precedent Suivant Formation 2 / 2

Ressources humaines : Malgré la crise, la formation continue

Par - Publié le

Les formations ne sont pas touchées par les restrictions budgétaires actuelles. Dans un contexte d'incertitude économique, les entreprises du secteur de l'assurance cherchent néanmoins à optimiser leurs investissements pédagogiques.

Cette année, les assureurs devront se serrer la ceinture. Mauvais résultats 2011, contexte économique morose et notes dégradées sont autant de raisons qui vont obliger les entreprises du secteur à maîtriser leurs frais généraux. Seulement voilà, pour réaliser des économies, toucheront-elles aux budgets de formation ? Le cabinet Majors Consultants a posé cette question épineuse à 85 sociétés du secteur banques-assurances. Le résultat est sans appel : 87% des interrogées misent sur des budgets 2012 stables, alors que 5% seulement annoncent une baisse de leur investissement.

Pour Norbert Girard, cette statistique n'a rien d'étonnant : « L'assurance reste une branche culturellement très attachée à la formation. » Et le chargé de mission à l'Observatoire de l'évolution des métiers de l'assurance de préciser : « Avec un taux d'accès qui s'élève à 61,1% (1), l'assurance est l'un des secteurs où l'on envoie le plus ses salariés en formation. En comparaison, ce même chiffre pour l'interprofessionnel ne dépasse pas les 40%. »

 

De l'intérêt de renforcer encore les budgets

Loin de vouloir réduire la voilure, certaines entreprises profitent de la crise pour mettre encore davantage l'accent sur la formation. C'est le cas de l'UFF, la banque conseil en gestion de patrimoine, qui consacre entre 6 et 7% de sa masse salariale à la formation professionnelle chaque année. Selon son directeur du recrutement, de l'intégration et de la formation, Christophe Amirault, « il est plus difficile de vendre dans un contexte d'incertitude économique » : « Nous voyons apparaître des comportements de clients teintés d'irrationalité. Du coup, c'est le moment idéal pour redoubler nos efforts de pédagogie, dans le but d'aider nos collaborateurs à gérer les indécisions de placement et les tentations d'investissements inappropriés dans la période actuelle. » Un calcul qui s'avère gagnant pour l'UFF : à l'heure où les résultats de l'assurance vie dans le secteur sont en chute libre (la collecte brute a reculé de 14% en 2011 par rapport à 2010), le gestionnaire de patrimoine se targue d'être l'un des seuls organismes à avoir enregristré une augmentation de sa collecte en 2011 (+ 2%, à 356 M€).

« Afin d'être compétitif en toute circonstance, il est indispensable de renforcer continuellement les compétences des salariés », résume Jérôme Lesage. Pour le PDG de Place de la Formation, une PME spécialisée dans l'achat et la gestion de formations professionnelles, la crise n'est toutefois pas sans effet : « Certes, aujourd'hui, les entreprises continuent de mettre beaucoup d'argent dans la formation, mais elles sont dorénavant rentrées dans une logi-que de rationalisation et de prio-risation de leurs actions. En définitive, elles cherchent un retour sur investissement. »

 

Réduire les frais non pédagogiques

Afin d'optimiser leur budget formation, les assureurs ont, semble-t-il, trouvé la solution. « Ils réduisent les charges non pédagogiques, notamment celles liées aux frais de déplacement, observe Yannick Tréhorel, consultant à la Cegos. Dans un secteur où les collaborateurs sont potentiellement répartis sur tout le territoire, les sociétés mettent ainsi l'accent sur les dispositifs d'apprentissage en ligne et à distance. »

Chez Generali, où près de 40 000 jours de formation sont dispensés chaque année sur l'ensemble des périmètres réseaux commerciaux et administratifs, la crise n'a eu aucun impact sur le budget formation. « Au contraire, l'investissement financier est en hausse », précise la directrice de la formation, Sophie Jallabert. Il n'empêche, l'assureur italien cherche aussi à faire des économies, notamment sur les dépenses de transport et de restauration « Nous concevons de plus en plus de modules d'e-learning. Cela permet de toucher une population large de stagiaires, en particulier, sur des actions de sensibilisation ou sur les fondamentaux. Le " présentiel " est réservé aux programmes très techniques, qui nécessitent un expert en face de soi. »

Même sur ce point, Generali se dit prêt à passer la vitesse supérieure. « Nous avons décidé de mettre en place des classes virtuelles, avec un animateur qui, grâce à une webcam, peut répondre aux questions de personnes réparties sur tout le territoire. » Après avoir testé ce programme avec succès en 2011, la compagnie ajoutera officiellement ce dispositif à son catalogue 2012.

