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Gestion d'actifs : Tous aux abris !

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Volatilité accrue des marchés, crises financières successives, dettes souveraines : dans un contexte toujours plus mouvant, les sociétés de gestion d'actifs des assureurs ont privilégié la prudence en 2011. Cette tendance était déjà d'actualité en 2010, mais elle s'est intensifiée.

La quadrature du cercle. Si elle n'est pas atteinte, cela y ressemble beaucoup. En 2010, les investisseurs institutionnels avaient déjà dû faire face à un environnement tellement changeant et incertain qu'il était difficile pour eux de concilier le couple risque-rendement. Le casse-tête ne s'est pas amélioré en 2011, loin de là. « Début 2011, comme beaucoup, nous avons pensé que la croissance allait se maintenir, et puis il y a eu des crises successi-ves. La gestion de la dette publique, en particulier, a créé une incertitude énorme. Aujourd'hui, au travers de nos placements, nous devons subir les conséquences des politiques d'austérité », confirme Hugues Fournier, directeur général de Macif gestion (Ofi Asset Management).

Dès lors, actuellement, l'objectif n'est plus de chercher du rendement coûte que coûte, mais bien, d'abord, de ne pas... perdre d'argent. Et en matière de classes d'actifs, à part le sacro-saint « ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier », il n'y a pas de recette miracle.

« L'aspect rendement, nos clients l'abordent, bien sûr, mais le mot d'ordre, c'est surtout pas de risque, pas de volatilité ! Ils ne veu-lent pas mettre en risque financier la mutuelle », insistent Charles Bouffier et Nicolas Demont, respectivement directeur général délégué et directeur général d'Egamo, la société de gestion d'actifs de la MGEN.

 

L'obligataire domine

En fait, les gérants d'actifs ne savent plus vraiment à quel saint se vouer. Le paysage des actifs détenus par les assureurs (1 713 Md€ à fin 2011, selon les chiffres de la FFSA) reste évidemment à forte prédominance obligataire (la majorité d'entre eux détient 70%, voire davantage, de cette classe d'actifs). « En 2011, globalement, il y a une continuité par rapport à 2010, avec une forte demande pour la gestion obligataire », commente ainsi Joseph Pinto, directeur de la division marchés et stratégie d'investissement d'Axa IM.

Côté actions, et sans grande surprise, tous ont baissé le curseur. Axa, par exemple, a réduit leur part dans son portefeuille de 20% à 4%, un mouvement amorcé dès 2007. « Dérisquer » son bilan est devenu l'objectif numéro un. « Aujourd'hui, il y a tout de même un sentiment négatif qui persiste sur la classe actions, laquelle est sous-valorisée », confirment Charles Bouffier et Nicolas Demont (Egamo).

À ce rythme-là, l'appétit pour le risque décroît considérablement. En même temps, l'étau se resserre pour certaines activités de l'assurance. Pour les compagnies vie, par exemple, limiter le risque revient à limiter le rendement. Or, entre la décollecte de l'assurance vie et la concurrence des produits bancaires de court terme, les assureurs se retrouvent pris en tenailles.

 

Un retour aux fondamentaux

« C'est devenu très compliqué, renchérit Ghislaine Bailly, présidente de Covéa Finance. Nous avons une multitude d'informations à gérer avec une visibilité très faible. Nous avions profité de 2009 pour renforcer nos investissements en actions, mais, à la fin de 2010, nous avons décidé de réduire la voilure, notamment sur les grosses valeurs, et de renforcer nos positions coeur de portefeuille, c'est-à-dire nos investissements en actions de long terme. Sur les obligations, nous avons, bien sûr, évité les pays les plus fragiles, vendu celles de pays périphériques pour alléger nos positions et renforcé nos portefeuilles français. »

Pourtant, la crise financière qui dure depuis 2007 a quand même du bon. « Ce qui est salutaire, c'est que la crise a contribué à ce que les institutionnels se posent davantage de questions sur leurs contraintes actif-passif », ajoutent Charles Bouffier et Nicolas Demont (Egamo). Un retour aux fondamentaux du métier, en quelque sorte. « Dans les années passées, on se laissait davantage pousser par le risque du voisin. Le préfabriqué en gestion d'actifs, cela ne fonctionne plus », ironise un gérant d'actifs.

Diversifier est devenu l'une des solutions. « Pour bien traverser une période de crise, il faut découper les risques », admet Hugues Fournier (Macif gestion). Cette politique a été suivie par tous les gestionnaires d'actifs en 2011. « Nos clients ont un besoin de diversification, explique Joseph Pinto (Axa IM). En 2011, nous avons notamment développé d'autres lignes de produits, afin de leur permettre de dégager du rendement. »

Nous avons bien enregistre quelques moins values sur actions, mais quand nous sommes convaincus de la performance d’un titre, nous ne bougeons pas. Notre allocation d’actifs est restée stable depuis des décennies.

Cécile Gerard, directrice financière et technique de Prévoir

 

L'impact de Solvabilité 2

La société de gestion d'actifs du groupe Axa a mis en place des techniques qui permettent de disposer de couvertures optionnelles sur des poches actions. L'objectif est de réduire la volatilité, donc la consommation en capital, en investissant dans d'autres types de placements. Axa IM propose ainsi un fonds en actions protégé. « La directive européenne Solvabilité 2 reconnaît bien l'utilisation de produits dérivés comme outils de réduction des risques. Dans le cadre précis d'une solution de protection des actions, les pertes peuvent être sécurisées au-delà de 20%, tout en offrant à l'investisseur le potentiel de participation à la hausse des marchés, avec un coût contrôlé », explique Élodie Laugel, responsable de l'ingénierie financière chez Axa IM.

D'autres n'ont pas choisi la voie de la diversification, et font même figure d'exception. C'est le cas du groupe Prévoir qui, comme la Maif, a opté, par ailleurs, pour un modèle de gestion en interne (lire l'encadré « L'exception interne », p. 31). Ainsi, 2,9 Md€ d'encours sont gérés en direct pour le holding, la société vie et l'activité IARD. Une vingtaine de personnes, dont 12 pour les titres, se partagent la tâche. Plus surprenante est l'exposition en actions du groupe : 30% pour l'activité dommages, 13% en vie et 97% pour le holding. « À la différence de nos homologues, le taux de rotation de nos portefeuilles d'actions et d'immobilier est quasi inexistant. Nous achetons, nous conservons. Nous avons bien enregistré quelques moins-values sur les actions, mais quand nous sommes convaincus de la performance d'un titre, nous ne bougeons pas. Notre allocation d'actifs est restée stable depuis des décennies », explique Cécile Gerard, directrice financière et technique de Prévoir. Explication ? Un niveau de fonds propres à faire pâlir la concurrence : à fin 2010, le ratio sous Solvabilité 1 de Prévoir vie était de 444% (1 700% en dommages). Sous Solva 2, la performance reste de taille : 220% pour la vie, 600% pour les dommages.

La complexité ne s'arrête pas là. Hormis la crise financière et la difficulté à trouver du rendement, les gestionnaires d'actifs doivent aussi travailler sous la contrainte de Solvabilité 2, qui demande aux assureurs d'adapter leur niveau de fonds propres par rapport aux risques encourus. Cette grille de lecture n'est pas sans impact sur la gestion d'actifs, même si certains opérateurs affirment n'avoir pas changé leur allocation. « Solvabilité 2 n'a pas changé la donne pour Covéa Finance. Nous avons une approche économique de la gestion financière. Ce qui prime, c'est la vision des marchés financiers », indique Ghislaine Bailly. Même écho chez Egamo. « Solvabilité 2 n'a pas vraiment fait varier l'allocation d'actifs. La plupart des mutuelles détenaient peu d'actions. Dès 2008, l'approche a été prudente, car la vraie crainte sur cette classe d'actifs a plutôt été au début des années 2000 », précisent Charles Bouffier et Nicolas Demont.


Certains assureurs ont donc “dérisqué” leur bilan, d’autres ont carrément coupé leur exposition en actions. Il n’empêche : Solvabilité 2 a figé la situation.

Élodie Laugel, responsable de l’ingénierie financière chez Axa IM

 

Volatilité honnie

Cependant, leur avis n'est pas tout à fait partagé. Dans le modèle Solvabilité 2, détenir des actions oblige à mobiliser en face 39% de fonds propres, et cela n'est pas sans conséquence (voir graphique p. 29). « Dans le marché européen de l'assurance, le ratio de solvabilité économique est passé de 165% à 100% en moyenne entre fin 2009 et fin 2011 », constate Joseph Pinto (Axa IM). Le problème reste donc entier, même si les plus gros acteurs s'y sont préparés depuis au moins trois ans. « Le vrai déclencheur a été, en 2009, les inquiétudes sur le marché des actions, ajoute Élodie Laugel. Certains assureurs ont donc " dérisqué " leur bilan, d'autres ont carrément coupé leur exposition en actions. Il n'empêche : Solvabilité 2 a figé la situation. Et entre 2010 et 2011, leurs ratios de solvabilité ont beaucoup évolué, car ils subissaient la volatilité des marchés. Même si une courbe d'apprentissage a été réalisée sur Solvabilité 2 et si les assureurs ont globalement intégré les exigences en fonds propres, le nouvel enjeu pour eux, c'est la volatilité. » Et pour se protéger de cette volatilité, les alternatives restent minces...

MAIF : L'EXCEPTION DE L'INTERNE

  • La Maif, comme le groupe Prévoir, a choisi la gestion directe. « Nous nous sommes posé la question de l'externalisation, et nous avons pesé le pour et le contre. Nous avons constaté que cela aurait entraîné un alourdissement des coûts », explique Éric Berthoux, directeur administratif et financier du groupe Maif. La mutuelle a donc ses propres équipes de gestion actif-passif, qui vont du front-office à l'analyse, soit une trentaine de personnes qui gèrent des encours de 13 à 14 Md€ par an. Le groupe a tout de même fait le choix de la délégation pour certaines classes d'actifs très spécifiques. Ainsi, l'immobilier est géré par la société de gestion Viveris Reim, et la Maif vient récemment de confier le private equity (capital-investissement dans des sociétés non cotées) à Ofi Asset Management. « Sur cette dernière classe en particulier, nous ne pouvions pas être aussi compétents », admet Éric Berthoux.

 

2 QUESTIONS À Nawal Robinet, directeur de Forward Finance

« Nous élaborons différents scénarios pour sécuriser les décisions »

  • Quelle est la spécificité de Forward Finance et en quoi pouvez-vous aider les assureurs dans leur gestion d'actifs ?

Forward Finance a pour unique activité le conseil en gestion d'actifs auprès de personnes morales. Les institutions de prévoyance et les mutuelles représentent plus du tiers de nos 60 clients conseillés. Notre mission est d'aider ces institutionnels à atteindre la performance régulière et dénuée d'à-coups à laquelle ils aspirent. Notre prestation vise à sécuriser les décisions d'investissement en leur fournissant un chiffrage documenté et objectif sur les rendements à attendre de leur portefeuille, ainsi qu'une meilleure réactivité aux risques et opportunités qui se matérialisent. Nous élaborons pour le client le « budget de ses produits financiers » et lui fournissons ensuite une assistance technique continue pour le réaliser.

  • En quoi consiste exactement ce budget de risques ?

Cela consiste tout d'abord à scénariser l'évolution de l'économie et des marchés selon trois modalités - pessimiste, médiane et optimiste -, puis à en déduire des projections de rendement ligne à ligne et classe d'actifs par classe d'actifs, sur un horizon annuel. Cet exercice permet à l'institutionnel de vérifier que son allocation continue de correspondre a ses objectifs en matière de rendement espéré et de rendement « au pire ». Dans le cas contraire, il peut faire évoluer son allocation tactique afin d'obtenir des résultats plus conformes à ses préférences.

 


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