Petites et moyennes mutuelles : les alternatives à la concentration

Publié le

,

,

,

,

,

Evolution du nombre de mutuelles en France.
Evolution du nombre de mutuelles en France.

En l'espace d'une semaine, deux annonces fortes, et deux logiques antinomiques, témoignent de la complexité du monde des mutuelles. À peine l'Association Diversité et Proximité mutualiste (ADPM) a-t-elle manifesté un désir d'indépendance à Marseille (le 21 avril), que, quelques jours plus tard, cinq mutuelles de la fonction publique, et pas des moindres (MAE, MGEN, MGET, MNH et MNT) annoncent leur intention de se rapprocher, rappelant que la recherche de taille critique reste une tendance forte.

Est-elle pour autant inéluctable ? Existe-t-il des alternatives au regroupement viables pour les petites et moyennes mutuelles (PMM) et apportent-elles les réponses adéquates aux nouvelles exigences concurrentielles et réglementaires ? Pourquoi ne pas imaginer, à l'encontre de toutes les prédictions, le développement d'un tissu de PMM structuré qui pourra faire valoir, à l'instar des PME, ses spécificités auprès des pouvoirs publics, ainsi que sa contribution à la dynamique des territoires et à la création d'emplois locaux ?

 

Un David mutualiste

Le lieu commun est bien connu : pour porter haut le modèle mutualiste dans un contexte de pression concurrentielle accrue et d'uniformisation (Solvabilité 2, fiscalisation...), les mutuelles ne trouveraient leur salut que dans la concentration. Les chiffres sont éloquents : le nombre de mutuelles est passé en quinze ans de 5 780 à 1 591, dont 880 exercent une activité d'assurance (mutuelles dites du livre II). La consolidation du secteur aurait pour ultime aboutissement la transformation de la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF) en unique opérateur mutualiste sur le marché français à l'horizon 2030. En somme, un David mutualiste et bien gaulois résistant aux appétits d'assureurs gargantuesques et mondialisés... À y regarder de plus près, le nombre de mutuelles reste plutôt impressionnant pour un secteur en voie de consolidation : plus de 535 mutuelles répondent encore aux exigences de viabilité économique (mutuelles non substituées).

L'apocalypse n'a donc pas eu lieu. Pire, des rapprochements avortent : le retrait de Mutuelle Bleue d'Harmonie, le « redimensionnement » de Santévie... Les exemples sont légion de ces mariages ratés par excès de « fusionisme ». Attachées à leur indépendance politique et financière, certaines PMM continuent d'afficher une solide marge de solvabilité (supérieure à 800 % pour une mutuelle de France bien connue).

La fiabilité du modèle tient notamment à la conjugaison de trois facteurs clés (garants de l'indépendance) : une gestion de « bon père de famille » dans l'intérêt des adhérents, des partenariats de distribution multiples (permettant d'accroître sa force de frappe commerciale sans hypothéquer son autonomie ou créer de lien de dépendance avec un seul acteur), la constitution de moyens partagés (techniques, marketing, informatiques..., garantie d'une technicité renforcée dans un environnement de plus en plus difficile à maîtriser).

 

Un autre monde est possible

De la fusion à la simple association de moyens, une kyrielle de possibilités juridiques s'offre aux mutuelles : groupement, fédération, union de représentation, union technique, groupement, association... Parmi elles, la constitution de GIE informatiques apparaît comme un moyen de préserver son indépendance et d'avoir les avantages économiques de la taille (économies d'échelle, capacités d'investissement accrues, hausse de la compétitivité/prix...) sans les inconvénients.

Le mutualisme de proximité peut se poser en alternative au moule unitaire, intégrateur et « déterritorialisé », à condition de savoir conjuguer investissements industriels partagés et proximité locale avec les adhérents, fondée sur des affinités professionnelles et/ou territoriales.



Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous