doctorat du MIT de Boston.
  • 1992 R&D chez Nec (Tokyo, Japon).
  • 1994 Ministère de la Défense.
  • 2000 Cofondateur d’Assurland.
  • 2002 Fondateur de Prima Solutions (progiciel d’assurances).
  • 2004 Fondateur d’ESV Digital (agence conseil en marketing digital).

La loi « Hamon » fera-t-elle venir davantage d’assureurs chez les comparateurs ?
Les comparateurs s’y sont mal pris. La loi « Hamon » constitue le résultat d’un lobbying d’un certain nombre d’entre eux. Or, chercher à trouver un compromis avec les assureurs en commençant par une attaque ne me semble pas être la bonne solution. Il vaut mieux définir ensemble ce que serait la comparaison. Trouver un modèle qui séduise davantage les assureurs signifie tout d’abord respecter leur offre. Cela nécessite un dialogue afin d’élaborer un modèle qui convienne à tous. Chez Assurland, on tend vers cela. Mais le modèle fonctionnera seulement si les assureurs viennent, et les assureurs ne viendront que si le modèle change : ces deux événements doivent être simultanés.

Quel est votre avis sur la loi « Hamon » ?
Il est légitime que le consommateur puisse quitter son assureur quand il le souhaite, cela participe de la liberté du commerce. Mais la loi « Hamon » n’a pas amené la déferlante de résiliations attendue. En France, en moyenne, une police d’assurance auto dure environ six ans. Certains ont pensé qu’en levant les barrières, le marché de renouvellement s’accélérerait. Cela n’a pas eu lieu et n’aura pas lieu avant longtemps, à mon sens. L’une des raisons principales est qu’en France, l’assurance low-cost est faible, les consommateurs français sont attachés à la marque. Ils privilégient deux éléments : les assurances affinitaires d’une part, auxquelles les sociétaires sont fidèles, et le rapport qualité-prix au sein d’un réseau. Cela n’existe pas en Grande-Bretagne, par exemple.

Comment se positionne Assurland sur le marché de la comparaison ?
Le marché de la comparaison est en croissance, mais pas explosive. Je pense avancer un chiffre raisonnable en disant qu’un peu moins de 10 % des contrats proviennent des comparateurs. L’effet d’influence ne cesse de grandir, de plus en plus d’internautes viennent comparer. Nous comptabilisons 6 millions de simulations par an chez Assurland, qui est le leader dans son domaine, notamment en IARD, son cœur de métier. Avant, il n’y avait que nous, puis des concurrents sont arrivés. Je n’ai pas de chiffres à communiquer concernant nos parts de marché, et aucun comparateur ne le fait. Pour notre part, nous avons choisi de rester profitables, mais d’autres acteurs ont opté pour des stratégies différentes, en investissant massivement dans la télé.

Pourquoi observe-t-on autant d’opacité sur le marché des comparateurs ?
C’est de la faute des concurrents ! Nous avons communiqué nos chiffres jusqu’en 2012, car il y avait moins de concurrence. Mais désormais, ces informations ont de la valeur, et je ne veux pas donner d’avantage aux autres comparateurs. Concernant ces derniers, la vraie question est de savoir ce qu’il se passera quand ils arrêteront de faire de la télé. Mais je ne leur souhaite que du bien !

Lelynx et Comparadise ont créé le groupement des comparateurs d’assurances. Seriez-vous prêt à les rejoindre ?
Pour faire partie d’un groupement, il faut avoir une vision commune de la direction dans laquelle on souhaite s’engager. Je ne suis pas certain que ce soit le cas. Assurland a toujours voulu mettre les offres des assureurs en valeur et n’a pas fait de lobbying contre certains. Nous estimons qu’un comparateur ne peut pas prospérer si sa base de valeur est axée vers le consommateur au détriment des assureurs, et vice-versa. Il faut trouver l’équilibre.

« Nous avons choisi de rester profitables, mais d’autres acteurs ont opté pour des stratégies différentes, en investissant massivement dans la télé. »

Quel doit être le rôle des pouvoirs publics vis-à-vis des comparateurs ?
Ce n’est pas un domaine qui doit être réglementé davantage que ça ne l’est déjà. L’inscript­ion à l’Orias et le statut de courtier qui en découle me semblent pertinents. Les compa­rateurs doivent respecter les règles existantes, mais une réglementation spécifique me semble indue. Ensuite, il n’est pas légitime de demander aux pouvoirs publics de réglementer pour faire venir les assureurs, c’est le droit de ces derniers que de ne pas participer.

Quel est votre sentiment concernant les critiques récurrentes du Gema vis-à-vis des comparateurs, objectant que vous n’êtes que des « afficheurs de prix » ?
Je comprends le Gema. Je comprends qu’un assureur, qui doit tenir un équilibre garanties-prix-services, estime que l’affichage actuel ne mette pas suffisamment en valeur l’offre proposée. à l’inverse, le Gema doit comprendre que les comparateurs ne pourront faire évoluer leur modèle que dès lors que les assureurs participeront : c’est donnant-donnant.

Vous évoluez dans deux domaines, le digital et l’assurance. Vous revendiquez-vous davantage comme un acteur de l’un ou de l’autre ?
Les comparateurs sont intrinsèquement sur Internet mais ne représentent qu’une faible part du commerce en ligne. De plus, Internet est transversal à tous les secteurs, dont celui de l’assurance. Nous sommes donc davantage un acteur issu de l’assurance, notre pouvoir d’influence y est plus important.

Pour revenir sur un géant du Web, la menace Google existe-t-elle encore ?
Pour les assureurs, la menace concurrentielle vient moins des autres acteurs du secteur que de ceux issus du digital comme Google. Ces derniers ont une longueur technologique d’avance. Il y a donc clairement une menace Google. La vocation de ce dernier n’est pas d’être un moteur de recherche mais un lieu d’archivage, de stockage, de traitement de l’information et de récupération de données. Il aura un impact plus fort sur les industries dématérialisées telles que l’assurance. Cela pose la question des conséquences engendrées s’il proposait des innovations techniques pour l’assurance, par exemple.

Quels sont les projets d’Assurland ?
Nous allons continuer à nous développer dans un marché en croissance et continuer le dialogue avec les assureurs, qui est notre plus gros chantier actuel. Il s’agit d’une réflexion à long terme, qui nécessite un vrai dialogue de fond et non pas des réactions à chaud. 



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article extrait de l’argus de l’assurance

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