Assurances de personnes : Coup de frein dans un contexte économique incertain
Mots clés : - Assurance de personnes,
- bancassureurs
La répartition du chiffre d'affaires au cours de 2010 illustre ce contexte économique incertain, le premier trimestre « trustant » plus de 30% de chiffre d'affaires annuel du marché en assurance vie. La hausse du chiffre d'affaires de l'assurance de personnes laisse entrevoir une évolution parfaitement homogène entre, d'une part, l'assurance vie et capitalisation (89% de l'activité assurance de personnes) qui est en hausse de 3,8% par rapport à 2009 (contre + 13% entre 2008 et 2009), et, d'autre part, l'activité assurance en cas de maladie ou d'accident corporel (11% du total), qui augmente de 3,9% par rapport à 2009.
En revanche, l'activité vie et capitalisation connaît une évolution à deux vitesses par nature de contrats : les contrats à adhésion individuelle (91% de l'activité) voient leur chiffre d'affaires augmenter de 6%, alors que les contrats collectifs (9%) subissent une baisse de chiffre d'affaires de 14,2%.
Après une méfiance généralisée, en 2008 et dans une moindre mesure en 2009, envers les investissements sur les contrats en unités de compte, la tendance s'est inversée en 2010 chez les épargnants. Les cotisations sur ces supports ont ainsi « bondi » de 11,2% par rapport à 2009, bien au-dessus de l'augmentation du chiffre d'affaires constatée sur les supports en euros, avec seulement une hausse de 2,7%. L'engouement retrouvé pour les unités de compte ne doit pas faire oublier que les assurés investissent toujours majoritairement, en 2010, sur les supports en euros pour 85%, contre 15% pour les contrats d'épargne avec support en unités de compte. Rappelons qu'en 2007, la part des supports en euros était de 75%, contre 25% pour les supports en unités de compte. Simultanément, 4,2 Md€ d'encours, soit environ 147 600 contrats d'assurance vie en euros, ont été transformés en contrats multisupports dans le cadre de l'amendement « Fourgous », en diminution par rapport à 2009 (5 Md€ et 167 000 contrats).
Les produits d'épargne liquide ont vu leur attractivité s'essouffler en 2009, du fait d'une forte baisse de leur rémunération. Les Français étaient donc revenus vers les produits de long terme en 2009, notamment vers les contrats d'assurance épargne. En 2010, cette tendance s'est confirmée, les contrats d'assurance vie constituant le placement le plus plébiscité par les Français, loin devant les livrets d'épargne, qui représentent moins de un cinquième des flux des placements financiers en 2010, même si, par exemple, pour le livret A, son taux a été relevé à 1,75% au 1er août 2010 (contre 1,25% depuis le 1er août 2009), ce qui reste bien inférieur au taux de rendement moyen en 2010 des supports en euros (3,4%).
D'après les chiffres de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), l'assurance vie a ainsi enregistré une collecte nette, correspondant à la différence entre les cotisations et les prestations, de 50,5 Md€, au même niveau qu'en 2009. Elle a représenté près de 70% des placements financiers des Français et plus de la moitié des 2 600 Md€ des placements de long terme (actions, épargne contractuelle, OPCVM non monétaires, etc.).
Conjoncture incertaine
L'assurance vie a continué de bénéficier du manque d'attractivité des produits court terme du fait de leur faible rendement, tout en limitant les effets d'une conjoncture financière incertaine en 2010, en raison notamment de l'exposition aux risques souverains. Le CAC 40 a ainsi terminé 2010 avec une perte de 3,34%, à 3 804 points, après avoir connu un gain spectaculaire de 22% en 2009.
Enfin, les contrats collectifs (vie et capitalisation), principalement des contrats retraite entreprise et des contrats de prévoyance décès, ont vu leurs cotisations chuter de 14,2% en 2010. Cependant, il faut nuancer cette baisse en précisant que ces contrats avaient bénéficié en 2008 et 2009 de l'effet « exceptionnel » des transformations d'IRS (Institutions de retraite supplémentaire) porteurs de contrats de retraite collective, comptabilisées en chiffre d'affaires pour l'assureur.
Concernant l'activité assurance en cas de maladie ou d'accident corporel, l'évolution de la collecte suit la même tendance par rapport à celle observée en 2009. Le chiffre d'affaires au titre des garanties soins de santé s'élève à 9,6 Md€ (+ 5,2%, contre + 6% en 2009) et 7,8 Md€ au titre des garanties incapacité, invalidité et dépendance (+ 2,3%, contre + 2% en 2009). Notons qu'en 2009, la contribution des organismes d'assurance maladie complémentaire au fonds CMU avait été augmentée, passant de 2,5% en 2008 à 5,9%.
Les bancassureurs tirent leur épingle du jeu...
En 2010, le top 20 de l'assurance de personnes a vu son activité augmenter de 4,3 %, soit une croissance légèrement plus forte que le marché global. Rappelons qu'en 2009, après une année 2008 en net repli, l'assurance de personnes avait connu une dynamique exceptionnelle, avec une croissance à deux chiffres. Cette performance n'aura donc pas été rééditée en 2010, avec une activité du top 20 qui passe de 158,5 Md€ en 2009 à 165,3 Md€ en 2010.
Le poids des vingt premiers groupes passe de 92,2% en 2009 à 92,6% en 2010, en raison des acteurs classés entre la 10e et 20e place qui voient leur part de marché augmenter de 19% en 2009 à 19,7% en 2010. Dans le même temps, le chiffre d'affaires des acteurs non présents dans le top 20 diminue de 4,3%.
La hiérarchie du top 20 n'a pas connu de bouleversements majeurs entre 2009 et 2010. Ainsi, les sept premiers sont les mêmes avec un ordre inchangé, les deux assureurs traditionnels (Axa, Generali) et les cinq bancassureurs (CNP, Crédit agricole, BNP Paribas, Crédit mutuel et Société générale) se disputant les sept premières places. En revanche, il est intéressant de noter que ce top 7 voit sa part de marché diminuer de 60,5% en 2009 à 60,1% en 2010. Le trio gagnant reste composé de CNP, Crédit agricole et Axa, représentant 35,2% du marché global en 2010. Leurs évolutions apparaissent hétérogènes.
Bien que CNP conserve une nouvelle fois sa première place, arborant un chiffre d'affaires de 26,4 Md€, le groupe voit son chiffre d'affaires diminuer de 1%, en raison de la baisse de son activité d'épargne en euros. À l'inverse, son dauphin, Crédit agricole, grâce à sa filiale spécialisée en assurance de personnes Prédica, première filiale bancassureur de personnes en France, enregistre une croissance à deux chiffres pour la deuxième année consé- cutive avec la deuxième plus forte progression du top 20 en assurance de personnes (+ 12,4% en 2009, + 19% en 2010) et établit ainsi une remontée notable, à moins de 5 Md€ de chiffre d'affaires du premier du classement. Selon le groupe, cette croissance est le fruit du dynamisme commercial du réseau des caisses régionales et du renouvellement de son offre en prévoyance décès individuelle. Le podium est complété par Axa, qui affiche une performance en retrait de 10,6% en 2010, en raison d'une baisse de 14% des affaires nouvelles et de 40% de la collecte nette. Une évolution attribuable, selon Axa, à une « politique de souscription plus sélective sur l'activité de particuliers » et à une « diminution du nombre de gros contrats collectifs ». Le groupe enregistre également une chute de 53,3% de la collecte sur la retraite collective par rapport à 2009, qui avait bénéficié de la reprise des engagements des IRS, suite à l'obligation faite aux grandes entreprises d'externaliser leur dispositif de retraite interne auprès des compagnies d'assurances.
Axa précède Generali, BNP Paribas et Crédit mutuel, qui ont la particularité en 2010 d'avoir un chiffre d'affaires compris entre 11,6 et 11,9 Md€, mais avec des évolutions hétérogènes. En 4e position, Generali enregistre une baisse sensible de son chiffre d'affaires en 2010 à 11,9 Md€, soit - 7,6%, suite à la volonté stratégique d'optimiser la rentabilité de l'activité épargne dans un environnement financier difficile en mettant l'accent sur les supports en unités de compte au détriment des supports en euros, après avoir connu une croissance exceptionnelle de 16,1% en 2009.
Le bancassureur BNP Paribas occupe toujours la cinquième place et enregistre une légère baisse de 0,4%, « talonné » par le Crédit mutuel, qui voit son chiffre d'affaires augmenter de 8,9% grâce à sa filiale d'assurances ACM Vie. Notons que les acteurs du top 5 connaissent une évolution tout juste positive de + 0,5% en 2010, bien inférieure au marché global. Hormis le Crédit agricole, les quatre groupes du top 5 affichent une contre-performance, avec un repli moyen de leur chiffre d'affaires de 4,5%.
Société générale en forme
Avec un chiffre d'affaires de 9,2 Md€, la Société générale occupe toujours la 7e position et peut se targuer d'afficher la meilleure progression d'activité (+ 23,3%) sur l'ensemble des groupes composant le top 20. Le groupe, via sa filiale Sogecap, tire profit de ses réseaux de banque pour l'activité épargne et de la poursuite de l'internalisation d'activités assurance des emprunteurs. Entre 2008 et 2010, le chiffre d'affaires de la Société générale a augmenté de 37%.
Allianz, après avoir subi une contre-performance en 2009 avec une baisse de son chiffre d'affaires de 8,1%, connaît une croissance de 12,9%, bien supérieure à la moyenne des acteurs du top 20, ce qui permet au groupe de gagner une place en s'installant en huitième position du classement au détriment de Groupama. Allianz, via sa filiale Allianz vie, a surperformé le marché sur la collecte relative au support en unités de compte, avec ses produits Idealis, Ideavie et Tellus Avenir, en affichant une augmentation de 23% bien supérieure à celle observée sur le marché au global (11,2%).
