Thierry Van santen (AGCS) : « Nous aimons tous les risques, mais pas à n'importe quel prix »

Publié le

,

,

,

,

,

Concentration des acteurs, situation économique tendue, innovation : autant de facteurs qui bouleversent l’assurance grands risques des entreprises. Thierry van Santen fait le point sur la situation du marché.

Thierry van Santen, directeur général France d’Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS)
Thierry van Santen, directeur général France d’Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS)

Quelle est la place de la France chez AGCS ?
La France, avec 550 M€ de chiffre d’affaires, est le deuxième marché européen derrière l’Allemagne et devant le Royaume-Uni. Dans l’Hexagone, nous sommes en deuxième position, largement devant notre challenger, et notre développement se fait par opportunités, en périphérie de notre cœur de business. C’est le cas du cyber, de la fraude ou des risques politiques.

Comment s’organisent les relations avec les autres entités d’Allianz ?
Nous nous réunissons chaque mois autour d’un comité de coordination qui définit une politique commune produits pour les grands clients. Mais au quotidien le principe est le suivant : AGCS couvre, en risques d’entreprises, les affaires émanant de sociétés réalisant plus de 500 M€ de chiffre d’affaires. En deçà de ce seuil, hors risques spéciaux (marine et aviation), Allianz France intervient. Il y a bien évidemment des exceptions à la règle. Allianz France est mieux équipé pour répondre à certaines affaires, notamment celles qui relèvent d’entreprises multiétablissement et génèrent de faibles primes unitaires. En revan­che dès qu’il y a une ­dimension internationale ou une composante sur-mesure, nous prenons le relais. Nous sommes aussi en mesure de faire profiter les entreprises de taille intermédiaire assurées par Allianz France de nos capacités financières et de notre ingénierie. C’est le cas pour la responsabilité des mandataires ­sociaux ou les risques cyber, des offres conçues, standardisées par les équipes d’AGCS et distribuées par Allianz France. Enfin, nous montons des solutions complexes avec des couvertures pouvant combiner les expertises d’Euler Hermes (NDLR : assureur crédit, ou d’Allianz Global Assistance, par exemple.

Quel bilan tirez-vous des renouvellements de 2016 ?
La tendance est à beaucoup plus d’anticipation du côté des entreprises et à des ­recherches de placements sur deux ou trois ans côté assureurs. Le marché est très peu actif, car il est très compliqué et très coûteux de changer d’assureur sur un grand programme international. Et quelques risk-managers ont été déçus par de mauvaises expériences en croyant que le marché soft allait leur permettre de faire des économies, mais avec pour tout résultat de grandes difficultés pour replacer leurs risques. Certains ont aussi été refroidis par la qualité de service de leur nouvel assureur. Aussi, nous avons vu revenir trois ou quatre clients avec des primes plus élevées que ce qui leur avait été promis. On touche là aux limites du marché.

SON PARCOURS

Au cours de sa carrière, Thierry van Santen a exercé le métier de risk manager au sein de grandes entreprises tout en s’impliquant dans des associations professionnelles. Il a été président de l’Amrae (1) de 1992 à 1998 et du Ferma (2) de 2001 à 2005.
  • 1978 occupe différentes fonctions chez FM Global.
  • 1988 directeur du département risques et assurances de Valéo.
  • 1993 vice-président exécutif du département risques et assurances du groupe Danone.
  • 2009 directeur d’AGCS France.
1. L’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise.2. Federation of European risk management associations.

Quel est votre taux de rétention ?
À périmètre constant, nous avons un taux de rétention compris entre 96 et 97 %, mais notre taux de rétention brut est beaucoup plus faible, car nous faisons face à la disparition ou au démantèlement de multinationales françaises. Nous avons un problème de matiè­re première ! Or, comme une centaine des sociétés en portefeuille apporte les trois quarts de notre chiffre d’affaires, un départ n’est jamais anodin.

Comment faire la différence face à la concurrence ?
Quand on fait du sur-mesure, ce qui prime c’est la qualité de service. Nous venons de lancer le deuxième volet d’un plan baptisé « Make it easy » qui donne lieu, après enquête de satisfaction auprès de clients et courtiers, à des groupes de réflexion sur les moyens d’améliorer la qualité de service, par exemple sur la communication de notre stratégie et sur la réactivité. Cela passe par l’introduction d’e-cer­tificats et autres outils numériques pour fluidifier nos process. Mon parcours de risk-manager m’a donné l’obsession permanente de focaliser mes équipes sur les besoins des clients.

Quel est votre appétit pour les risques ?
Nous aimons tous les risques mais pas à n’importe quel prix. Nous avons trois critères essentiels : l’activité, la manière dont les risques sont gérés et enfin le prix. Ceci veut dire que nous avons tous types d’industrie dans notre portefeuille. Mais on reste attentif lors de l’étude d’un nouveau dossier. En effet, depuis plusieurs années, les conditions accor­dées par le marché, notamment sur la branche dommages, sont étonnantes, et la rentabilité sur le long terme de certains dossiers me semble périlleuse. Enfin je me méfie de la pression constante qui ­demande toujours plus d’innovation dans l’approche des grands risques : cela a forcément un prix.