Un autre levier pour minimiser les frais concerne « l'homogénéisation des pratiques de formation, explique Laurence Pouzet, directrice du management, des ressources humaines et de la communication du courtier grossiste Solly Azar. Chaque responsable de service gère ses commandes en fonction des besoins qu'il a identifiés. Mais notre plan de formation est plus structuré, découlant d'une stratégie globale du groupe. Grâce à cette organisation, nous arrivons à monter des formations transverses qui conduisent à une optimisation des coûts. »

Chez Axa France, où les équipes de formation sont organisées en régions, la tendance est à la mutualisation des compétences. « Nous échangeons beaucoup plus entre nous, confie Éric Blanc Chaudier, le directeur de la formation de la compagnie. Du coup, nous capitalisons aussi sur les meilleures pratiques en termes pédagogiques. »

 

Ne pas oublier le Dif

Dans ce contexte, les assureurs revoient les prestations proposées aux salariés. « Ils vont à l'essentiel et concentrent leurs efforts sur les formations produits, métiers et relations clients, note Jean-Michel Mathieu, directeur de business unit chez Merlane, société de conseil en management qui a décidé de s'associer au cabinet Leyton pour aider les entreprises à financer leurs plans de formation. Les demandes liées à la bureautique, aux langues et au développement personnel ne sont plus systématiquement acceptées, car elles ne sont pas directement rentables pour l'entreprise. »

Face à cette logique de rationalisation, que les salariés se rassurent : si l'employeur refuse leur demande, ils pourront toujours utiliser leur droit individuel à la formation (Dif). Selon l'enquête réalisée par le cabinet Majors Consultants, 32% des personnes qui travaillent dans le secteur banques-assurances ont consommé des heures de Dif en 2011, contre seulement 21% tous secteurs confondus.

(1) Chiffre issu du rapport sur les salariés de l'assurance (Rofa) 2011.

4,5 % : La part de masse salariale consacrée à la formation par le secteur de l'assurance. Soit quasiment trois fois l'obligation légale (1,6%).

 

 

2 QUESTIONS À

Éric Blanc Chaudier directeur de la formation d'Axa France

« Maintenir le même volume, afin d'être toujours compétitifs »

  • Quel est l'impact de la crise sur votre budget formation ?

Axa France a lancé un programme de réduction de ses coûts à hauteur de 30 M€ par an jusqu'en 2015. La formation accompagne cette démarche d'amélioration de notre efficacité. Le budget en euros est donc en diminution, mais l'investissement exprimé en nombre de jours de formation ne diminue pas. Nous tenons à maintenir cet effort, afin de développer les compétences de nos collaborateurs et de préparer l'avenir. Ceci nous amène à devoir travailler de manière plus efficace, en optimisant nos modalités de fonctionnement.

  • Quelles économies comptez-vous réaliser ?

À titre d'illustration, nous voulons réduire les frais de déplacement en nous appuyant davantage sur le blended learning, ce mode d'apprentissage qui mixte les cours en présentiel et à distance. Par ailleurs, si un même besoin se fait ressentir dans plusieurs régions en France, nous ne concevons désormais qu'un seul et unique programme de formation, décliné ensuite à toutes les populations concernées.

 

COMMENT ORGANISER LE FINANCEMENT DE SON PLAN DE FORMATION ?
  • Conséquence de la crise, les entreprises font désormais davantage appel aux organismes paritaires collecteurs agréés (Opca) pour les aider au financement de leur formation professionnelle. Depuis le 1er janvier, Opcabaia est l'organisme qui gère les fonds de la formation professionnelle pour les banques, les sociétés et mutuelles d'assurances, les agents généraux d'assurances et les sociétés d'assistance. Issu de la fusion d'Opcassur et d'Opca Banques en 2011, Opcabaia accompagne plus de 8 500 entreprises et 358 000 salariés du secteur de l'assurance et de la banque dans l'élaboration et la réalisation de leurs projets de formation. En 2012, Opcabaia s'est fixé comme objectif de répondre aux demandes de prise en charge des PME. Autant dire un vaste chantier pour cet organisme dont la collecte s'élève à 113 M€, puisque, aujourd'hui, 90 % de ses adhérents sont des entreprises de moins de 10 salariés (essentiellement des agences générales d'assurances).

 


 

precedent Suivant Formation 2 / 2


Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin imprimer envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
image catalogue connexion

Abonnement 1 an

Magazine hebdomadaire + e-newsletter

quotidienne + accès aux archives du site

Toutes les offresbouton je m abonne

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous

Mon compte

Mot de passe oublié? C'est votre première visite?