Groupama a perdu une place, affichant une croissance timide de 0,5%, à 7,4 Md€, et voit même la Sgam AG2R-La Mondiale, dont le chiffre d'affaires progresse de 4%, revenir dans son sillage. Selon le groupe paritaire, cette évolution est à mettre au profit de la politique commerciale, de la convergence des offres, des synergies entre les réseaux commerciaux et de la diversification des canaux de distribution.
Aviva reste en 11e position avec une évolution de + 4,7%, en ligne avec celle des acteurs du top 20, bénéficiant d'une part de la croissance du chiffre d'affaires du contrat Afer, en hausse de 6% à 3 Md€ en 2010, soulignant l'appétence des clients pour les produits simples et sécurisés ainsi que la compétitivité et l'excellente réputation dont continue de bénéficier le produit Afer ; et, d'autre part, de la progression de 6% d'Antarius (joint-venture Aviva-Crédit du Nord) à 1,2 Md€ en 2010.
Le groupe d'assurances mutualiste Covéa, poursuivant ses efforts pour renforcer les coopérations entre ses trois enseignes Maaf, MMA et GMF, occupe toujours la 12e position en se rapprochant de la 11e place et voit son chiffre d'affaires progresser de 9,5%, grâce notamment à sa filiale MMA vie qui enregistre une hausse de son chiffre d'affaires de 12,1% dont un impressionnant + 36% sur les supports en unités de compte.
La Sgam Sferen, créée fin 2009, qui réunit Macif, Maif et Matmut, occupe la 13e place et bénéficie de la très bonne performance en épargne de sa filiale Mutavie, qui affiche une hausse de son chiffre d'affaires de 9,5%, à 2,6 Md€ d'encaissements, et dont le nombre de souscripteurs s'est approché du million, avec une grande partie sur le produit Livret vie.
Derrière Sferen, le bancassureur Natixis affiche une hausse de son chiffre d'affaires de 7,1%, ce qui lui permet de franchir la barre symbolique des 4 Md€ de chiffre d'affaires. Natixis bénéfice de la hausse de 7% du chiffre d'affaires d'ABP vie, filiale de Natixis assurances, spécialisée en assurance vie individuelle, mais aussi du développement de l'assurance des emprunteurs, au service de l'activité de financement des réseaux Banques populaires et Caisses d'épargne, qui a enregistré une forte progression de son chiffre d'affaires en 2010 (+ 87%).
Swiss Life et Malakoff-Médéric roue à roue
Swiss Life et Malakoff-Médéric se livrent une lutte acharnée pour le bénéfice de la 15e place, Swiss Life retrouvant celle-ci en 2010 (après l'avoir perdue en 2009) au détriment du groupe paritaire, qui voit augmenter son chiffre d'affaires très légèrement en 2010 (+ 0,9%), alors que son concurrent direct au classement du top 20 affiche une progression de 11%. Swiss Life tire profit notamment de la bonne performance de sa filiale SLAP avec une croissance du chiffre d'affaires de l'ordre de 17% et une part de 22% des primes investies en unités de compte nettement supérieure au marché (15%), en raison notamment du succès confirmé en 2010 des campagnes publicitaires.
Pro BTP, groupe de protection sociale des professions du bâtiment et des travaux publics, conserve sa 17e place, en dépit d'une baisse de chiffre d'affaires de 1,3%, et se retrouve sous « la menace » du bancassureur HSBC qui reste à la 18e place, malgré une progression de 7,2% en ligne avec les évolutions observées des autres bancassureurs.
La Mutuelle d'assurances du corps de santé français (MACSF) continue sa progression, notamment illustrée par des hausses de chiffre d'affaires de 56% en 2009 et de 13,9% en 2010, et gagne une place, se classant 19e. Le mutualiste bénéficie d'une collecte favorable sur son contrat phare d'assurance vie en euros RES et d'un portefeuille croissant sur sa filiale MACSF épargne retraite, qui compte plus de 315 000 contrats, après avoir conclu 31 600 affaires nouvelles en 2010.
La MACSF laisse la dernière place du top 20 à un autre mutualiste la MGEN, seul organisme référencé pour la complémentaire santé et prévoyance des agents (actifs, retraités et ayants droit) de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, de la Jeunesse et des Sports, de la Culture et de la Communication, ainsi que des établissements publics qui leur sont rattachés. L'accès à une formule mutualiste de la MGEN au grand public grâce à l'offre MGEN Filia a permis à l'assureur d'obtenir près de 6 000 mutualistes supplémentaires en 2010 et, pour la première fois depuis 2003, la MGEN a augmenté le tarif de ses cotisations, générant ainsi une rentrée d'argent supplémentaire.








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