Interview de Paul Grasset, DG de Pro BTP : « Nous préservons toujours jalousement notre caractère professionnel »

Par - Publié le

,

,

La stratégie, la politique de partenariat et les performances du groupe de protection sociale sont étroitement liées à sa proximité avec la profession du BTP et les partenaires sociaux qui la représentent, selon Paul Grasset, qui revient également sur la rupture du projet de rapprochement avec Réunica.

Pro BTP affiche un chiffre d'affaires et un résultat en recul sur l'exercice 2010. Comment l'expliquez-vous ?

Ce résultat s'explique par le renouvellement, en 2009, des clauses de désignation. Tous les cinq ans, les partenaires sociaux du bâtiment et des travaux publics (BTP) examinent si l'opérateur, auquel ils ont confié la prévoyance inscrite dans les conventions collectives respectives des ouvriers et des employés, techniciens et agents de maîtrise (Etam) du secteur, gère dans les meilleures conditions et avec la plus grande efficacité. À l'issue de cet examen, ils décident de reconduire ces désignations selon une feuille de route bien définie. C'est une étape très importante dans la vie de Pro BTP, dont plus de 30% de l'activité est dédiée aux accords de branche. En 2010, pour répondre à la volonté des partenaires sociaux du secteur, Pro BTP a restitué à la profession une partie de ses résultats sous forme de diminution des cotisations à hauteur de 1 demi-point de masse salariale, soit des taux de cotisation diminués de 0,5% sur la prévoyance conventionnelle. Cela s'est traduit dans nos comptes en termes de chiffre d'affaires et de résultat.

 

Comment pouvez-vous réduire les cotisations alors que la tendance générale du marché est à la hausse ?

C'est la force d'un groupe paritaire de protection sociale à caractère professionnel : nous ne profitons pas de nos liens avec la profession pour accroître nos marges, mais, au contraire, pour lui offrir les meilleures garanties et services au meilleur coût, et avec le meilleur niveau de sécurité des engagements. La maîtrise des coûts résulte aussi de notre effort d'industrialisation des processus. Le résultat 2010 du groupe BTP prévoyance, qui reste conséquent avec 250 millions d'euros, soit 10% des cotisations, est également dû à cette optimisation. Les frais de gestion de l'institution BTP prévoyance, dont l'activité représente la quasi-totalité de cet ensemble combiné, sont inférieurs à 7%. C'est important de le souligner, au moment où la Cour des comptes relance le débat sur les exonérations fiscales et sociales dont bénéficient les contrats collectifs, après avoir critiqué les frais de gestion des organismes complémentaires. Pro BTP démontre que les groupes paritaires, qui ne sont pas prisonniers du court terme et de la rentabilité des capitaux engagés, peuvent offrir le maximum à leurs assurés avec 93% des cotisations redistribuées, alors que d'autres acteurs ont des ratios de 80%, voire 75%. Servir et accompagner la profession est ce qui nous anime, c'est aussi une réponse aux questions que l'on peut se poser par rapport à nos relations avec les groupes interprofessionnels.

 

Faites-vous une allusion à la rupture du rapprochement avec Réunica ?

Le conseil d'administration de Réunica n'a pas souhaité poursuivre dans les modalités proposées par Pro BTP en alternative à ce qui nous avait été indiqué par l'instance de coordination Agirc-Arrco/CTip. Au regard de l'accord du 8 juillet 2009 sur la gouvernance des groupes de protection sociale, le rapprochement des deux groupes devait aboutir à une fusion des instances politiques, donc à l'abandon du caractère professionnel de Pro BTP. Tant du côté salarial que patronal, les partenaires sociaux du BTP sont très attachés au caractère professionnel de leur groupe de protection sociale. Sa perte n'aurait pas été compensée par les gains d'efficacité et les économies qu'aurait pu apporter ce partenariat.

 

Quelle était l'alternative ?

Nous avons donc proposé d'autres modalités à Réunica, avec la création d'une structure commune incluant les moyens informatiques et humains. Juridiquement, il aurait pu s'agir d'un groupement paritaire de prévoyance (GPP), qui a l'avantage d'être une structure très souple, et qui se serait appuyée sur un traité de coopération qui restait à définir. C'est sur cette alternative que le conseil d'administration de Réunica s'est prononcé défavorablement. Nous nous arrêtons donc là.

 

Votre gestion, réputée performante, peut-elle attirer d'autres groupes paritaires ?

Sur les activités concurrentielles, nous avons déjà, au sein de la structure Amicap (Association de moyens informatiques des caisses professionnelles), des partenariats avec les groupes Lourmel, IRP Auto, une partie de B2V et Audiens. Un groupe qui se pose la question de ses moyens informatiques peut acheter un outil, en développer un, ou rejoindre une plate-forme existante. S'il cherche des gains via un partenariat, nous sommes ouverts au dialogue. L'outil est un moyen, il n'est pas une fin, et il n'empiète pas sur les orientations politiques des partenaires. Aujourd'hui, nous partageons des moyens d'éditique avec Malakoff-Médéric. Ni l'un ni l'autre n'avons eu l'intention, lorsque nous avons mis en place cette coopération, de nous marier politiquement. Je le répète, nous préservons toujours jalousement notre caractère professionnel. Pro BTP est un élément fondamental du secteur du bâtiment et des travaux publics, auquel tiennent les partenaires sociaux de la profession et dans lequel ils sont fortement impliqués.

 

Vous avez un partenariat avec Groupama, sur le réseau Sévéane. Comment évolue-t-il et a-t-il vocation à s'étendre ?

En juillet 2010, nous avons mis en commun ce réseau destiné à nos 6 millions d'adhérents. Nous partageons le même objectif : diminuer le reste à charge de l'assuré en optique, dentaire, et bientôt audioprothèse. Sévéane pourrait être ouvert à d'autres partenaires, car c'est le nombre de clients qui justifient le modèle économique du réseau. À cet égard, la hausse de la taxe sur les contrats responsables de complémentaire santé qui vient d'être votée est décourageante. Dans les régimes de frais de santé, nos marges permettent juste de répondre aux exigences prudentielles réglementaires. Le système devient incohérent : d'un côté, on nous impose des réglementations strictes, et, de l'autre, on nous taxe.

SON PARCOURS

Après des études à Bordeaux, sa ville d'origine, titulaire du Diplôme IEP (Sciences po section Ecofi) Paul Grasset est rentré au service du BTP en 1975 via la CNRO* et n'a plus quitté cette profession depuis. 

  • 1993 Première prise de fonctions en direction générale, qui coïncide avec la création de Pro BTP en 1993.
  • Janvier 2005 Directeur général.

* Caisse nationale de retraite des ouvriers du bâtiment et des travaux publics.


Paul Grasset

Paul Grasset

Directeur général de PRO BTP

Paul Grasset est né en mai 1953. Il est originaire du Sud-ouest français. Ses parents étaient viticulteurs. Il a passé la première partie de sa vie dans la région de Meknès au Maroc, puis dans les [...]

Lire la suite


Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin imprimer envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher

 

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous

Rechercher
Abonnez-vous
RSS Twitter Facebook Viadeo Application Connectez-vous