La directive Solvabilité 2 a-t-elle des conséquences sur votre appétit aux risques ?
Solvabilité impose une certaine rigueur dans la gouvernance des affaires, mais ne joue pas sur notre appétit, car nous avons une souscription diversifiée par activités et par zones géogra­phiques. En revanche, nous avons renfor­cé le suivi des cumuls avec la centralisation de ceux-ci au sein de notre maison mère, pour arrêter de souscrire tel ou tel risque trop exposé aux événements naturels ou pour valider un dossier à partir d’un certain montant. Cela peut déstabiliser les courtiers qui ont l’impression que les centres de décision quittent la France, mais cela va, je crois, dans le sens de l’histoire. Car, au-delà de Solvabilité 2, la concentration des acteurs a changé nos engagements : là où les assureurs ne prenaient que quelques pour cent dans des programmes de coassurance régionaux, ils en prennent désormais 30, 40, 50, voire 100 % dans des programmes mondiaux. Il est donc indispensable d’avoir une politique cohérente des engagements au niveau groupe.

Comment évolue, selon vous, la gestion des risques au sein des entreprises ?
La gestion des risques est en train de s’institutionnaliser et de devenir un processus à part entière qui se diffuse au sein de la plupart des entreprises. On voit, par exemple, apparaître une nouvelle génération de directeurs financiers qui travaillent de plus en plus sur des questions de stratégie et de management des risques. La gestion par les services achats a vite montré ses limites et, en général, cela ne dure pas longtemps. Contrairement aux matières premières, l’assurance n’est pas une commodities, car elle implique une véritable politique de gestion des risques, faute de quoi les assureurs s’en détournent.

La qualité de service prime lorsqu’on fait du sur-mesure.

Le risk-management fait face à de nouveaux risques, comme le cyber. A-t-on des propositions qui répondent à leurs besoins ?
Actuellement, nous n’arrivons pas à répondre à toutes les demandes. L’étude des dossiers prend du temps, parce que les informations communiquées sont souvent insuffisantes, que chaque dossier est unique et complexe, mais aussi parce que nous devons être particulièrement vigilants au dosage de nos engagements. Le risque cyber est vertigineux et personne n’en connaît le prix ! Sachant que les sinistres les plus coûteux ne sont pas les plus visibles. Je pense ainsi à un sabotage chez un fabricant d’acier : l’usine a fabriqué pendant un mois des produits non-conformes. Plus fréquemment, on retrouve des attaques de centres de distribution qui déstabilisent durablement ces entreprises. Et je pense que dans les années à venir, le risque cyber, avec le développement des objets connectés, va deve­nir une branche à part entière.

Cela aura-t-il des conséquences sur l’approche de la responsabilité civile ?
Avec la généralisation des véhicules autonomes, nous allons devoir gérer un choc culturel. Qu’est-ce qui va primer : le droit ou les outils ? Et avec quelle approche ? L’appro­che européenne qui pense que le conducteur doit à tout moment pouvoir reprendre le contrôle ou la nord-américaine qui envisage le contraire ? Cela laisse présager une période incertaine avec une jurisprudence qui risque d’aller dans tous les sens. Il est donc permis de s’interroger sur la pertinence de réformer la RC, comme envisagé en France dans les mois à venir. Il serait intéressant d’adopter une vision à long terme pour s’intéresser aux responsabilités de demain.

Le risque cyber est vertigineux et personne n’en connaît le prix !

Dans un an, vous passerez le relais à Corinne Cipière, nommée directrice générale déléguée. Quels chantiers souhaitez-vous mettre en place d’ici cette échéance ?
Mon premier rôle va être bien entendu de l’accompagner dans la découverte du pilotage de cette magnifique société que représente AGCS France. Parallèlement, dans le contexte économique délicat de notre pays, face à l’érosion des marges, je souhaite en priorité me concentrer en 2017 sur l’amélioration de nos processus et de nos structures de coûts pour gagner en souplesse et en agilité. Réussir cette transformation pour sécuriser l’avenir sera le meilleur cadeau que je pourrais faire à Corinne, à nos équipes, mais aussi au groupe qui m’a accordé sa confiance.

 


Thierry Van Santen

Thierry Van Santen

Directeur général d’Allianz Global Corporate & Specialty (AGCS) France

Thierry van Santen est né le 13 février 1955. Maîtrise de droit de l'Université de Paris X. 1978-88 : Directeur de clientèle, puis directeur du bureau de Paris chez Factory Mutual International (FM [...]

Lire la suite

Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous