Assurance vie : 2016, année de rupture pour les fonds euros

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Suivant les recommandations du régulateur, les assureurs ont drastiquement baissé les rémunérations servies aux épargnants sur les fonds en euros. Et le contexte s’annonce encore complexe pour 2017.


Julien Tromeur/FOTOLIA

Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas pour l’assurance vie. Alors que les assureurs ont quasiment tous annoncé les rendements de leurs fonds euros pour l’année écoulée, 2016 fait figure d’année de ­rupture. Si la baisse de la renta­bilité de ces fonds était attendue, c’est l’ampleur du mouvement qui tranche avec les années précédentes. Sur les 181 contrats recensés par L’Argus de l’assurance, la chute moyenne est de 0,54 point, avec des pointes à 0,70 point, une baisse deux fois plus importante que l’érosion constatée ces derniè­res années.

Une baisse depuis 2013

Au global, la moyenne des taux de rendement recensés ressort à 1,99%, un chiffre probablement plus élevé que la réalité du marché en raison d’un biais déclaratif. En effet, certains acteurs n’ont pas communiqué les rendements de tous leurs contrats, en particulier ceux fermés à la ­commercialisation, souvent moins bien rémunérés, et les rendements annoncés n’ont pu être rapportés à l’encours des contrats. On peut estimer pour le marché un taux moyen entre 1,80% et 1,90% après des rémunérations moyennes de 2,70% en 2013, 2,50% en 2014 et 2,30% en 2015.

  • 0,54 point La baisse moyenne de rendement. (1)
  • 1,99 % Le taux de rendement moyen des fonds en euros en 2016. (1)
  • 1,60 % Le taux de rendement moyen servi par les bancassureurs. (1)
    1. Pour les 181 contrats recensés par L’Argus de l’assurance.

«La baisse plus prononcée des taux 2016 est normale au regard des taux d’intérêt très bas. Les taux moyens des emprunts d’États se situaient à 0,8 % à fin 2016, mais étaient en moyenne de 0,5 % sur l’ensemble de l’année. Elle révèle également un effet de correction car les taux n’avaient pas ­suffisamment baissé les années précédentes où les assureurs avaient davantage ­pioché dans leurs réserves», ­explique Virak Nou, actuaire IA et responsable du pôle assurance vie au sein du cabinet Actuaris.

En effet, en 2016, la palme des plus fortes baisses ne revient plus ­seulement aux contrats des seuls bancassureurs. Si ces derniers se sont toujours montrés décomple­xés à servir des taux de rendement peu attractifs, assureurs traditionnels et mutualistes n’ont eu d’autres choix que de pratiquer, eux aussi, des baisses drastiques. La raison est à rechercher du côté de l’ACPR (­Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) et du HCSF (Haut conseil de stabilité financière), qui ont exercé une pression certaine sur les rémunérations servies. Comme le confirme Cyrille ­Chartier-Kastler, président de Facts&Figures, «sur les rendements 2016, il est très clair qu’il y a eu un effet loi Sapin 2 [NDLR : qui permet de réguler les taux servis par les compagnies] et ACPR qui a conduit à une baisse des rendements supplé­mentaires de 15 centimes en plus des 30 centimes qui étaient attendus en moyenne». D’ailleurs cette ­année, l’indicateur était bien la baisse pratiquée plutôt que les taux en eux-mêmes.

Malgré cette forte baisse des rendements, les assureurs n’en ont pas moins sollicité leurs provisions afin de servir des taux qui restent malgré tout attractifs, une fois rapportés à l’inflation de 2016. Ce qui pourrait présager une année 2017 morose sur le front de la rentabilité. «Si les assureurs continuent à ­piocher dans leurs riches­ses, et que le contexte économique n’évolue pas, ces réserves vont s’épuiser d’ici 3-4 ans. Les assureurs devront alors donner le rendement des taux moyens d’emprunt d’État sur les produits en euros et donc ­s’approcher des rendements des produits bancaires. Dans ce cas, les avantages liés à l’assurance vie et en particulier sa fiscalité n’auront plus beaucoup d’intérêt», remarque Virak Nou. Pire, «si les taux ne remontent pas, l’année prochaine on devrait casser la barre des 1,50 % de moyenne et donc avoir au réel un rendement négatif net d’inflation», anticipe Cyrille Chartier-Kastler.

Capital garanti brut de frais

Les assureurs vie ont déjà commen­cé à s’adapter à ce contexte persistant de taux bas. À l’instar de Suravenir, Générali ou CNP Assurances, ils sont de plus en plus nombreux à garantir le capital en euros… brut de frais. En effet, la sécurité totale promise à l’assuré sur son investissement coûte cher en immobilisation de fonds propres, sous Solvabilité 2. Dans le même temps, la quête à l’amélioration des rendements demeure, notamment en diversifiant le placement d’une partie de l’actif afin d’aller chercher un peu de rendement sur les marchés. Malgré une performance inégale cette année (3,10% pour Suravenir opportunités, 3,04% pour Euro allocation long terme mais 0,49% pour le fonds Euro Sélection et 0,25% pour Eurocit’), les fonds euros dynamiques gardent ainsi la cote auprès de certains acteurs.

«Pour espérer générer du rendement, les fonds euros actifs sont une des solutions, car ils permet­tent de dégager une poche de diver­sification et donc un moteur de ­performance», justifie Philippe Parguey, associé chez Nortia, avant de révéler les dernières évolutions : «La nouvelle génération d’Euro­Actif propose une garantie réduite pour bénéficier d’une plus grande diversification, et de plus en plus d’assureur s’y intéresse car moins coûteuse en capitaux propres, nous allons sortir un tel fonds avec CNP pour la gamme Canopia dans les jours qui viennent». Un moyen d’initier les épargnants, toujours accros aux fonds euros, à accepter une part de risque. En attendant que les politiques d’incitation, voire de coercition, à la souscription des unités de compte ne ­produisent pleinement leurs ­effets, soulageant ainsi les portefeuilles des assureurs de l’effet dilution généré par la ­collecte en euros dans un contexte de taux bas.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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