« Il faut un cadre prudentiel plus souple pour la retraite »

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Le président de l'AF2I, mais également de SwissLife Asset Management, presse les pouvoirs publics de trouver des outils adaptés à la gestion des engagements de long terme.

Quel est l'objectif de l'association AF2I ?

Elle a pour vocation de rassembler des investisseurs qui partagent une problématique commune, mêmes s'ils sont issus d'horizons réglementaires très différents. L'AF2I compte aujourd'hui 74 adhérents. Parmi eux figurent une vingtaine de caisses de retraite soumises à la tutelle Agirc-Arrco, des organismes gérant les retraites des professions libérales, des régimes de retraite spécifiques, comme l'UMR ou encore le FRR. Elles sont majoritaires en nombre. Il regroupe aussi des mutuelles, des compagnies d'assurances, des caisses de congés payés et des entreprises industrielles telles qu'EDF ou Areva. Toutes ont un souci commun : elles doivent gérer leurs actifs de manière à couvrir des engagements de moyen-long terme. Chez EDF ou Areva, ce sont des engagements de retraite des salariés ou des provisions pour procéder au démantèlement des sites exploités.

Quelle est leur problématique commune ?

De la même manière que l'association des trésoriers d'entreprises (AFTE) regroupe des trésoriers d'entreprise ayant principalement des contraintes de placement à court terme, l'AF2I réfléchit aux moyens de favoriser l'investissement à moyen-long terme de ses adhérents. Un tel lieu n'existait pas. Il nous est apparu, fin 2002, qu'il devenait impératif de se regrouper pour partager nos expériences. Cela a commencé par une réflexion commune pour apprécier la pertinence des nouveaux produits (structurés ou alternatifs par exemple) que nous proposaient les sociétés de gestion et les banques. Ensuite, le cadre s'est élargi.

C'est-à-dire ?

La crise de 2007 est arrivée et nous avons observé un changement radical chez nos adhérents vis-à-vis de l'AF2I. Ils ont souhaité sortir d'un échange de bonnes pratiques pour interpeller les pouvoirs publics sur des sujets brûlants, comme l'impossibilité de valoriser ou de céder les actifs investis dans des fonds monétaires. Ils ont vivement réagi à la glaciation des marchés obligataires et à l'impossibilité de fixer des prix sur certaines classes d'actifs. L'AF2I a ainsi investi aussi le cadre réglementaire et l'association est devenue une force de proposition vis-à-vis des autorités françaises et/ou européennes.

Sur quels sujets avez-vous été consultés ?

L'association a fourni une position sur la réforme de la supervision européenne et la création de l'autorité de contrôle commune aux assurances et aux banques en France. Nous avons, tout comme la FFSA, alerté les autorités sur l'impact de la directive Solvabilité 2 et des normes IFRS sur la gestion d'actifs à long terme, planché sur la transparence des marchés obligataires, la révision de la directive MIF, la classification des fonds monétaires au niveau européen, la directive gestion alternative ou le rôle du dépositaire, entre autres chantiers.

En ce qui concerne les retraites et Solvabilité 2, n'est-il pas trop tard ?

À l'heure actuelle, la directive Solvabilité 2 réduit la faculté de l'industrie de l'assurance à investir en actions, obligations d'entreprise et en immobilier. Il ne s'agit plus de modifier les règles de Solvabilité 2, mais de trouver une alternative pour qu'une gestion de l'épargne à long terme soit possible. La première étape a été celle de la sensibilisation. Cela fait longtemps que les assureurs clament haut et fort que la directive aura un impact sur le financement de l'économie. On a pris cela pour une résistance au changement. Mais il semble que, enfin, les pouvoirs publics aient entendu.

Et maintenant ?

Il faut trouver des solutions. Nous n'en sommes qu'au stade de la réflexion. Pendant qu'on impose ces règles à l'industrie de l'assurance, les réserves des régimes de retraite vont être mises à contribution plus tôt que prévu, ce qui raccourcit aussi leur horizon de placement et les oblige à investir en actifs plus liquides et sécurisés. Qui restera-t-il pour financer l'économie durablement ?

Quelles solutions sont envisageables ?

Il conviendrait de mettre en place des outils adaptés à la gestion des engagements longs, de type retraite. Les passifs sociaux, où qu'ils se trouvent - dans une entreprise, une caisse de retraite, une compagnie d'assurances - devraient pouvoir suivre la même réglementation et être adossés à des actifs dits « risqués », c'est-à-dire comporter une plus grosse part d'actions que ce qui est autorisé avec les règles existantes ou prévues par la directive Solvabilité 2. L'idée n'est pas de créer une chasse gardée pour tel ou tel acteur, mais de fournir un réceptacle ayant un cadre prudentiel plus souple pour la gestion à long terme de produits de retraite. On a déjà perdu assez de temps comme ça, les pressions démographique et financière sont là, le vieillissement n'attend pas !

Vous avez été consultés sur le chantier de la supervision. Qu'en pensez-vous ?

C'est une bonne chose d'avoir instauré, au niveau européen, une surveillance globale des risques financiers, commune aux banques, aux compagnies d'assurance et aux marchés. La globalisation financière est un fait, il existe des liens très forts entre banques, assurances et marchés : ce sont tous des acteurs des marchés financiers, même si chaque métier a ses spécificités. Une unicité de regard a du sens. Je regrette que notre pays ne soit pas allé jusqu'au bout de cette logique : on a laissé l'AMF à côté du couple formé par l'ex-Acam et la Commission bancaire, tout en créant un pont avec la nouvelle ACP. Mais il ne faut pas se faire d'illusions, la surveillance globale finira par arriver aussi en France.


 


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